Tranchent vite bien dans le nœud questionné
Par Berlol, dimanche 4 février 2007 à 23:22 :: General :: #536 :: rss
Enfin un dimanche où je n'ai rien à dire...
Sauf des trucs perso comme une promenade dans Tokyo ensoleillé,
un crochet par les jardins du Palais impérial où les fleurs
s'ouvrent, un déjeuner chinois près
de la gare de Tokyo, un achat de quelques articles de vaisselle de Hutschenreuther au X-Factory de
Ginza.
Et qu'après notre retour, j'ai regardé le Ce soir ou Jamais de jeudi dernier, intitulé « Critiques et artistes : je t'aime moi non plus ! ». On s'y amuse bien mais on n'y apprend pas grand chose. Jérôme Garcin est aussi inintéressant que d'habitude. Pierre Jourde ne me convainc pas du bien fondé éthique de sa démarche (même si ce qu'il écrit m'intéresse). Arnaud Viviant est plus précis, plus incisif et prend une position idéaliste (le critique parle d'art, ou le devrait) qu'on aimerait pouvoir croire (car qui le fait vraiment ?). Plusieurs ont l'air de dire qu'il n'y aucune émission de critique littéraire. Et c'est de cela qu'ils tirent que tout va mal. Mais c'est faux, ces hommes mentent ! Au moins sur France Culture ou à la Radio Suisse Romande, il y a de nombreuses émissions de critique littéraire qui ne sont ni de la promotion ni du cirage de pompe ! Et qui peuvent accueillir des avis contradictoires sans que ça devienne le cirque ou le massacre. Je ne saurais trop leur recommander l'écoute des remarquables Jeux d'épreuves d'hier (sur Marie N'Diaye, Emmanuelle Pagano, Maryline Desbiolles et Constance de Salm).
Mais sans doute n'ont-ils pas le temps d'écouter la radio (et ils ne savent pas qu'on peut réécouter à loisir via l'internet, car d'ailleurs de l'internet il ne sera aucunement question dans toute l'émission, comme si aucune critique littéraire n'y avait lieu, n'y concurrençait la leur — il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir).
Enfin, on pourrait penser avoir tout dit sur l'anonym@t et ne pas avoir à y revenir. Et certains ne manqueraient pas de nous reprocher d'en remettre une couche si l'on ne les exhortait ici à un peu de patience.
Car il y a le temps qui passe et les pratiques qui varient. Et nous les voyons évoluer (pour ce que nous voyons). L'anonym@t n'est donc ni un ou plusieurs statut(s), une ou plusieurs pratique(s) qui aurai(en)t une définition une fois pour toutes (à moins qu'elle ne soit sommaire, ou plus précisément générique), mais l'usage du mot concerne un ensemble de statuts et de pratiques qui interagissent avec d'autres champs d'activités et de signification, et qui sont en outre affectés par l'accumulation temporelle de ces statuts et pratiques. Autrement dit, l'anonym@t évolue.
Si je dis tout de suite, comme ça, une opinion, qu'il évolue en bien, ou en mal. C'est une connerie de plus, comme des tas de gens en sortent à la pelle. En plus, ce serait me prendre pour quelqu'un, vous voyez, de ceux qui tranchent vite bien dans le nœud questionné, ou de ceux qui pensent faire pluie & beau temps dans l'internet en disant quelles seront les tendances de l'année et de la décennie. Comme ça, dans ce genre, j'ai entendu que le livre c'était fini, que les blogs, ça y est, c'était mort, qu'à la télé y'avait jamais rien de bon, ou qu'en politique tous pourris. Voyez, tout ça, c'est du même genre, connexe par la simplification, c'est se croire capable d'une synthèse sur laquelle fonder une opinion, alors qu'en réalité ce n'est que de la vanité sur du vent.
Donc, j'en parlerai un autre jour... (Technique JPT, leçon un.)
Pierre blanche, pour avoir retrouvé ma mémoire de Bali...
Sauf des trucs perso comme une promenade dans Tokyo ensoleillé,
un crochet par les jardins du Palais impérial où les fleurs
s'ouvrent, un déjeuner chinois près
de la gare de Tokyo, un achat de quelques articles de vaisselle de Hutschenreuther au X-Factory de
Ginza.Et qu'après notre retour, j'ai regardé le Ce soir ou Jamais de jeudi dernier, intitulé « Critiques et artistes : je t'aime moi non plus ! ». On s'y amuse bien mais on n'y apprend pas grand chose. Jérôme Garcin est aussi inintéressant que d'habitude. Pierre Jourde ne me convainc pas du bien fondé éthique de sa démarche (même si ce qu'il écrit m'intéresse). Arnaud Viviant est plus précis, plus incisif et prend une position idéaliste (le critique parle d'art, ou le devrait) qu'on aimerait pouvoir croire (car qui le fait vraiment ?). Plusieurs ont l'air de dire qu'il n'y aucune émission de critique littéraire. Et c'est de cela qu'ils tirent que tout va mal. Mais c'est faux, ces hommes mentent ! Au moins sur France Culture ou à la Radio Suisse Romande, il y a de nombreuses émissions de critique littéraire qui ne sont ni de la promotion ni du cirage de pompe ! Et qui peuvent accueillir des avis contradictoires sans que ça devienne le cirque ou le massacre. Je ne saurais trop leur recommander l'écoute des remarquables Jeux d'épreuves d'hier (sur Marie N'Diaye, Emmanuelle Pagano, Maryline Desbiolles et Constance de Salm).
Mais sans doute n'ont-ils pas le temps d'écouter la radio (et ils ne savent pas qu'on peut réécouter à loisir via l'internet, car d'ailleurs de l'internet il ne sera aucunement question dans toute l'émission, comme si aucune critique littéraire n'y avait lieu, n'y concurrençait la leur — il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir).
Enfin, on pourrait penser avoir tout dit sur l'anonym@t et ne pas avoir à y revenir. Et certains ne manqueraient pas de nous reprocher d'en remettre une couche si l'on ne les exhortait ici à un peu de patience.
Car il y a le temps qui passe et les pratiques qui varient. Et nous les voyons évoluer (pour ce que nous voyons). L'anonym@t n'est donc ni un ou plusieurs statut(s), une ou plusieurs pratique(s) qui aurai(en)t une définition une fois pour toutes (à moins qu'elle ne soit sommaire, ou plus précisément générique), mais l'usage du mot concerne un ensemble de statuts et de pratiques qui interagissent avec d'autres champs d'activités et de signification, et qui sont en outre affectés par l'accumulation temporelle de ces statuts et pratiques. Autrement dit, l'anonym@t évolue.
Si je dis tout de suite, comme ça, une opinion, qu'il évolue en bien, ou en mal. C'est une connerie de plus, comme des tas de gens en sortent à la pelle. En plus, ce serait me prendre pour quelqu'un, vous voyez, de ceux qui tranchent vite bien dans le nœud questionné, ou de ceux qui pensent faire pluie & beau temps dans l'internet en disant quelles seront les tendances de l'année et de la décennie. Comme ça, dans ce genre, j'ai entendu que le livre c'était fini, que les blogs, ça y est, c'était mort, qu'à la télé y'avait jamais rien de bon, ou qu'en politique tous pourris. Voyez, tout ça, c'est du même genre, connexe par la simplification, c'est se croire capable d'une synthèse sur laquelle fonder une opinion, alors qu'en réalité ce n'est que de la vanité sur du vent.
Donc, j'en parlerai un autre jour... (Technique JPT, leçon un.)
Pierre blanche, pour avoir retrouvé ma mémoire de Bali...
Commentaires
1. Le dimanche 4 février 2007 à 08:33, par brigetoun :
me voilà dans la connerie de l'opinion - il y a eu en effet un trou dans les émissions de critique sur France Culture et, oui vous avez raison pour Jeux d'épreuve (et un stade plus bas il y a le dimanche ou le samedi sur France Inter la librairie francophone) -
mais les émissions de critique littéraire ne sont pas tout - les émissions où un producteur reçoit un écrivain qu'il a choisi et parle tranquilement de son oeuvre peuvent permettre de mieux l'appréhender
2. Le dimanche 4 février 2007 à 11:21, par jcb :
1- Je n'ai pas trouvé jeux d'épreuves d'hier intéressant ni remarquable. On entend des personnes qui disent s'ils ont aimé ou pas quatre livres, racontent l'histoire et de quoi ça parle, et finissent par dire pourquoi ils ont aimé ou non. Et c'est tout. Chaque livre, il y en a qui aiment et d'autres qui n'aiment pas.J'ai écouté pour Pagano. Bon . Y'a quelqu'un qui dit que c'est la " prodigieuse réussite bancale d'un livre bancal " , que c'est " à la frontière de steve Reich en musique " et quelqu'un d'autre qui dit que c'est "lassant" et qu'il n'a pas aimé.
Je fais quoi avec ça et ça m'apporte quoi ?
Pour moi cela n'est pas de la critique. Et si j'ai envie de lire deux des quatre, ce n'est pas grâce à eux, mais à des articles écrits dans des revues spécialisées, par quelque chose qui se rapproche plus à l'idée que je me fais de la critique ( ou bien sûr parce quelques amis, qui les ont lus, m'ont dit que c'était bien)
2- Même si je ne sais pas si je suis visé après mes remarques sur ma dernière page sur l'anonymat, je ne savais pas que c'était aussi compliqué ("L'anonym@t n'est donc ni un ou plusieurs statut(s), une ou plusieurs pratique(s) qui aurai(en)t une définition une fois pour toutes (à moins qu'elle ne soit sommaire, ou plus précisément générique), mais l'usage du mot concerne un ensemble de statuts et de pratiques qui interagissent avec d'autres champs d'activités et de signification, et qui sont en outre affectés par l'accumulation de ces statuts et pratiques.".
J'en suis resté, pauvre vieux donc réac sans doute, du fin fond de ma campagne ou quand le vent souffle je n'ai pas peur pour ma vanité mais plutôt pour les arbres et les tuiles de la grange, au fait que quelqu'un écrive quelque chose publiquement et signe d'un nom inventé plus ou moins rigolo, et qu'ainsi on ne puisse pas lui répondre personnellement.
Je n'ai simplement dit dans ma page, et il me semble que j'ai bien insisté, que l'anonymat me gênait . C'est personnel, c'est pas dit comme une vérité, et je ne vois pas que cela puisse gêner quelqu'un que Jcb soit gêné par l'anonymat, car après tout c'est mon problème et ce n'est que ce que je pense. C'est pas plus important que si je disais que la seule chose que je n'aime pas manger c'est la cervelle. La seule évolution que j'ai vu en deux ans,(et je continue de limiter ce que je dis aux commentaires des blogs), car il y en a une bien sûr, c'est que certains, qui avant ont commencé anonymes ont quitté l'anonymat et donné leur vrai nom. J'ai trouvé ça bien et normal : il est plus facile, quand on veut discuter ou se défendre d'une attaque, savoir au moins avec qui on cause. Des fois que ce serait son voisin de pallier, ce serait plus simple et plus facile de discuter directement en l'invitant à boire un verre, quand chacun rentre le soir de son boulot.
Il y a bien sûr les anonymats acceptables car ils n'en sont plus (nom du blog ou du site) comme toi par exemple. On sait tous que Berlol c'est Patrick Rebollar ... Cela ne me gêne pas bien sûr...
ET puis je répète que je parlais statistiquement, ce qui pour moi est important quand on parle de quelque chose. Sinon on doit signaler que c'est une exception.
J'espère que les anonymes ne vont pas m'envoyer des mails. Qu'ils me laissent simplement le droit d'être gêné. Je leur reconnais tout de suite tous les droits d'être anonymes et d'avoir leurs raisons.
3- quand tu parles de " ceux qui pensent faire pluie & beau temps dans l'internet en disant quelles seront les tendances de l'année et de la décennie" , tu pourrais donner des noms ou des exemples ? J'aimerais bien en discuter avec eux.
3. Le dimanche 4 février 2007 à 13:57, par Berlol :
Ouh la ! Il ne faut pas te sentir visé ! Bien au contraire, ton avis est bien clairement limité à toi-même et tu n'as pas l'intention de dire des "vérités"... Pour tout dire, cela s'adresse d'abord à moi-même car j'ai commencé à parler de l'anonymat vers 2000, puis dans un livre, puis dans ce blog maintes fois, en forgeant le terme d'anonym@t, avec un peu la faiblesse de croire pouvoir en donner une définition qui tienne la route. Mais ce sont des pratiques évolutives et le sens suit. Ce que j'en ai dit n'est plus guère valable à mes yeux, et il va falloir recommencer, autrement. C'est ce que j'annonce. C'est pour cela que j'exhorte à la patience.
Et en plus, là, je dois partir. Donc j'y reviens dès que possible...
4. Le dimanche 4 février 2007 à 16:24, par le consul :
Ai écouté le dernier jeux d'épreuves, et je l'ai trouvé très bien, car certes les critiques donnent leur avis, mais, cher JCB, vos amis qui vous ont conseillé les livres, ont ils développé devant vous une large argumentation ? ou bien avez vous fait confiance à leur avis direct et subjectif, même si basé sur une appréhension objective du livre ? Je prends ce genre d'émission comme si mes amis me parlaient de leurs lectures du moment. Je sais que j'ai plus d'affinité avec tel ou tel, et que je vais être plus sensible à ce qu'il va me dire. Et les remarques que vous relevez me semblent bien définir les livres qu'ils chroniquent. La comparaison avec Steve reich, pour moi est parlante, et m'indique dans quel genre de lecture je vais peut être m'engager.
Quant à inviter l'écrivain, je ne suis plus persuadé de ce genre de démarche, car l'écrivain a dit ce qu'il avait à dire dans son livre, pourquoi le passer ensuite à la question ?
Pour faire une remarque sur la fin du billet : en fait je crois qu'il est difficile d'être heureux de vivre dans l'époque à laquelle nous appartenons... et la nostalgie est bien plus facile. Constater la mort de .... est tout de même une position bien éculée, et permet assez facilement de ne rien faire, rien proposer... même s'il ne faut, sous prétexte de ne plus être "moderne", s'incliner devant toutes les nouveautés, et de perdre son esprit critique.
5. Le dimanche 4 février 2007 à 16:37, par le consul :
Ai regardé aussi "ce soir ou jamais", et à chaque fois je me demande pourquoi cette émission passe à la TV, car elle pourrait très bien passer à la radio, aucune trouvaille visuelle.... et ce qui intéresse c'est ce qui est dit, et non pas ce qui est montré... bref une fois de plus on acclame une émission de TV qui n'est pas de la TV... et on est obligé de dire que cela sauve la TV...
6. Le dimanche 4 février 2007 à 19:19, par Berlol :
C'est tout à fait vrai que Ce soir ou Jamais pourrait être une émission de radio. J'allais dire : pourrait n'être qu'une émission de radio. Comme si l'image apportait quelque chose de plus ; c'est ce que l'on pense habituellement... Il y a des gens que je suis content de voir ou de découvrir, certaines attitudes, mimiques, gestes font comprendre mieux un propos, ou pourquoi on apprécie ou pas une personne. Par exemple, la suffisance, sur un visage, se voit bien, alors qu'elle ne s'entend pas toujours (je pense à Attali, par exemple).
Pour ça aussi que je parlais l'autre jour des différents modules et formats dans l'émission à ses débuts, qui en faisaient des moments de télévision, avec une mise en espace qui avait du sens...
7. Le dimanche 4 février 2007 à 19:50, par Philippe De Jonckheere :
Très drôle la comparaison avec Steve Reich, je me demande où ce type est allé cherché cela: www.leportillon.com/Les-A...
Phil
8. Le dimanche 4 février 2007 à 22:11, par Manu :
Il y a un espace insécable qui ne devrait pas y être entre "qui" et "sont" !...
9. Le dimanche 4 février 2007 à 23:36, par vinteix :
"On entend des personnes qui disent s'ils ont aimé ou pas quatre livres, racontent l'histoire et de quoi ça parle, et finissent par dire pourquoi ils ont aimé ou non."
C'est vrai que ceci n'est pas de la critique... A vrai dire (mais mes connaissances sont limitées), à la radio ou à la télévision, je ne connais pas de "véritables" émissions de critiques. A l'écrit, oui... Un critique doit apporter quelque chose de plus au livre, s'engager dans un commentaire qui ajoute quelque chose... Sinon, c'est du vent... du résumé (de l'histoire, pour les romans), de la paraphrase, et des questions de "je t'aime moi non plus"... tout au plus de l'information qui permet (et c'est nécessaire) de savoir que tels ou tels livres viennent d'être publiés.
Dans l'audio-visuel en général, je préfère la "confession", intime, d'un entretien à deux (genre "Du jour au lendemain")... Et encore, pour pas mal d'écrivains, qu'ont-ils à dire de plus qu'ils n'aient écrit dans leurs livres ? Bien sûr, ce n'est pas une règle... et il se trouve (mon côté fétichiste ?) que j'aime bien les enregistrements (audio, vidéo...) d'écrivains...
10. Le dimanche 4 février 2007 à 23:44, par vinteix :
petit bémol : Un critique "doit" ou "devrait" apporter quelque chose de plus au texte dont il parle...
Faute de cela, pour moi, je ne vois aucun intérêt à la critique (à part sa fonction d'information)...
11. Le lundi 5 février 2007 à 01:29, par Berlol :
Merci, Manu, mais pourquoi le signaler ? Ça créait problème ?
Sur ce que tu viens d'écrire, Vinteix, c'est à peu près ce que disait Arnaud Viviant. Mais il faut croire que c'est de moins en moins le cas.
Plus généralement, il y a en effet différences de goût et d'objectif entre émissions de débat critique et émissions d'entretien avec auteur — le pire étant le débat critique entre auteurs, lol ! Je ne pense pas que l'un soit mieux que l'autre, c'est un peu comme la cuisine au beurre ou à l'huile...
12. Le lundi 5 février 2007 à 02:12, par vinteix :
Vive la cuisine au beurre ET à l'huile !
Blague à part, je n'ai pas vu l'émission, donc pour Arnaud Viviant, je ne sais pas... Certes, c'est une question de goûts... Mais, personnellement, "les émissions de débat critique" ne m'apportent généralement rien, à part des informations...
Mais la critique existe encore à l'écrit, enfin je crois... et pour moi, comme je le disais, elle doit ajouter quelque chose au texte lui-même...
Et certains critiques sont aussi de "vrais" écrivains et ne tiennent pas un discours de critique littéraire, mais d'écrivain (du genre le "Breton" de Gracq ou du genre Blanchot ou Bataille ou Bonnefoy...)
Pour les émissions d'entretiens avec auteurs, tu as raison, c'est autre chose...
13. Le lundi 5 février 2007 à 03:30, par jcb :
- La citation exacte (c'est Alexis Lacroix qui parle) est : " C'est un livre que je défendrai car il est à la lisière, à la frontière de Steve Reich en musique pour son caractère itératif et obsédant, et Emmanuel Carrere par ses paysages agrestes.". Il est vrai que c'est ce que disait PdJ à la fin de son bloc notes (désolé de ne pas savoir faire un lien dans les commentaires) repris par le Portillon. La référence à Steve Reich ne m'avait pas étonné, puisque tous dans l'émission, avaient noté le côté obsédant (voire lassant a dit un autre) de la navette. Mais n'est-ce pas dans la définition de la navette de ne faire que des allers et retours et recommencer sans cesse le même parcours ?
Cette référence me donne d'ailleurs envie de lire le livre (j'ai lu le premier de Pagano) puisque j'aime Steve Reich, découvert en 1973 à mon arrivée aux USA.
-J'en profite pour annuler ma remarque no 3, inutile voire un peu bête, pouvant parler de la pluie et le beau temps annoncés, sans donner des exemples précis, qui n'apporteraient rien au fond.
- d'accord avec les modulations du consul et de Vinteix, même si je ne les connais pas...
14. Le lundi 5 février 2007 à 04:18, par le consul :
si les émissions de critiques n'apportent rien c'est qu'il y a discussion, débat, et comme dirait Deleuze, quand il y a discussion il n'y a rien.... car tous les avis se valent, et ce sera au spectateur (auditeur) de se faire un avis... (et c'est souvent l'animateur(sic) qui le fait remarquer)
quand je lis le Breton de gracq, les essais de Blanchot, les livres de Marthe Robert... et j'en passe, je ne me fais pas un avis, j'apprends des choses, je me construits en tant que lecteur...
Moi aussi j'aime bien les émissions avec les auteurs, quand ils parlent de leur oeuvre en entier, quand ils tiennent un discours d'ensemble sur leur oeuvre...
Ce que j'aime bien dans "jeux d'épreuves" c'est qu'ils n'hésitent pas à parler d'oeuvres anciennes et d'auteurs classiques... n'en déplaise à Arnaud Viviant, on parle de "Madame Bovary" comme roman contemporain...
15. Le lundi 5 février 2007 à 07:45, par jcb :
La lecture comme construction du lecteur, ça correspond à ce que je crois et à mon expérience. D'où : dis moi ce que tu lis (ou a lu), je te dirai qui tu es...Je ne peux m'empêcher quand je rentre quelque part ou chez quelqu'un, c'est plus fort que moi, d'aller voir sa bibliothèque...Pour cela aussi que je ne peux jeter un livre, comme si ça m'enlèverait une brique, un caillou, une plaque de ciment...
Construction, mais incluant aussi déconstruction, ajustements, lissages, on peut utiliser tout le vocabulaire du maçon concernant la fabrication d'un mur...A chacun sa gâche ...
16. Le lundi 5 février 2007 à 08:14, par vinteix :
Oui, construction-déconstruction permanentes... et même risque pris de l'effondrement... une sorte de travail des ruines... qui tente tant bien que mal de composer avec le temps... et avec tout ce que nous apprenons, connaissons et tout ce qui nous échappe... car tout me semble toujours à recommencer... c'est infini et presque un peu "sisyphéen"...
"La pensée qui procède de la même façon que le constructeur d'une maison, qui creuse ses fondations, qui pierre à pierre édifie l'édifice d'un toit, même si dans son travail elle voulut maintenir le prodige de l'édifice, est solidaire du moment où l'édifice s'effondrera."
G.Bataille, Projet de 1958 à la Préface du "Coupable", O.C., VI, p.365.
17. Le lundi 5 février 2007 à 11:13, par janu :
Arrivé au commentaire 14 alors, le doute vous étreint : car s'il y a discussion, dans le fil des commentaires, alors...
18. Le lundi 5 février 2007 à 17:13, par Berlol :
Eh oui, la discussion s'invite où elle veut et quand elle veut... C'est ça qui en fait une chose précieuse. Quand on convoque des gens, spécialistes, pour une discussion, elle a rarement lieu. D'où la notion du lieu...
J'abonderai, avec retard, pardon, dans le sens de la lecture (dé)constructive, les deux à la fois, bien sûr. Je suis pétri de lecture et je les piétine dès que j'ai la prétention de m'exprimer, pour les étreindre à nouveau dès que j'ai peur de tout. En plus, je suis frustré des lectures pas faites, de celles des autres que je n'ai pas le temps de faire, que je voudrais leur voler, leur pomper, je ne sais comment...
Pour le maçon et le rapport à l'écriture, voir par exemple Leçon de choses de Claude Simon...
19. Le lundi 5 février 2007 à 18:24, par vinteix :
"Arrivé au commentaire 14 alors, le doute vous étreint : car s'il y a discussion, dans le fil des commentaires, alors..."
Mais vous savez bien... les gens parlent, parlent, parlent...
20. Le mardi 6 février 2007 à 09:54, par vinteix :
en voyant toutes ces tours de ma fenêtre... je me dis souvent qu'elles vont s'écrouler... Bataille a écrit sur cette "métaphore architecturale" quelques textes superbes, comme "Cheminée d'usine"...
pourquoi en va-t-il de même de la pensée ? et à la limite de la lecture qui la nourrit, nous nourrit ?
sentiment, impression peut-être avivée par le temps... le fait aussi (pour moi... peut-être Berlol aussi ? je ne sais...) de vivre dans un pays où la terre bouge si souvent... ce qui avive sûrement l'impression (mais c'est loin d'être seulement une impression) que nous devons vivre avec "la catastrophe"... dans, si c'est possible (?), comme dit Kostas Axelos, "l'amicalité de la catastrophe"... je ne sais...
En tout cas, pour moi, la pensée (et la lecture) est semblable à cette construction, au bord de la défaillance, en péril... construction/déconstruction permanente, édifice toujours à refaire...
C'est aussi le volcan, quelque chose qui se construit et se défait sans cesse... ce dont parle si bien Annie Le Brun dans son dernier livre sur Sade, "On n'enchaîne pas les volcans".
Un travail des ruines... comme si tout était toujours à faire et à défaire et voué à la ruine... sentiment que l'on peut avoir en visitant les ruines d'un château en Europe... ou Angkor, par exemple, où la nature est si exubérante et presque orgiaque que l'on se dit que nos constructions-édifices de pensée ou de pierre sont voués à cette ruine-là... mangés par le temps, par la nature... quelque chose qui se construit et se défait sans cesse avec le temps...
21. Le mardi 6 février 2007 à 22:26, par Berlol :
« Imaginez, vous êtes Alexis Lacroix, journaliste, essayiste, tout ce qu’il y a de bien, vous êtes invité à une émission de radio sur France Culture, Jeux d’épreuve, dans laquelle vous aurez notamment à donner votre avis à propos du dernier roman d’Emmanuelle Pagano, les Adolescents troglodytes. Malheureusement vous n’avez pas eu le temps de le lire, ou de le lire en entier. Ni une ni deux, vous allez sur Google et vous faites une recherche sur "adolescents troglodytes", le site de POL ne vous renseignera pas outre mesure, vous pourrez lire les premières pages du roman, pour cela vous avez déjà reçu le service de presse, la biographie de l’auteur, pas très longue d’ailleurs et puis la critique du livre dans Télérama, mais vous n’allez tout de même pas reprendre les termes d’une collègue dans un autre journal. En revanche deuxième proposition de google, un petit article de pas grand chose sur internet, c’est exactement cela qu’il vous faut [...] »
La suite et les liens sont à consulter dans le bloc-note du désordre de Philippe De Jonckheere du lundi 5. Comme quoi, même si je trouve ça bien, ça peut être discutable...
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