Tiédeur et éclaircies quand nous sortons et montons nos vélos pliables. Pour la première fois de l'année, peut-être bien... Des courses à faire à Ichigaya et Akihabara (soit 2 km à l'ouest puis 5 à l'est). La différence avec le dimanche est évidente : des voitures et des camions partout, rapidité et agressivité des piétons. Il faut choisir des rues, des avenues plus dégagées, des trottoirs plus larges, aucun problème via Suidobashi.
Au retour, arrêt pour visite du grand temple de Kanda (Kanda Miyoujin, 神 田明神), très décoré et superbement entretenu.
Retour par Korakuen, sans s'arrêter parce qu'on a faim. Déjeuner — c'est mon tour — d'une salade tomates, mozarella et basilic, et de deux tournedos, saisis à la graisse de foie gras (conservée du pot offert par ma sœur fin décembre).

Je laisse T. à des courriers familiaux et je vais à l'Institut voir Truands (Frédéric Schöendoerffer, 2006). Pas de surprise sur l'intrigue, c'est de la classique peinture de mœurs, celles du grand banditisme. Mais pas d'enjolivement ni d'hagiographie. Ils sont vulgaires, incultes, violents, machistes, sexistes, xénophobes, ne respectent pas leur parole, n'ont pour toute morale que l'argent. Un tueur solitaire, qui ne marche qu'au contrat, essaie d'échapper à l'enrôlement, ne veut pas ajouter la compromission du goût à celle du crime.
À noter, au milieu du film : un personnage regarde un film sur un poste de télévision, c'est une scène de la 317e Section (1964, de Pierre Schöendoerffer, père de Frédéric), quand Bruno Cremer met une grenade dégoupillée sous un mort, pour que ceux qui viendront après se fassent sauter en déplaçant le corps ; je croyais que ça servirait de mise en abyme et j'attendais le piège : quand les cousins viennent dans l'appartement du solitaire, à la fin, j'étais persuadé que tout allait péter, mais non... Évitement spéculaire comme une volonté de ne pas rendre la pareille, de ne pas entrer dans le cercle infernal de la vengeance personnelle.

Puis T. me laisse pour aller à une réunion universitaire. Je dîne en regardant Match Point (W. Allen, 2005). Propos en soi guère plus innovant que le précédent. C'est un conte macabre de l'adultère ordinaire. Mais avec la très chic société londonienne, l'accent, la classe. La finesse de la mise en scène et des dialogues n'évite pas un peu d'ennui vers le centre mou du film, peut-être nécessaire d'ailleurs pour faire fonctionner la mise en abyme, effective cette fois, du premier quart du film : le jeune instructeur de tennis et amateur d'opéra offre à sa future fiancée un disque d'enregistrements rares dont il vante les accents tragiques, à quoi la jeune femme est peu sensible... Il vivra sa tragédie, elle non. Et puis des choses dites sur le hasard, dans une conversation badine entre amis de fraîche date, trouveront leur illustration dans la surprenante ironie finale du destin. Donc, ni machiavélisme filmique ni téléologie comportementale.

S'il n'y a ni libre arbitre ni prédestination, qu'y a-t-il ? L'errance, l'hésitation, le remord, le sursis.