Soleil, nuages, pluie, au mépris
Par Berlol, vendredi 2 mars 2007 à 23:50 :: General :: #563 :: rss
Je regarde alternativement la fenêtre de notes à
l'écran et le livre La
Télévision (pour préparer
le cours de demain). En fait, là, je regarde la couverture
du livre, dans la collection Double de Minuit, avec une photo d'un
écran neigeux qui éclaire deux pieds nus et
croisés. Sans doute des pieds d'homme. Je me disais que
Toussaint (Jean-Philippe) pouvait encore écrire dans les
années 90 qu'on regardait la
télévision, dans le sens direct,
défini, le plus dénotatif qui soit, et sans
entourloupe.
Ce matin par exemple, je ne regardais pas la télévision. Je regardais un écran de télévision avec une chaîne japonaise, dans le seul but de voir les prévisions météo. Et d'un autre côté de la pièce, je regardais l'écran d'un ordinateur dans lequel une fenêtre accueillait le journal de 20 heures de France 2, à ma demande de 8h15 heure japonaise soit 0h15 heure française. Plus souvent sur le programme français, pour voir les personnalités et les sujets traités, mes yeux ne faisaient que de brèves incartades vers le téléviseur, surtout pour les petits logos soleil, nuages, pluie, au mépris des émissions people et cuisine du matin.
Quinze ans après Toussaint, il vaut donc mieux que je dise que je regarde de la télévision. Qu'y a-t-il dans ce passage du défini au partitif ?
C'est toute une histoire, me disais-je pendant la réunion matinale de la faculté... Préfixe et radical, télé et vision, nomment d'abord un phénomène (on le sait mais on l'oublie), celui de voir ce qui est loin, ce qui n'est pas devant mes yeux, dans mon champ de vision naturelle, avant d'être le nom d'une technologie ou d'un objet. Téléviseur : viseur de ce qui est loin... D'ailleurs étonnant, ce fait de viser (d'où les mires, peut-être), et que ce ne soit pas visionneur, ou visionneuse... Imaginez-vous disant : j'ai acheté une télévisionneuse... L'abréviation en télé tout court fait l'économie lexicale de la vision puisqu'elle est là, de toute façon.
Mais alors, il y a télévision quand je découvre cet historique de JCB — multivision, même, et lui avouer que je n'avais pas fait cette rétrovision de son site, qu'il fait bien de la proposer. Et télévision quand je parcours quotidiennement des yeux les blogs de mon choix, découvrant par exemple les versions rénovées de ceux d'Emmanuelle Pagano (flambant neuf) et de Chloé Delaume (bien retapé, sans plus). Et télévision quand vous lisez ceci : ceci est en ce moment votre télévision ! (Dingue, non ?)
Et
il y a télévision aussi dans ma
tête quand, dans le shinkansen remontant la côte
vers Tokyo, j'écoute en enfilade plusieurs
épisodes du feuilleton Dylan, ou le
remarquable Surpris par
la nuit récemment consacré
à la Samaritaine.
Bref, si l'objet apparu dans les années 60 du siècle dernier perd sa place centrale dans la communication nationale, au profit (?) d'une multiplicité d'écrans techniquement sans frontières (réception satellite, câble, réseau, etc.), il est normal que le mot télévision perde lui aussi son aspect défini pour passer dans le domaine du fractionnable, du multiple, de l'imprécis — et du partageable. L'attention qui s'est focalisée sur cet objet pendant quarante ans d'une lente dégradation vers le profit et l'abêtissement des masses peut sans problème (?) se reporter sur une infinité de propositions en réseau.
Ce qui n'empêche pas la surprise. C'est ainsi qu'en dînant à la maison d'un superbe plat de takenokos (c'est la saison), après être allé boire un verre de vin avec T. et deux autres amis au Saint-Martin, je me passionne à revoir un film américain qui décortique un (mortel) jeu psychologique entre cadres de l'espionnage qui ne quittent pas leur QG, la jubilation provenant de l'écran opérationnel que l'un d'eux arrive à construire dans la tête des autres (qui ne sont pas les premiers venus) tandis qu'il téléguide en secret et sur sa prime de retraite une opération de sauvetage dans une prison chinoise...
(Dernièrement, le cinéma américain d'espionnage et de guerre n'était pas très jubilatoire... Ce Spy-Game (T. Scott, 2001) d'avant la série 24 Heures Chrono — qui ne brille guère par son humour — fait exception.)
Ce matin par exemple, je ne regardais pas la télévision. Je regardais un écran de télévision avec une chaîne japonaise, dans le seul but de voir les prévisions météo. Et d'un autre côté de la pièce, je regardais l'écran d'un ordinateur dans lequel une fenêtre accueillait le journal de 20 heures de France 2, à ma demande de 8h15 heure japonaise soit 0h15 heure française. Plus souvent sur le programme français, pour voir les personnalités et les sujets traités, mes yeux ne faisaient que de brèves incartades vers le téléviseur, surtout pour les petits logos soleil, nuages, pluie, au mépris des émissions people et cuisine du matin.
Quinze ans après Toussaint, il vaut donc mieux que je dise que je regarde de la télévision. Qu'y a-t-il dans ce passage du défini au partitif ?
C'est toute une histoire, me disais-je pendant la réunion matinale de la faculté... Préfixe et radical, télé et vision, nomment d'abord un phénomène (on le sait mais on l'oublie), celui de voir ce qui est loin, ce qui n'est pas devant mes yeux, dans mon champ de vision naturelle, avant d'être le nom d'une technologie ou d'un objet. Téléviseur : viseur de ce qui est loin... D'ailleurs étonnant, ce fait de viser (d'où les mires, peut-être), et que ce ne soit pas visionneur, ou visionneuse... Imaginez-vous disant : j'ai acheté une télévisionneuse... L'abréviation en télé tout court fait l'économie lexicale de la vision puisqu'elle est là, de toute façon.
Mais alors, il y a télévision quand je découvre cet historique de JCB — multivision, même, et lui avouer que je n'avais pas fait cette rétrovision de son site, qu'il fait bien de la proposer. Et télévision quand je parcours quotidiennement des yeux les blogs de mon choix, découvrant par exemple les versions rénovées de ceux d'Emmanuelle Pagano (flambant neuf) et de Chloé Delaume (bien retapé, sans plus). Et télévision quand vous lisez ceci : ceci est en ce moment votre télévision ! (Dingue, non ?)
Et
il y a télévision aussi dans ma
tête quand, dans le shinkansen remontant la côte
vers Tokyo, j'écoute en enfilade plusieurs
épisodes du feuilleton Dylan, ou le
remarquable Surpris par
la nuit récemment consacré
à la Samaritaine.Bref, si l'objet apparu dans les années 60 du siècle dernier perd sa place centrale dans la communication nationale, au profit (?) d'une multiplicité d'écrans techniquement sans frontières (réception satellite, câble, réseau, etc.), il est normal que le mot télévision perde lui aussi son aspect défini pour passer dans le domaine du fractionnable, du multiple, de l'imprécis — et du partageable. L'attention qui s'est focalisée sur cet objet pendant quarante ans d'une lente dégradation vers le profit et l'abêtissement des masses peut sans problème (?) se reporter sur une infinité de propositions en réseau.
Ce qui n'empêche pas la surprise. C'est ainsi qu'en dînant à la maison d'un superbe plat de takenokos (c'est la saison), après être allé boire un verre de vin avec T. et deux autres amis au Saint-Martin, je me passionne à revoir un film américain qui décortique un (mortel) jeu psychologique entre cadres de l'espionnage qui ne quittent pas leur QG, la jubilation provenant de l'écran opérationnel que l'un d'eux arrive à construire dans la tête des autres (qui ne sont pas les premiers venus) tandis qu'il téléguide en secret et sur sa prime de retraite une opération de sauvetage dans une prison chinoise...
(Dernièrement, le cinéma américain d'espionnage et de guerre n'était pas très jubilatoire... Ce Spy-Game (T. Scott, 2001) d'avant la série 24 Heures Chrono — qui ne brille guère par son humour — fait exception.)
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