Par hasard, comme souvent, je tombe sur le blog de Michel Onfray, ouvert en février, chez le Nouvel Obs. Je lis les derniers billets, parcours rapidement les précédents ainsi que quelques commentaires parmi les centaines de chaque billet. C'est sidérant. Il a littéralement détruit son image en cinq semaines (à mes yeux, au moins, mais j'ai l'impression de ne pas être le seul). Fatuité et suffisance. Tout le travail accumulé, celui d'un professeur de philosophie qui n'est pas lui-même philosophe, disparu derrière l'image d'un cyber-fat. Comment cela est-il possible ? Principalement par l'incompréhension ou le dénigrement de ce qu'est un blog.
On est libre évidemment d'accepter ou pas les commentaires. Il en a déjà été débattu ici. On est libre également d'ouvrir les commentaires de son blog ET de ne jamais y intervenir soi-même. Mais dans ce cas, la liberté a un sens très précis : le mépris des autres par réintroduction d'une hiérarchie arbitraire dans un mode de communication réputé pour son égalitarisme. Ce qui tourne au fun total quand on connaît le côté verbalement libertaire d'Onfray.
Ce mépris est d'ailleurs clairement dévoilé — après que des centaines de personnes l'ont exhorté à leur répondre — dans son dernier billet (en date) : « Habituellement je ne regarde pas les émissions télévisées enregistrées dans lesquelles je me trouve. Pas plus [que] je ne lis les articles, bons ou mauvais, qui me sont consacrés dans la presse nationale ou internationale. De même, je ne regarde pas les commentaires lâchés au pied de ce blog que vous lisez, ou je ne réponds aux lettres d’insultes, aux messages internet, ou aux lettres PTT qui exigent de moi une réponse parce que j’aurais dit, ici ou là, telle ou telle chose.»
Où on lit bien (c'est moi qui souligne) que les commentaires — tous, donc — sont assimilés à des insultes. Je me suis bien gardé d'en lâcher.
J'avais de l'estime pour Michel Onfray. C'est fini. Quant au contenu de ses billets, c'est juste une participation de plus dans la cacophonie de la campagne présidentielle. Ce n'est ni original ni bien écrit. En fait, si l'auteur n'était pas connu par ailleurs, ce blog passerait totalement inaperçu. On en revient au magnétisme de la notoriété et aux deux tropismes qui en résultent habituellement, les pros et les antis, les caudataires et les querelleurs, les uns prolongeant la pensée du maître dans tous les sens, les autres allant même jusqu'à faire un (ou des) contre-blog(s). Dieu que tous ces gens ont du temps à perdre !

Je retrouve T. pour le déjeuner. Elle prépare des tempuras très légères d'asperges, de tara no me et d'udo (独活). Un pur régal. Après avoir corrigé la typo d'un article pour un collègue de T., c'est l'heure d'aller au cinéma à l'Institut. Entre les lourds nuages et les forts vents tournants qui me rappellent ma première arrivée au Japon, en 1992, nous allons vers Le Concile de Pierre (G. Nicloux, 2006) sans rien savoir du film. Sommes plutôt agréablement surpris d'une bonne distraction, avec ce qu'il faut de pensée magique et de recyclage de religiosité (dont le monde a tant besoin, paraît-il).
Les expériences sur le psychisme prétendument menées par des groupes marginaux dans les années 70 semblent d'ailleurs devenir un cliché, ces derniers temps. On trouve également cela à la base des constructions enterrées sur l'île du feuilleton Lost dont nous nous enfilons quatre épisodes (9-12 de la saison 2) jusqu'à pas d'heure, après avoir dîné d'un étonnant... cassoulet, au Saint-Martin — T. voulait essayer ça depuis des semaines, alors malgré la pluie battante...