samedi 17 février 2007
Un autochtone, comble amusant
Par Berlol, samedi 17 février 2007 à 23:14 :: General
Retour à l'Institut ce matin pour commenter les pages 75-82
de La
Télévision de Jean-Philippe
Toussaint. Le narrateur y développe son idée de
recherches, à savoir que l'important n'est pas de savoir
pourquoi et comment Charles Quint aurait ramassé le pinceau
du Titien, ce qui semblait occuper Alfred de Musset, ou si c'était
à Bologne en 1530 ou en 1550 à Augsbourg, mais
bien de savoir pourquoi le pinceau du Titien était
tombé, et si ce ne serait pas un geste quasiment volontaire
d'un artiste indépendantiste avant le mot, qui aurait ainsi
voulu protester contre le joug impérial. Thèse
séduisante mais, on le voit par les trous que Toussaint
laisse dans le raisonnement de son narrateur, fumeuse. Et pour
l'étayer, il va jusqu'à reconstituer la
scène au ralenti (79-81) en parodiant a minima le luxe de
détails et de fragmentation panoramique de la
célèbre scène de l'attentat dans Le
Palace de Claude Simon.
La seconde reconstitution (82) est du domaine du théâtre burlesque, le narrateur chronométrant l'action — dix secondes — dans laquelle il joue lui-même Charles Quint avec son fils de cinq ans qui fait le Titien, occasion de placer un « Alstublieft » en rendant le pinceau au peintre (ici, équivalent de « Je vous en prie »). Ce qui pourrait bien être la seule parole véridique, en flamand, puisque Charles Quint était de Gand (il aurait un jour déclaré, à une époque où Gand était la seconde grande ville d'Europe après Paris, qu'il allait mettre « Paris dans son Gand »...).
Déjeuner
au Saint-Martin avec T., merguez-frites pour elle, choucroute pour moi.
Non seulement le restaurant est plein dès 12h45, comme
souvent, mais on voit aussi de nombreux touristes japonais arpenter la
rue, phénomène qui se développe depuis
un mois environ, depuis qu'un feuilleton dont l'action se passe
à Kagurazaka est tourné dans des rues,
restaurants, magasins environnants et diffusé tous les
jeudis soirs.
Je passe ainsi pour un autochtone, comble amusant. On en vient même à craindre que les prix de nos magasins et supermarchés n'augmentent, ma bonne dame, avec tous ces gogos...
La fatigue consécutive au cours passe, aidée par un verre de bordeaux rouge. Puis on marche. D'abord jusqu'à un marchand de thé vert chez qui, constatant pour la énième fois le mystère des quinze sachets différents qui sont alignés dans un ordre croissant de prix, je demande à T. pourquoi le plus cher est le plus cher — question qu'elle répète au patron, soudain heureux de pouvoir sortir sa science. Suivent en effet 7 à 8 minutes d'un véritable cours sur les coteaux théiers de la région de Shizuoka, sur le kanji du thé, dont la composition permet de lire 8-10-8 (八十八), soit le 88e jour, justement celui de la première récolte, la meilleure des quatre de l'année... On s'instruit à tout instant.
On monte la rue jusqu'au temple, pour
digérer et voir les premières fleurs...
On passe chez mon coiffeur pour réserver (Combien d'années qu'il voit ma couleur naturelle changer, lui ?)
On achète des gâteaux japonais pour le thé de l'après-midi.
On rentre faire la sieste, après quoi je finis le JLR d'hier.
Vers 5 heures, après le thé et le gâteau, je vais chez le coiffeur pour lui demander un peu plus court que d'habitude, histoire d'avoir l'air plus jeune, quelques jours.
Peut-on rester 6000 ans ensemble (avant que quelqu'un ne nous découvre) ?
T. et moi nous questionnons pour participer à ce concours d'un nouveau type...
La seconde reconstitution (82) est du domaine du théâtre burlesque, le narrateur chronométrant l'action — dix secondes — dans laquelle il joue lui-même Charles Quint avec son fils de cinq ans qui fait le Titien, occasion de placer un « Alstublieft » en rendant le pinceau au peintre (ici, équivalent de « Je vous en prie »). Ce qui pourrait bien être la seule parole véridique, en flamand, puisque Charles Quint était de Gand (il aurait un jour déclaré, à une époque où Gand était la seconde grande ville d'Europe après Paris, qu'il allait mettre « Paris dans son Gand »...).
Déjeuner
au Saint-Martin avec T., merguez-frites pour elle, choucroute pour moi.
Non seulement le restaurant est plein dès 12h45, comme
souvent, mais on voit aussi de nombreux touristes japonais arpenter la
rue, phénomène qui se développe depuis
un mois environ, depuis qu'un feuilleton dont l'action se passe
à Kagurazaka est tourné dans des rues,
restaurants, magasins environnants et diffusé tous les
jeudis soirs.Je passe ainsi pour un autochtone, comble amusant. On en vient même à craindre que les prix de nos magasins et supermarchés n'augmentent, ma bonne dame, avec tous ces gogos...
La fatigue consécutive au cours passe, aidée par un verre de bordeaux rouge. Puis on marche. D'abord jusqu'à un marchand de thé vert chez qui, constatant pour la énième fois le mystère des quinze sachets différents qui sont alignés dans un ordre croissant de prix, je demande à T. pourquoi le plus cher est le plus cher — question qu'elle répète au patron, soudain heureux de pouvoir sortir sa science. Suivent en effet 7 à 8 minutes d'un véritable cours sur les coteaux théiers de la région de Shizuoka, sur le kanji du thé, dont la composition permet de lire 8-10-8 (八十八), soit le 88e jour, justement celui de la première récolte, la meilleure des quatre de l'année... On s'instruit à tout instant.
On monte la rue jusqu'au temple, pour
digérer et voir les premières fleurs...On passe chez mon coiffeur pour réserver (Combien d'années qu'il voit ma couleur naturelle changer, lui ?)
On achète des gâteaux japonais pour le thé de l'après-midi.
On rentre faire la sieste, après quoi je finis le JLR d'hier.
Vers 5 heures, après le thé et le gâteau, je vais chez le coiffeur pour lui demander un peu plus court que d'habitude, histoire d'avoir l'air plus jeune, quelques jours.
Peut-on rester 6000 ans ensemble (avant que quelqu'un ne nous découvre) ?
T. et moi nous questionnons pour participer à ce concours d'un nouveau type...