samedi 24 février 2007
Son ambiance, ses plantes, son odeur aussi
Par Berlol, samedi 24 février 2007 à 23:56 :: General
Le
cours de l'Institut est allongé d'une demi-heure,
jusqu'à la fin du trimestre, pour
récupérer la séance d'il y a deux
semaines. C'est ce qui va nous permettre d'étudier deux
larges plages de La
Télévision (p. 122-136 &
144-158) qui, bout à bout, forment un ensemble
composé comme un mobile jusqu'à sa chute,
comique, forcément. On pourrait appeler ça « la
fougère des Drescher », du
nom des voisins du dessus qui ont demandé au narrateur de
soigner les plantes pendant leurs vacances au Zoute.
Knokke, oui (p. 148).Mobile parce qu'il faut des pièces, rattachées par des fils, liées et indépendantes à la fois, et qui forment un ensemble imprévisible. D'abord le laisser-aller du narrateur, sa nonchalance en général, qui a pour excuse l'investissement dans sa recherche, mais qui vient s'opposer à l'esprit méthodique des voisins, à leur situation bourgeoise (clairement établie, p. 125, par une adresse directe au lecteur). Deuxièmement, la chaleur de l'été (à Berlin, mais pas au Zoute) — et donc que des fenêtres sont ouvertes (p. 122 et 155-156). Viennent ensuite des objets, l'arrosoir, bien sûr, mais aussi le réfrigérateur, la télévision — on n'y coupe pas —, le lit conjugal (hum...). Ensuite l'appartement lui-même, son ambiance, ses plantes, son odeur aussi (p. 122-123), et même sa configuration (la cuisine à côté des toilettes, surtout, p. 155-156). Enfin, des choses aussi immatérielles qu'un petit béguin pour Inge, un esprit un peu salace, parfois, et jusqu'à une allusion à Batman (p.146), super-héros sans super-pouvoirs...
Voilà, il reste à attacher délicatement les éléments par du texte léger, avec quelques nœuds de signifiance retorse (Kienholz, p. 123 ou un suicide, p. 135), faire jouer entre eux des forces contradictoires ou complémentaires, jusqu'à ce que tout s'évanouisse dans un éclat de rire, et vous aurez « la fougère des Drescher ».
En totale improvisation, mais je trouve que ça fait sens dans ce cours, je rapproche l'interrogation sur la télévision chez Toussaint en 1997 (« où vont toutes ces images une fois qu'elles ont été émises et que personne ne les a regardées [...] », p. 132) de belles pages sur CNN dans le livre de Luc Lang en 2003 :
« Des communiqués défilent à nouveau en bas de l'image, la dernière boucle new-yorkaise n'a pas le temps de se dérouler, le pompier de dire bonjour, paf ! un insert vidéo surgit sur le premier quart haut de l'écran, le Pentagone est en feu, une partie de l'aile ouest s'est effondrée, une nouvelle boucle s'ouvre, l'écran CNN se dilate, les images de New York sont presque inaudibles, l'image du Pentagone peu visible, les premiers commentaires de Washington dominent le niveau sonore, oh ! by jove ! un chroniqueur se dresse soudain dans une étroite fenêtre en haut à droite, le texte présidentiel défile en bas, in extenso, imperturbable, il faudrait multiplier les écrans, se greffer des paires d'yeux, des conduits d'oreilles, on ne sait plus où donner de sa tête. Sommes anatomiquement peu armés pour réceptionner la multiplication des temps réels. L'écran enfle, boursoufle, prolifère, se multiplie, le regard erre, les tympans saturent, le cerveau s'absente [...]
J'aperçois un nouveau nuage blanc qui se précipite vers le sol, la boucle CNN se recompose sous nos yeux, un organisme vivant qui se coupe et se recolle sans cesse, presque deux heures d'événements se déroulent à présent en huit minutes.» (Luc Lang, 11 Septembre mon amour, p. 105-106 & 110)
Une surprise, pour le
déjeuner : T. me dit que notre collègue
Kazuo Kiriu est à l'Hôtel Agnès, tout
près d'ici, pour arranger les termes d'une
réception à venir, et qu'il nous propose de
déjeuner ensemble, avec son assistante pour l'occasion,
Keiko. Justement, une table pour quatre est libre au
Saint-Martin ! Encore une occasion de faire
apprécier les frites... Et de picoler un peu
(après ces heures de concentration
pédagogique...).On revient à la maison, puisqu'ils le souhaitent, pour un diaporama de notre colloque de Cerisy 2005. Une bonne occasion de se redire tous les noms, les noms de ceux avec qui nous avons aimé être, une semaine dans notre vie, pour une vraie vie de château, d'étude et d'amitié, une semaine qui ne s'oublie pas. Et pourtant, parfois, sur une photo, déjà, un nom manque, il faut creuser la mémoire pour le remettre.
Ce qui impressionne Keiko, outre les sommités, comme Étienne Brunet qu'elle connaît bien, c'est l'omelette norvégienne du jeudi soir...
Après leur départ, il ne me reste plus qu'à faire la sieste pour calmer toutes ces eaux remuées.