En 2002, c'était l'enlèvement d'Ingrid Bétancourt. Cinq ans ! Cinq ans prisonnière... Je les mesure à tout ce que je sens avoir fait, tous les déplacements, toutes les rencontres, pendant qu'elle...
Je recherche. En 2006, je courais Orléans pour des chats ; en 2005, j'explorais une île de mots ; en 2004, je protestais contre la télé au sauna... Et avant ? Avant, je n'en sais rien. Maintenant que je tourne de mes petites mains la quatrième spire, il deviendrait intéressant (je parle pour moi) d'avoir dans le blog une fonction de sélection automatique d'un jour particulier de toutes les années, qui générerait donc une page de tous mes 23 février, ou tous mes 14 juillet, tous mes 27 décembre... À chercher dans les plugins.
Pour cette année, il y aura ce reliquat de crédits de recherche à dépenser avant le 27, m'a-t-on dit hier. Et donc, ce matin, un enregistreur un peu plus sérieux dont voici le premier enregistrement, en basse qualité pour occuper moins de place. Mais tout de même, ceux qui ont déjà pris le JR vont s'y retrouver...

J'ai attendu jusqu'à 15h30, comme deux de mes collègues, mais le candidat à l'entrée en 3e année n'est pas venu. Je suis donc resté ici depuis lundi pour... rien ? Non, on ne peut pas dire. J'ai fait beaucoup de choses. Mais tout de même...

Dans des métros, dans des trains, j'ai beaucoup avancé le 11 septembre mon amour de Luc Lang. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas pour moi aussi entraînant que Paillard ou Limongi, côté écriture — c'est-à-dire côté « aventure de l'écriture », comme disait Ricardou à la grande époque. Même s'il y a des tentatives, on le sent dans le ton, quelques envolées, liées à un sentiment de révolte, une belle entreprise de reconstitution du 11 septembre d'un quidam explorant une réserve indienne, juste avant pendant et après les attentats.

« L'édifice ne chavire ni ne bascule, c'est debout, solide sur ses fondations, qu'il s'effondre dans son enveloppe et son périmètre, l'ossature d'acier devenue cartilage informe sous des températures de 1000 à 2000 degrés, plafond sur plancher sur plafond, deux mille cinq cents tonnes sur deux mille cinq cents tonnes sur deux mille cinq cents tonnes, cent dix fois, un empilement parfait, où l'effondrement puise son inéluctable mouvement dans la masse cyclopéenne de l'édifice. Rien ne peut plus arrêter l'inconcevable addition des forces de la gravité.
[...]
Je pense aux vingt-cinq mille personnes travaillant dans la tour sud, aux équipes de pompiers et de policiers qui assuraient l'évacuation du bâtiment... en fait, ne pense à rien, suis juste traversé d'images et de mots qui impriment en moi le sentiment du désastre en un temps et surtout un lieu, l'Occident-New York-USA, tout à fait inexpugnable. Même si l'obsessionnel désir de la catastrophe hante si fortement la pensée américaine. À force de désirer vivre l'épopée métaphysique qui emporterait la société au lendemain d'une catastrophe, celle-ci finit sans doute par éclore comme une fleur vénéneuse... Un peu court, soit ! Mais, enfin, pourquoi ce désir du désastre ? Est-ce pour s'arracher à cette culpabilité originelle, à ce temps premier où des hommes fondèrent une nation sur le socle d'un génocide, le génocide indien, s'entend... S'agirait de souffrir à son tour pour se débarrasser de ces cohortes de spectres emplumés qui hantent notre conscience d'hommes libres ? Ou est-ce pour réaliser, à la faveur de cet élan épique, la fusion d'un alliage national d'une absolue perfection, irréversiblement indécomposable ? Quelque chose comme l'essence d'une osmose de toutes nos communautés, régions, provinces. Nous ne serions plus les États-Unis, mais les Étazunis. Ce ne sont que des questions.» (Luc Lang, 11 septembre mon amour, p. 107-109.)