Comment éradiquer de la pensée humaine
Par Berlol, mercredi 7 février 2007 à 23:32 :: General :: #539 :: rss
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Au centre de sport en matinée, quarante minutes de cyclo-lecture avec Pique-nique dans ma tête — cet art de la coupe et du mixage qui m'avait captivé il y a deux ans dans Un Monde cadeau. Non pas la reconstitution d'un flux de conscience, mais l'impression de direct, avec humeurs, sans savoir où l'on va (le côté pique-nique, sans doute).
Après, sur une autre machine où l'on ne lit pas, réflexion sur les camps dans la littérature. Longtemps un sujet éthique et philosophique, le camp. Pourquoi en existe-t-il ? Ce qui revenait à se demander comment éradiquer de la pensée humaine l'idée de camp, le recours au camp dans une gestion de société... Et là, avec Jean-François Paillard, comme récemment avec Antoine Volodine (qui est au-delà de tout, évidemment), mais aussi avec Luc Lang pas plus tard qu'avant-hier (réserves indiennes), l'idée de camp (loisir, refuge, tri, entraînement, quarantaine, concentration, extermination, avec les spécificités de chaque, à ne pas amalgamer) ne semble plus être discutée, discutable, l'idée et l'existence de camps paraît plutôt une fatalité, irréfragable — et alors comment s'en accommoder, ou pas. Je repense au parc humain, mais ce n'est déjà plus l'heure...
« Dans notre lit, bon sang. Je suis allongé sur le dos. Les paumes de mes mains collées à ma nuque. Ma femme est encore sous la douche. Elle ne m'a pas encore reproché d'avoir oublié d'étendre la serviette. Il y a ce bruit d'éclaboussure qui couvre tout. Je sors d'un rêve. Un rêve étrange. Je baisse les yeux et je vois ce pli sur le drap du lit. Au bout du pli, il y a comme une bifurcation. Je pense à un début possible de roman. Un de ceux dans lesquels je m'enlise depuis des mois. Je bascule mes pieds sur le côté. Ce roman n'est qu'un prétexte, m'avait dit un jour ma femme. C'est un cocon. J'ai tout de suite pensé que par « cocon », elle voulait dire « tombeau ». J'ai tout de suite pensé qu'elle voulait dire le compte à rebours a » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, Ed. du Rouergue, 2006, p. 17)
À propos de douche et de serviette...
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Au centre de sport en matinée, quarante minutes de cyclo-lecture avec Pique-nique dans ma tête — cet art de la coupe et du mixage qui m'avait captivé il y a deux ans dans Un Monde cadeau. Non pas la reconstitution d'un flux de conscience, mais l'impression de direct, avec humeurs, sans savoir où l'on va (le côté pique-nique, sans doute).
Après, sur une autre machine où l'on ne lit pas, réflexion sur les camps dans la littérature. Longtemps un sujet éthique et philosophique, le camp. Pourquoi en existe-t-il ? Ce qui revenait à se demander comment éradiquer de la pensée humaine l'idée de camp, le recours au camp dans une gestion de société... Et là, avec Jean-François Paillard, comme récemment avec Antoine Volodine (qui est au-delà de tout, évidemment), mais aussi avec Luc Lang pas plus tard qu'avant-hier (réserves indiennes), l'idée de camp (loisir, refuge, tri, entraînement, quarantaine, concentration, extermination, avec les spécificités de chaque, à ne pas amalgamer) ne semble plus être discutée, discutable, l'idée et l'existence de camps paraît plutôt une fatalité, irréfragable — et alors comment s'en accommoder, ou pas. Je repense au parc humain, mais ce n'est déjà plus l'heure...
« Dans notre lit, bon sang. Je suis allongé sur le dos. Les paumes de mes mains collées à ma nuque. Ma femme est encore sous la douche. Elle ne m'a pas encore reproché d'avoir oublié d'étendre la serviette. Il y a ce bruit d'éclaboussure qui couvre tout. Je sors d'un rêve. Un rêve étrange. Je baisse les yeux et je vois ce pli sur le drap du lit. Au bout du pli, il y a comme une bifurcation. Je pense à un début possible de roman. Un de ceux dans lesquels je m'enlise depuis des mois. Je bascule mes pieds sur le côté. Ce roman n'est qu'un prétexte, m'avait dit un jour ma femme. C'est un cocon. J'ai tout de suite pensé que par « cocon », elle voulait dire « tombeau ». J'ai tout de suite pensé qu'elle voulait dire le compte à rebours a » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, Ed. du Rouergue, 2006, p. 17)
À propos de douche et de serviette...
Commentaires
1. Le jeudi 8 février 2007 à 01:31, par brigetoun :
ce que vous écrivez est fort intéressant, mais la vidéo emporte tout
2. Le jeudi 8 février 2007 à 01:56, par Berlol :
N'est-ce pas ! C'est tout moi, ça. D'où le titre...
3. Le jeudi 8 février 2007 à 06:25, par vinteix :
"C'est tout moi, ça."
Quoi ? ... c'est toi sous la douche ?
4. Le jeudi 8 février 2007 à 06:30, par vinteix :
... "ça se sent !... ça se sent !... ça se sent que c'est toi !... et rien d'autre que toi..."
(pardon, je m'amuse...)
5. Le jeudi 8 février 2007 à 06:34, par Berlol :
Oui, c'est le yoyo entre le sérieux, la pensée théorique d'un côté, et le dérisoire, voire le vulgaire, le graveleux de l'autre — je revendique cela dans mon humaine condition, même si ce n'est pas du goût de qui me voudrait d'un bloc. Et je vois que je ne suis pas le seul...
6. Le jeudi 8 février 2007 à 06:45, par vinteix :
Non, ne sois pas d'un bloc/g
(bon, un peu facile, j'reconnais...)
mais en effet, "trop sérieux n'est pas très sérieux"...
7. Le jeudi 8 février 2007 à 07:26, par jfp :
parc humain, le mot est juste, l'avenir est à la gestion - plus ou moins humaine - de parcs humains, les uns encocoonés, les autres embastiés, mais la douche est bienvenue car il y a aussi, je crois, un peu d'humour dans mon opus, qui peut-être, si tu l'achèves, t'apparaîtra d'ici quelques kilomètres de cyclo-lecture...
8. Le jeudi 8 février 2007 à 07:30, par jfp :
oups ! embastillés voulais-je dire, mes bastilles avaient perdu leurs 'l'
9. Le jeudi 8 février 2007 à 07:54, par Berlol :
Oui, l'humour y est et j'irai assurément jusqu'au bout !
10. Le jeudi 8 février 2007 à 15:55, par christine :
bien vu le côté féminin de la douche ! la cyclo-lecture n'est absolument pas dans mes habitudes, mais la lecture pendant ma toilette du matin si ... ce qui a tendance à la rendre encore plus interminable
je salue au passage jfp dont j'ai beaucoup aimé la récente intervention dans remue.net (j'en cite aujourd'hui un morceau, très proustien, ce qui n'est pas pour me déplaire!)
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