Quatre heures de surveillance de concours d'entrée en trois séances, augmentées des demi-heures préparatoires pour le respect des protocoles millimétrés. Un gymnase avec 829 candidats, soit 9 blocs rectangulaires de 12 jeunes gens de large sur 7 ou 8 de profondeur, plus une table pour l'impair. Le job, c'est distribuer, surveiller en faisant les cent pas, ramasser, avec droit de s'asseoir de temps en temps...
Petit carnet et petit crayon, je prends des notes.

Propositions sur les statuts identitaires de l'écrit dans les blogs.
—— À compléter par rectifications & propositions de commentateurs (en vert) ——

Réflexions qui font suite et visent à modifier les précédentes publications.
On considère essentiellement ici le champ de la littérature et de la critique littéraire.
Sans doute d'autres champs concernés, avec aménagements.
Évidentes similitudes avec pratiques anciennes, qu'elles soient littéraires ou autres.


Il y a trois statuts identitaires possibles pour un écrit réticulaire : l'onym@t (ou véronym@t, du vrai nom), l'anonym@t (sans nom, un titre suffit mais qui n'est pas un nom) et le pseudonym@t (nom d'emprunt). Ajoutons une 4e catégorie, le paronym@t, pour des cas proches mais limites, en attente d'une meilleure compréhension.

1. Le choix de l'onym@t revient à ne pas vouloir faire de différence ou de séparation identitaire entre le soi virtuel et le soi réel (ce qui n'empêche pas des différences de style, de thème, etc.). Il consiste aussi à ne pas craindre les interférences entre virtuel et réel. Il peut être motivé par l'engagement (artistique, théorique, politique ou autre), la recherche (ou le maintien) de notoriété d'un individu ou de visibilité d'une œuvre ou d'un travail, le désir d'influence ou de pouvoir, même symbolique, à plus grande échelle par le virtuel.

2. Le choix de l'anonym@t revient à vouloir absolument une séparation entre le soi réel et une implication virtuelle privée d'identité autre que celle produite par l'écriture (choix thématiques, ton, style, à moins de tout contrefaire). Il dénote une crainte des interférences entre identité réelle et production virtuelle, ou suppose un danger, réel ou imaginaire, à ce que l'identité réelle soit connue. Mais il peut aussi s'agir de tenter un jeu, une création, un défoulement que l'individu réel ne peut assumer sous son nom ni sous un nom d'emprunt, ce qui susciterait la curiosité. Il y a également possibilité de se poser comme catégoriel dans un champ de connaissance (laissant ou ne laissant pas entendre que l'auteur est individuel ou collectif, dans lequel peuvent se mêler identités réelles ou pas). L'absence de nom a généralement des effets négatifs puisqu'il prive le commentateur d'une adresse claire. (Exemples : La Littérature, un chauffeur de limousine, etc.)

3. Le choix du pseudonym@t (souvent confondu avec l'anonym@t alors qu'il en est très différent) revient à vouloir faire une différence — mais pas toujours une séparation franche — entre sois réel et virtuel, à créer soi-même un type d'interférence entre identités réelle et virtuelle, dépendant de la relation établie entre elles, que cette relation soit donnée ou pas. Il propose une partition entre les identités qui ne peut qu'influer sur le comportement des lecteurs. Il peut également s'agir d'un nom de groupe, que les productions soient ensuite assumées individuellement ou collectivement.

4. Le paronym@t est un choix ou l'interprétation d'un choix par un tiers. « Boîte fourre-tout : autres cas, cas particuliers, bizarreries et coups tordus, cas des mal@des, des schizos ou autres délires pervers, corbe@ux et dél@teurs, humoristes distingués, chieurs professionnels, p@r@nos et autres recherchés par le FBI, fantômes, revenants et extr@terrestres...» (JCB)

Ces trois statuts quatre catégories ouvrent sur des modes de production et de communication, voire d'interaction. Dans les interactions, ils se combinent avec les choix faits par les participants de l'interaction. Ils ont également une historicité qui est fonction des expériences accumulées des personnes, positives et négatives, et des évolutions technologiques.
Sujets corollaires, à développer ultérieurement : la présentation de l'identité dans les blogs, l'évolution des présentations de "soi" ; l'ubiquité, ou multi-identité (certains personnes cumulent onymie et pseudonymies plurielles (Cf. Lucien Suel & Mauricette Beaussart), notamment dans les commentaires de blogs, jusqu'à la fantaisie) ; la mutation (essentiellement passage du pseudonym@t à l'onym@t, comme Christine l'a fait il y a quelques mois, l'inverse étant possible, comme François Bon le pratique de temps en temps) ; la disparition (causes de non-actualisation d'un blog, du ras-le-bol au décès, comment comprendre discursivement ces événements).
La multiplicité et la diversité des interventions en ligne d'un même individu crée de lui (Cf. JoseAngel) ce que j'appellerai un halo identitaire multimédia (HIM) plus ou moins large, l'individu pouvant jouer avec différents noms, avatars, styles, ainsi qu'avec des images (photo, vidéo) ou des sons — [donner ou trouver exemples, voir du côté des expériences simsiennes, chez Chloé, ou des jeux identitaires comme Dans la tête d'Émilie]. Ces catégories deviennent ainsi des repères onymographiques permettant de tracer un parcours identitaire, de donner les conditions d'une traçabilité du HIM ou dans le HIM.

Fin des notes du jour. ———

Au sport pour m'occuper de la chose qui s'appelle mon corps. Bien sûr cyclo-lecture, à citer demain.

Pendant le nullissime Ce soir ou Jamais de mercredi (sur les couples en politique, une vraie cacophonie, dépourvue de tout intérêt), je lis l'entretien Roberts-Millet dans le Figaro littéraire, et ce n'est guère mieux. Au milieu d'un minimum syndical de propos justes quoique pas très nouveaux, un florilège de conneries :
« À mon sens Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam sont bien supérieurs à Zola ou au Hugo engagé.» (Richard Millet — A-llez ! un Top 10 !...), « Quant à la thèse de François Bégaudeau, qui exhorte les écrivains à s'engager, elle sent son lycéen attardé. Un lycéen qui s'exprime mal, dit tout et son contraire. Les mauvais livres sont ceux qui justement ont une intention.» (Jean-Marc Roberts — À mort les intentions ! écrivez n'importe quoi !...), « Qui oserait écrire qu'un roman de Le Clézio ou de Kundera est faible ? » (Millet — En tout cas moi (Berlol) je le dis souvent, surtout de Kundera), « les critiques ne font plus leur travail, ils encensent trop vite ; du coup, on ne voit plus rien émerger, sauf quand apparaît un phénomène comme Houellebecq ou Jonathan Littell.» (Roberts — C'est ça, les deux grands écrivains du moment ?... Au secours !), « en fin de compte les vrais écrivains se comptent sur les doigts d'une main.» (Millet — Ça me rappelle quelque chose...), « Parmi les grands, on cite toujours Modiano en exemple. Mais est-ce que ses romans vieilliront si bien que ça ? » (Roberts — No comment...), « On survalorise la littérature anglo-saxonne : qui sont leurs grands écrivains ? Qu'on nous les cite. Qui dira que Philip Roth écrit mal ? » (Millet — Veuillez écouter plus souvent les Mardis littéraires et Jeux d'épreuves...), « Je suis optimiste pour le roman, mais pessimiste sur notre époque qui est antilittéraire. Le pire, ce sont les blogs : non seulement les gens ne lisent plus mais ils ne vivent plus. Interdisons les blogs ! » (Roberts — Point de salut hors du livre ! CQFD !), « Savez-vous que dans les banlieues, le mot « intello » est devenu une insulte.» (Millet — Il l'a toujours été, non ? depuis sa création ?).
Il y a des jours où il vaudrait mieux ne pas aller dans les médias...