Entre les lourds nuages
Par Berlol, lundi 5 mars 2007 à 23:45 :: General :: #566 :: rss
Par hasard, comme souvent, je tombe sur le blog
de Michel Onfray, ouvert en février, chez le
Nouvel Obs. Je lis les derniers billets, parcours rapidement les
précédents ainsi que quelques commentaires parmi
les centaines de chaque billet. C'est sidérant. Il a
littéralement détruit son image en cinq semaines
(à mes yeux, au moins, mais j'ai l'impression de ne pas
être le seul). Fatuité et suffisance. Tout le
travail accumulé, celui d'un professeur de philosophie qui
n'est pas lui-même philosophe, disparu derrière
l'image d'un cyber-fat. Comment cela est-il possible ?
Principalement par l'incompréhension ou le
dénigrement de ce qu'est un blog.
On est libre évidemment d'accepter ou pas les commentaires. Il en a déjà été débattu ici. On est libre également d'ouvrir les commentaires de son blog ET de ne jamais y intervenir soi-même. Mais dans ce cas, la liberté a un sens très précis : le mépris des autres par réintroduction d'une hiérarchie arbitraire dans un mode de communication réputé pour son égalitarisme. Ce qui tourne au fun total quand on connaît le côté verbalement libertaire d'Onfray.
Ce mépris est d'ailleurs clairement dévoilé — après que des centaines de personnes l'ont exhorté à leur répondre — dans son dernier billet (en date) : « Habituellement je ne regarde pas les émissions télévisées enregistrées dans lesquelles je me trouve. Pas plus [que] je ne lis les articles, bons ou mauvais, qui me sont consacrés dans la presse nationale ou internationale. De même, je ne regarde pas les commentaires lâchés au pied de ce blog que vous lisez, ou je ne réponds aux lettres d’insultes, aux messages internet, ou aux lettres PTT qui exigent de moi une réponse parce que j’aurais dit, ici ou là, telle ou telle chose.»
Où on lit bien (c'est moi qui souligne) que les commentaires — tous, donc — sont assimilés à des insultes. Je me suis bien gardé d'en lâcher.
J'avais de l'estime pour Michel Onfray. C'est fini. Quant au contenu de ses billets, c'est juste une participation de plus dans la cacophonie de la campagne présidentielle. Ce n'est ni original ni bien écrit. En fait, si l'auteur n'était pas connu par ailleurs, ce blog passerait totalement inaperçu. On en revient au magnétisme de la notoriété et aux deux tropismes qui en résultent habituellement, les pros et les antis, les caudataires et les querelleurs, les uns prolongeant la pensée du maître dans tous les sens, les autres allant même jusqu'à faire un (ou des) contre-blog(s). Dieu que tous ces gens ont du temps à perdre !
Je retrouve T. pour le déjeuner. Elle prépare des tempuras très légères d'asperges, de tara no me et d'udo (独活). Un pur régal. Après avoir corrigé la typo d'un article pour un collègue de T., c'est l'heure d'aller au cinéma à l'Institut. Entre les lourds nuages et les forts vents tournants qui me rappellent ma première arrivée au Japon, en 1992, nous allons vers Le Concile de Pierre (G. Nicloux, 2006) sans rien savoir du film. Sommes plutôt agréablement surpris d'une bonne distraction, avec ce qu'il faut de pensée magique et de recyclage de religiosité (dont le monde a tant besoin, paraît-il).
Les expériences sur le psychisme prétendument menées par des groupes marginaux dans les années 70 semblent d'ailleurs devenir un cliché, ces derniers temps. On trouve également cela à la base des constructions enterrées sur l'île du feuilleton Lost dont nous nous enfilons quatre épisodes (9-12 de la saison 2) jusqu'à pas d'heure, après avoir dîné d'un étonnant... cassoulet, au Saint-Martin — T. voulait essayer ça depuis des semaines, alors malgré la pluie battante...
On est libre évidemment d'accepter ou pas les commentaires. Il en a déjà été débattu ici. On est libre également d'ouvrir les commentaires de son blog ET de ne jamais y intervenir soi-même. Mais dans ce cas, la liberté a un sens très précis : le mépris des autres par réintroduction d'une hiérarchie arbitraire dans un mode de communication réputé pour son égalitarisme. Ce qui tourne au fun total quand on connaît le côté verbalement libertaire d'Onfray.
Ce mépris est d'ailleurs clairement dévoilé — après que des centaines de personnes l'ont exhorté à leur répondre — dans son dernier billet (en date) : « Habituellement je ne regarde pas les émissions télévisées enregistrées dans lesquelles je me trouve. Pas plus [que] je ne lis les articles, bons ou mauvais, qui me sont consacrés dans la presse nationale ou internationale. De même, je ne regarde pas les commentaires lâchés au pied de ce blog que vous lisez, ou je ne réponds aux lettres d’insultes, aux messages internet, ou aux lettres PTT qui exigent de moi une réponse parce que j’aurais dit, ici ou là, telle ou telle chose.»
Où on lit bien (c'est moi qui souligne) que les commentaires — tous, donc — sont assimilés à des insultes. Je me suis bien gardé d'en lâcher.
J'avais de l'estime pour Michel Onfray. C'est fini. Quant au contenu de ses billets, c'est juste une participation de plus dans la cacophonie de la campagne présidentielle. Ce n'est ni original ni bien écrit. En fait, si l'auteur n'était pas connu par ailleurs, ce blog passerait totalement inaperçu. On en revient au magnétisme de la notoriété et aux deux tropismes qui en résultent habituellement, les pros et les antis, les caudataires et les querelleurs, les uns prolongeant la pensée du maître dans tous les sens, les autres allant même jusqu'à faire un (ou des) contre-blog(s). Dieu que tous ces gens ont du temps à perdre !
Je retrouve T. pour le déjeuner. Elle prépare des tempuras très légères d'asperges, de tara no me et d'udo (独活). Un pur régal. Après avoir corrigé la typo d'un article pour un collègue de T., c'est l'heure d'aller au cinéma à l'Institut. Entre les lourds nuages et les forts vents tournants qui me rappellent ma première arrivée au Japon, en 1992, nous allons vers Le Concile de Pierre (G. Nicloux, 2006) sans rien savoir du film. Sommes plutôt agréablement surpris d'une bonne distraction, avec ce qu'il faut de pensée magique et de recyclage de religiosité (dont le monde a tant besoin, paraît-il).
Les expériences sur le psychisme prétendument menées par des groupes marginaux dans les années 70 semblent d'ailleurs devenir un cliché, ces derniers temps. On trouve également cela à la base des constructions enterrées sur l'île du feuilleton Lost dont nous nous enfilons quatre épisodes (9-12 de la saison 2) jusqu'à pas d'heure, après avoir dîné d'un étonnant... cassoulet, au Saint-Martin — T. voulait essayer ça depuis des semaines, alors malgré la pluie battante...
Commentaires
1. Le mardi 6 mars 2007 à 01:18, par patapon :
C’est vrai, ce blog d’Onfray est d’une désolante médiocrité. Se réclamer de la tradition grecque “hédoniste” (ou du moins non-platonicienne) pour en arriver à donner dans ce poujadisme d’aujourd’hui qu’est le josébovisme, quelle pitié…
2. Le mardi 6 mars 2007 à 01:52, par tef :
"réintroduction d'une hiérarchie arbitraire dans un mode de communication réputé pour son égalitarisme".
Le fonctionnememnt d'un blog est par nature hiérarchique. L'auteur du blog a une autorité sur les autres, lesquels se contentent de commenter, réagir. C'est pas égalitaire.
// C'était un communiqué du "Mouvement pour la Défense des Forums". Ouais, vive les forums, c'est trop bien ! //
3. Le mardi 6 mars 2007 à 02:12, par Berlol :
Tef, le mot important est "arbitraire". Il y a en effet une hiérarchie dans le blog mais elle est "structurelle". C'est celle d'accepter, fermer, modérer, supprimer, etc., les commentaires dans un espace différent de celui des billets. C'est entendu. Dans la mesure où j'ai de la considération pour les personnes qui prennent la peine de me commenter et de rester courtois, que je leur réponds autant que possible (comme maintenant), je propose "arbitrairement" une forme d'égalité, je crois. Ce n'est visiblement pas le choix d'Onfray.
Pour ce qui est des forums, je n'y crois pas plus : il y a toujours une structure et elle impose sa hiérarchie, d'autant plus efficace qu'elle est invisible. Bien sûr, il y en a de "bien tenus", dans un sens égalitaire, mais aussi beaucoup de "bien tenus", dans le sens cosmétique. Non ?
4. Le mardi 6 mars 2007 à 03:39, par christine :
dans toute communication entre personnes il y a de l'arbitraire, des hiérarchies, plus ou moins d'écoute et de courtoisie ... mais à l'égalité je ne crois pas trop
quant à Onfray, il me semble que cela fait quelque temps qu'il est en voie de finkielkrautisation (et c'est dommage, car j'aimais bien ses premiers livres) : je l'avais écrit ici lorsqu'il avait écrasé Sollers sous son mépris bien-pensant chez Taddéï (qui revient ce soir, ou jamais!)
en tout cas à un commentaire papier (dit aussi "lettre") de Jean Ferrat Onfray accepte aujourd'hui de répondre, semble-t-il
5. Le mardi 6 mars 2007 à 03:41, par tef :
Ok, je suis.
Je m'étais emmêlé les pinceaux en considérant l'ensemble du blog. Mais pour les commentaires, oui, effectivement.
Les forums. Hors le cas des privilèges accordés aux modérateurs, il y a possibilité de restreindre l'usage aux seuls membres inscrits, à des groupes particuliers etc. Ce qui fixe une hiérarchie.
Ceux qui ne le font pas voit s'établir une hiérarchie par l'usage, phénomène qui n'est pas inintéressant. Au delà, le sens égalitaire ou non va dépendre de l'atmosphère du forum et celle-ci est le fait de toute une communauté (du coup plus difficile à analyser).
Ce que je trouve intéressant dans le forum, c'est que celui qui le tient (bien ou mal) doit composer avec la multiplicité des voix. Il ne peut s'y imposer véritablement. L'idée qu'un forum se définit par ce que les gens y font, l'illusion d'une communauté.
6. Le mardi 6 mars 2007 à 03:44, par Berlol :
Bien dit, Tef. Tout à fait d'accord.
Avec Christine aussi. Tout baigne, ce soir (pour moi, c'est le soir...).
7. Le mardi 6 mars 2007 à 09:03, par brigetoun :
pour Onfray je ne sais pas (ou si) mais votre blog était pour moi d'une timidité de violette et je ne pouvais y accéder. (sans doute par la faute de ma machine)
Aussi délicat que la cuisine évoquée.
Pour Onfray il vous montre seulement plus à cru une face de sa personnalité. Ses idées sont souvent séduisantes ou me séduisent, mais la tolérance n'a jamais été sa première qualité. Cela transparaissait déjà avant le blog. Très tranchant le bonhomme
8. Le mardi 6 mars 2007 à 09:06, par brigetoun :
votre commentaire a été envoyé. Il sera en ligne bientôt. Bien mais puisque vous êtes tolérant j'en lache un autre. Nous manquons de religiosité parait-il ? à mon humble avis nous allons périr engloutis dessous
9. Le mardi 6 mars 2007 à 15:33, par Berlol :
Hélas, je le crains aussi. C'est bien pour ça que j'écrivais "paraît-il", je ne suis pas du tout solidaire de cette doxa.
10. Le mardi 6 mars 2007 à 18:32, par Manu :
J'adhère également. C'est d'"éducation" dont le monde a tant besoin.
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