Pluie sur le Kanto, pluie sur le marathon de Tokyo, nous restons à la maison.

Lecture au bain. (On devrait toujours contextualiser sa lecture avant d'en parler...)
« Comment ça rien ? On n'écrit jamais sur rien, s'exclame Damiana Legowisko. C'est drôle, mais sur ce banc, je ne me sens plus du tout ivre. Peut-être un peu fatigué. Peut-être un peu assoiffé. Peut-être un peu émoustillé, aussi. Écoutez, si un jour je devais vraiment m'y mettre. Je veux dire écrire vraiment, souligné-je d'une voix qui s'égare dans les aigus, ce serait comment dire sur le mode d'un long... D'un long ? demande Damiana, qui me regarde comme le cheval regarde le caillou. Et son pied droit, nu, chaussé d'une tong, commence de s'agiter, faisant claquer en trilles mates sa face plantaire contre la semelle de cuir souple, au gré des contractions convulsives des muscles pédieux et des tendons extenseurs de ses orteils. Malgré cela, je sens qu'une manière d'allégresse monte en moi : ... D'un long dérapage, finis-je par émettre entre mes dents. Vous plaisantez ? suggère Damiana. Non, non : Ce serait une histoire qui déraperait constamment, dis-je. Vous vous fichez de moi, persiste Damiana. Une histoire qui sauterait comme un vieux disque rayé, si vous voulez. Avec des va-et-vient, des hauts et des bas, qui reflèteraient en quelque sorte l'état d'esprit du. Tout à coup, j'ai comme un doute. Des hauts et des bas qui refléteraient l'état d'esprit du. Des hauts et des bas qui reflèteraient » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, p. 102-103)

Le concept de dérapage, appliqué à l'histoire, est séduisant. Et c'est en partie ce que Paillard met en œuvre dans les échanges entre les trois plans signalés avant-hier. L'analogie avec le disque rayé n'est qu'une des possibilités du dérapage mais voilà que le narrateur se met à bégayer d'un doute dont on ne voit pas l'objet, précisément comme un disque rayé... C'est qu'il ne porte pas sur la narration mais sur l'orthographe, sur l'emploi d'un accent aigu ou d'un accent grave.
Or toute personne qui écrit le sait, nous rappelle ainsi JFP : si hautes que soient les ambitions thématiques, narratives, conceptuelles, elles sont le plus souvent tributaires du matériau de base, la langue, dont la maîtrise et la trituration — qui ne sont pas la même chose — conditionnent, voire produisent véritablement l'œuvre, parfois au détriment des ambitions de départ...

Dès soleil, nous sortons. Marche, métro, quelques magasins. Déclin du jour sur Ginza. Découverte d'un café nommé "Le Temps", décoré à l'ancienne et regorgeant de toutes sortes de pendules, tableaux... J'y reviendrai (nous y reviendrons).