Ô comme il est long long long à venir le matin
pour celui qui
souffre et ne trouve point le sommeil — ayant conscience de
la petitesse de son mal et du ridicule de sa situation...
allongé dans une confortable chambre d'hôtel
pendant que passent les grains de l'océan indien, tout
près de celle qu'il a dans la peau,
tel un maréchal des
logis Pollack Henri à Bali...

Et
pourtant. J'ai cru vomir dix
fois quand, m'assoupissant sur le dos, le fond de la gorge voulait
régurgiter. Mais le dîner tenait la barre...
Dix fois je me suis senti tomber du lit quand,
calé
assis pour respirer normalement, le sommeil m'emportait de
côté. J'ai dû aller dix fois aux
toilettes et
boire de l'eau sucrée. Me moucher
discrètement pour ne pas réveiller T. et
éternuer dans un oreiller pour assourdir le vacarme...
Vers 5 heures, je me suis confectionné un thé
bien sucré. Une
heure plus tard, le jour se levait, très gris. T. m'a
accompagné marcher sur le bord
de
mer une demi-heure. Ça m'a fait du bien. En même
temps, c'était déjà le
début des adieux à Bali. Des bâtiments,
la mer, le lointain que nous regardions pour la dernière
fois. De ce voyage, en tout cas.
Quand j'y repense, cette insomnie... Une sacrée
blague !... Juste le
jour du sommeil !
On a la chambre jusqu'à 18 heures parce que notre vol de
retour est vers minuit. T. va à la plage, moi je reste dans
l'ombre, entre TV5, Emma B., les oreillers, les mouchoirs, l'eau
sucrée, etc. On déjeune au Chess, club sandwich
pour moi, plat indonésien pimenté pour T., en
admirant les sauts des écureuils. Elle repart à
la plage jusqu'à 3 heures, finir son
Histoire de la peine de mort.
Moi, je commence la valise.
Quand tout est prêt, on traîne dans les immenses
couloirs de l'hôtel, dans les parcs, on fait des photos et
des films, on va acheter des essences florales et
végétales à la boutique du Spa, on
règle des extras, on prend un thé au
Santi Lounge en regardant un
reportage de la NHK sur les carences des secours après le
récent séisme au Japon.
Vers 18 heures, une dame en robe de batik orange m'accoste pour me dire
que le bus est là. Voilà, c'est parti. Le bus va
ramasser d'autres touristes dans un hôtel voisin et... on va
aller à l'aéroport. Mais la dame annonce que le
vol (d'avion) étant encore loin et que l'aéroport
n'ayant pas beaucoup de boutiques, il est prévu de passer au
centre commercial
duty
free appelé
Galleria et d'y rester une heure
et demi (et qu'on n'a pas le choix), les achats étant
à retirer ensuite à l'aéroport.
L'endroit n'est guère mieux que celui découvert
l'autre jour près de l'hôtel (Collection Bali),
boutiques de luxe, cosmétiques, parfums, chocolats, etc.,
sauf qu'à l'étage il y a des restaurants
carrément minables, le contraste entre les deux
étant saisissant.
Bref, en attendant le vol de l'avion, on organise le vol des pigeons...
(Car il y a sans doute des commissions qui circulent après
nos achats. On protestera de cela à l'agence de voyage.)
Arrivés à l'aéroport, où
tout se passe bien, et vite. On constate qu'il y a
énormément de boutiques ! Dont celles de
Galleria ! Du coup, je dois attendre à un comptoir
pour retirer une malheureuse boîte de chocolats...
Et puis on va en salle d'attente.
C'est ce qui s'appelle monter un incident en épingle.
Vous êtes candidat à la présidence et
ancien
ministre d'état, vous avez vos réseaux de
contacts
discrets dans tous les niveaux de la police, vous venez de laisser
votre place à un homme de paille que vous pourrez griller en
cas
d'erreur. Vous attendez. L'occasion. Le signe du destin, direz-vous
plus tard, quand vous écrirez vos mémoires. Vous
y croyez. On vous tient au courant en permanence, à
l'oreillette. Dans
une grande gare de la capitale, aubaine, on vient d'arrêter
un
sans-papiers sans billet, c'est ce qu'on dit à la
télé, et vous sentez que des attroupements
peuvent
vous servir. Pour peu qu'ils s'élargissent, s'amalgament de
toutes sortes de voyageurs curieux. Au lieu de laisser faire la
dispersion, donc, vous
suggérez discrètement qu'on amasse, bien visibles
et bien armés,
des
policiers. Et qu'ils ne fassent rien qu'être visibles, et
armés, caparaçonnés, noirs symboles de
la force publique.
Et
parfois gratuite. Le temps d'amasser des badauds en face, donc. Mais
aussi celui
que des casseurs arrivent et commencent leurs
distractions favorites. En général
par un
magasin de sport, vêtements ou chaussures. Alors, quand c'est
bien chaud, faites revenir, euh... pardon... faites
intervenir vos agents en force, en masse, en vitesse et en sauveurs de
l'ordre public tellement menacé que vous pourrez en parler
dans les maisons de retraite jusqu'à la fin de votre
campagne.
Pertes : 2 à 3 % de jeunes dits
défavorisés, et autant de citoyens ayant ici
percé votre
machiavélisme.
Gains : 5 à 7 % de votants indécis tout
de
suite, plus 10 % à suivre si
bonne exploitation
par la presse (vous n'êtes pas seul dans le coup).