Acheter du chagrin au détail
Par Berlol, dimanche 25 février 2007 à 23:01 :: General :: #558 :: rss
Pas de blogs, aujourd'hui. Pas de livres, non plus. Sauf quelques pages
de Luc Lang dans le bain, ce soir (errance dans les villages de
baraquements d'une réserve indienne et retour à
l'opulence hôtelière et environnementale
dès l'issue trouvée...).
Sortie à Ginza, du soleil mais du vent froid. Excellent restaurant de tonkatsu. Complet ratage côté chaussures : j'avais repéré la semaine dernière une solide paire marron, un modèle chic et sans lacets. Essai aujourd'hui, c'est bien mais un peu serré, la pointure au-dessus parfaite mais qu'en noir, une seule paire disponible et des défauts dans le cuir. Et plus en stock chez le fabricant. Pas le bon jour. On laisse tomber. En plus, vendeur gentil mais peu compétent.
Pas comme un chausseur pour dames, minuscule boutique, presque en face : prend le tour de pied de T., lui donne moult explications sur la fabrication, les qualités de cuir, les tarifs qui ne sont guère différents des modèles courants. T. ne cède pas tout de suite, mais affaire à suivre... On en profite pour lui demander où et comment acheter du chagrin au détail, une idée, comme ça. Il nous explique que c'est presque impossible car c'est très très solide et quasiment préempté par la maroquinerie de luxe. Et ça coûte la peau des fesses ! — Normal, puisque c'en est.
Bon,
au moins une bonne chose, T. a trouvé une nouvelle barette,
solide et originale. On la baptise ushirogame
(la tortue de derrière, petit jeu de mot avec 後ろ髪, ushirogami, image
de l'hésitation...).
Du pain chez Dalloyau et on rentre.
Le temps de prendre le thé et je file à l'Institut pour voir Adieu, plancher des vaches ! (Otar Iosseliani, 1999). Ça m'époustoufle littéralement. Un film haletant de mouvements, de rencontres, de vies qui se construisent...
Les résumés ici ou là ne disent absolument rien de ce qui est merveilleux dans ce film : son essence burlesque qui se passe quasiment de paroles pertinentes, quelque chose entre le muet et Tati, la tête qui tourne de beaucoup de bouteilles en plus. Sauf chez Fluctuat, peut-être, mais où l'on n'a pas compris que le film ne se cherche pas de propos, il reste dans une absurdité de la vie qui se fait et se défait, au gré des chocs de particules que sont les uns et les autres, qu'ils soient femme d'affaire ou clochard chanteur. Apparemment d'autres critiques sont allés dans le même sens que moi, puisqu'il a reçu le Prix Louis-Delluc.
Sortie à Ginza, du soleil mais du vent froid. Excellent restaurant de tonkatsu. Complet ratage côté chaussures : j'avais repéré la semaine dernière une solide paire marron, un modèle chic et sans lacets. Essai aujourd'hui, c'est bien mais un peu serré, la pointure au-dessus parfaite mais qu'en noir, une seule paire disponible et des défauts dans le cuir. Et plus en stock chez le fabricant. Pas le bon jour. On laisse tomber. En plus, vendeur gentil mais peu compétent.
Pas comme un chausseur pour dames, minuscule boutique, presque en face : prend le tour de pied de T., lui donne moult explications sur la fabrication, les qualités de cuir, les tarifs qui ne sont guère différents des modèles courants. T. ne cède pas tout de suite, mais affaire à suivre... On en profite pour lui demander où et comment acheter du chagrin au détail, une idée, comme ça. Il nous explique que c'est presque impossible car c'est très très solide et quasiment préempté par la maroquinerie de luxe. Et ça coûte la peau des fesses ! — Normal, puisque c'en est.
Bon,
au moins une bonne chose, T. a trouvé une nouvelle barette,
solide et originale. On la baptise ushirogame
(la tortue de derrière, petit jeu de mot avec 後ろ髪, ushirogami, image
de l'hésitation...).Du pain chez Dalloyau et on rentre.
Le temps de prendre le thé et je file à l'Institut pour voir Adieu, plancher des vaches ! (Otar Iosseliani, 1999). Ça m'époustoufle littéralement. Un film haletant de mouvements, de rencontres, de vies qui se construisent...
Les résumés ici ou là ne disent absolument rien de ce qui est merveilleux dans ce film : son essence burlesque qui se passe quasiment de paroles pertinentes, quelque chose entre le muet et Tati, la tête qui tourne de beaucoup de bouteilles en plus. Sauf chez Fluctuat, peut-être, mais où l'on n'a pas compris que le film ne se cherche pas de propos, il reste dans une absurdité de la vie qui se fait et se défait, au gré des chocs de particules que sont les uns et les autres, qu'ils soient femme d'affaire ou clochard chanteur. Apparemment d'autres critiques sont allés dans le même sens que moi, puisqu'il a reçu le Prix Louis-Delluc.
Commentaires
1. Le dimanche 25 février 2007 à 11:07, par Le Doyenné :
Je m'en vais t'isoler une pensée. Que n'as-tu titré ce "Pas de blog aujourd'hui", d'incipit, même si le kakemphaton menaçait. N'eût-il pas été mieux que ton "chagrin" balzacien.
Bu.
Pas de commentaires aujourd'hui.
2. Le dimanche 25 février 2007 à 11:34, par brigetoun :
moi rêver une seconde que je pourrais acheter du chagrin, j'ai bien aimé - et me souvenir vaguement d'avoir aimé ce film
3. Le dimanche 25 février 2007 à 13:24, par Berlol :
Nice try !, Doyenné, comme on dit ici... Mais ce ne serait pas une citation exacte, le texte étant "pas de blogs", au pluriel, ce qui veut dire que je n'ai pas eu le temps d'en lire.
Des lunettes ?
4. Le dimanche 25 février 2007 à 14:20, par Yasmine :
Oh oui le film d'Otar Iosseliani est une merveille, j'aimerais beaucoup le revoir. Il m'avait évoqué pourtant, en dehors du burlesque et de la fantaisie, ce vers de l'un des plus beaux poèmes de Baudelaire pour moi, "La forme d'une ville change plus vite hélas que le coeur d'un mortel", et ce jeune homme la traversant, passant de la ville à la campagne par le fleuve, descendant, remontant, une sorte de parcours iniatique hors de l'adolescence, en filigrane. J'aimerais bien voir son dernier film, je crois qui s'intitule "un jardin en Automne".
On eut aimé voir la tortue hésitante de plus près !!! Oh et finalement, tout bien réfléchi je ne voudrais pas de chaussures en fesses de cheval !
5. Le dimanche 25 février 2007 à 17:15, par Berlol :
C'est vrai, moi non plus... En fait, le chagrin n'est pas destiné à des chaussures, c'est pour faire une surprise à quelqu'un. Je ne peux pas en dire plus...
À propos de la ville dans le film de Iosseliani, vous citez très à propos Baudelaire car en effet on voit la ville changer et le jeune homme en est tout défait. Je trouve étonnant que dans tous les commentaires, y compris le mien et le vôtre, on ne dise jamais qu'il s'agit de Paris. Sans doute parce que l'image ne revendique pas cette illustration et qu'il faut être parisien pour reconnaître les fonds flous, les décors tournoyants. Pourtant, la péniche-lupanar accostée en face du Vert-Galant, c'est une bonne plaisanterie...
Ah, au fait ! Savez-vous qu'on peut cliquer sur les photos pour les agrandir ? On la voit bien, la tortue...
6. Le lundi 26 février 2007 à 04:37, par Yasmine :
Oui ! J'ai cliqué juste après ! Oops ! Le réflexe m'a manqué ! Elle est très chouette (on dirait de l'émail).
C'est vrai que l'on oublierait presque que cela se passe à Paris (lorsqu'on reconnaît), surtout quand le Marabout (si je me souviens bien un grand échalas à plumes !) apparaît !
7. Le lundi 26 février 2007 à 09:39, par Le Doyenné :
C'est l'S qui m'a fait défaut.
Toujours approximatif. Le vin tue la nuance.
C'est qui brigetoun, ce ne serait pas une ancienne d'ici ayant changé de nom, ou changé de pseudo.
Je vous recommande la page week-end de Libération où une écrivain raconte sa semaine, pas piqué des hannetons, comme dit Toussaint. Elle a reçu un coup de fil de Tanguy Viel, a dîné avec Mauvignier, ont parlé de Beckett et d'un vin; elle a tout fait, sauf le dernier jour, putain, rien, le dernier jour, merde.
8. Le mardi 27 février 2007 à 03:36, par christine :
et "Le Doyenné ... c'est qui ?"
(ceci juste pour le prendre au piège de sa curiosité et de son expression ... que je ne trouve pas très élégantes, d'autant que Brigetoun, elle, ne cache pas son identité et laisse un lien vers son blog)
9. Le mardi 27 février 2007 à 06:22, par Le Doyenné :
Oui, c'est vrai, et je retire ce que j'ai dit.
10. Le mardi 27 février 2007 à 08:07, par Marie-Paule :
pas Mauvignier, Laurrent.
11. Le mardi 27 février 2007 à 09:23, par Le Doyenné :
C'est pareil, non ?
12. Le mardi 27 février 2007 à 14:08, par Berlol :
T'exagères ! Y'en a au moins un des deux qui est drôle...
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