jeudi 8 mars 2007
Porc qu'aucun masque n'arrête
Par Berlol, jeudi 8 mars 2007 à 23:59 :: General
Un œuf n'est pas plus plein que ma journée
— mais il sera peut-être meilleur.
Lever au cri des corbeaux pour aller prendre un shinkansen dans lequel je me retrouve avec un gros poupin renifleur qui s'avale deux malodorants ekibens avant 10h30. Beurk ! Effluves de bouchée vapeur au porc qu'aucun masque n'arrête. Je me concentre sur la voix d'Agnès Desarthe...
À 11h10, je suis au centre des impôts de Kanayama. C'est l'affluence des derniers jours. Vingt minutes de queue serpentine à l'entrée du préfabriqué, trente minutes de queue statique debout et encore quarante minutes de queue assise — par bonheur, j'ai mon I-River et, dans le train comme dans les queues, observant le paysage ou mes congénères, j'écoute parler de Mangez-moi chez Veinstein, puis un très réussi Affinités électives avec Pierre Alferi, j'entame même une des séances du colloque Butor de la BnF. Enfin, vient mon tour, expédié en quatre minutes de vérif, les calculs de T. se révélant corrects. Je ressors vers 12h45 avec presque rien à payer (précisons que j'ai déjà été prélevé à la source et qu'il ne s'agit aujourd'hui que d'un ajustement final...).
Déjeuner de tonkatsu au centre commercial voisin, en lisant Laure Limongi.
« [...] c'est le fameux esprit d'escalier. Où on se remémore la scène : "Ah oui, quand il m'a dit ça, voilà ce que j'aurais dû lui dire !" Et parfois dix ans après on se dit : "mais voilà ce que j'aurais dû faire...". Mais sauf que non, parce qu'on était jeune et idiot ou alors parce qu'on était distrait et saoul ou parce que, j'en sais rien, mais ça m'est toujours apparu comme une constante et qui me touche d'autant plus qu'elle mélange le burlesque et le tragique. Parce que ça peut avoir des conséquences tragiques mais c'est quand même très drôle d'être si inapproprié sans arrêt, on est tout le temps inapproprié, on n'a jamais la bonne taille, on n'a jamais l'esprit assez large ou assez rétréci [...] » (Agnès Desarthe, dans Du jour au lendemain, le 6 septembre 2006).
« [...] Cingria, c'est un écrivain d'une très très grande liberté, et d'une liberté très particulière qui fait qu'il n'a presque pas de forme. Il écrit des textes très courts, qui sont souvent des dérives, des promenades, des choses vues, mêlées à toutes sortes de souvenirs, de réflexions, etc. Et il a une sorte d'agilité, de fantaisie vraiment unique, qui est dans sa phrase même, dans sa manière de promener sa phrase et... pour moi c'est une sorte d'idéal, je dois dire, de pratique de la syntaxe comme une forme, presque, de danse [...] »
(Entre 95 et 97, à propos des deux numéros de la Revue de Littérature Générale créée avec Olivier Cadiot...) « Y'avait une sorte de dépression, je dirais, pas personnelle, mais de dépression ambiante, en tout cas c'est comme ça qu'on le percevait, dans le champ de la littérature et de ce qu'on pouvait penser dans la littérature, pas forcément au sens philosophique du terme mais on pouvait théoriser les prises de position esthétiques, etc., à l'époque en 94-95, le débat de ces questions était, pas impossible, mais considéré comme nul et non avenu, et ça manquait beaucoup, enfin ça nous manquait. [...] Et le désir d'une chose collective, il est venu et en même temps il est assez vite reparti parce qu'on a commencé à faire ça tous les deux, à susciter beaucoup de gens mais qui un par un travaillaient très bien avec nous mais qui ne formaient pas un collectif cohérent, du tout, et puis on s'est dit peut-être ça va émerger peut-être qu'on va rencontrer comme ça des jeunes écrivains avec des affinités entre eux et pourquoi pas avec nous et que ça continuera sous une forme plus collective parce qu'on n'aurait pas pu continuer tout seuls, on ne faisait que ça, pendant deux ans. Et ça n'a pas eu lieu.»
(La prose n'est pas l'opposée de la poésie...) « Non, en effet, mais je n'ai pas d'idées générales là-dessus, c'est une question de rythme de vie, presque, c'est vraiment des rythmes différents. La poésie — enfin, dans ma pratique, pour moi, en tout cas — est toujours liée au présent présent, au présent immédiat. Elle s'écrit en une fois. Enfin, même si ça se retravaille beaucoup, c'est assez bref pour qu'on écrive un poème d'un coup. Et tout est déterminé par cette dimension modeste, cette précision, cette présence [...] » (Pierre Alferi, extrait des Affinités électives du 28 septembre 2006)
« Dans le souvenir clos d'une personne, il y a tout un monde en horizon gris changeant. Conjonction de l'archétype à l'annuaire, des abscisses et des ordonnées très personnelles. Comment raconter une histoire ? » (Laure Limongi, Je ne sais rien d'un homme quand je sais qu'il s'appelle Jacques, p.25)
Quand je reprends le métro à Kanayama, je tombe sur mon collègue du département germain, il revient juste d'un stage à Okinawa. Mises à jour respectives, pendant le trajet, sur la quinzaine qui vient de s'écouler.
Deux courriers importants dans la boîte aux lettres : un talon de recommandé et une carte du bureau de l'immigration pour le renouvellement de visa. Pendant que des giboulées arrivent et que le froid retombe, je selle mon vélo et galope vers la poste centrale. Le recommandé, c'est la banque, de Paris, qui m'envoie un chéquier et une carte bleue. Direction, la fac, entre les gouttes. Là aussi, pas mal de courrier interne, mais routine déjà.
Parmi les pages web que j'ouvre, celle de Ce soir ou jamais pour voir le thème. Du coup, je me rends compte que j'ai oublié de noter la reprise de l'émission, vue hier soir après rédaction du billet. Tous ces humoristes sur un plateau, ça n'a pas donné grand-chose, une heure vite passée, quelques piques amusantes, le clivage entre civisme et cynisme apparu parfois avec une violence dérisoire et déplacée et... Guy Bedos qui s'est barré aux deux tiers, excédé par les propos délirants, lui semblait-il, de Juliette Arnaud et de Romain Bouteille. Frédéric Taddeï en est estomaqué, il s'en tire en rappelant que ça arrive maintenant sur tous les plateaux, que des invités sortent sans rien dire, juste parce qu'ils en ont marre.
Quant à l'émission d'hier soir, je n'aurai pas le temps de la voir ce soir. Dîner entre collègues au restaurant Saint-Marc où, en plus du menu, on distribue régulièrement des tout petits pains maison de différents parfums pendant que de jeunes pianistes massacrent des classiques, voire de la bossa.
Lever au cri des corbeaux pour aller prendre un shinkansen dans lequel je me retrouve avec un gros poupin renifleur qui s'avale deux malodorants ekibens avant 10h30. Beurk ! Effluves de bouchée vapeur au porc qu'aucun masque n'arrête. Je me concentre sur la voix d'Agnès Desarthe...
À 11h10, je suis au centre des impôts de Kanayama. C'est l'affluence des derniers jours. Vingt minutes de queue serpentine à l'entrée du préfabriqué, trente minutes de queue statique debout et encore quarante minutes de queue assise — par bonheur, j'ai mon I-River et, dans le train comme dans les queues, observant le paysage ou mes congénères, j'écoute parler de Mangez-moi chez Veinstein, puis un très réussi Affinités électives avec Pierre Alferi, j'entame même une des séances du colloque Butor de la BnF. Enfin, vient mon tour, expédié en quatre minutes de vérif, les calculs de T. se révélant corrects. Je ressors vers 12h45 avec presque rien à payer (précisons que j'ai déjà été prélevé à la source et qu'il ne s'agit aujourd'hui que d'un ajustement final...).
Déjeuner de tonkatsu au centre commercial voisin, en lisant Laure Limongi.
« [...] c'est le fameux esprit d'escalier. Où on se remémore la scène : "Ah oui, quand il m'a dit ça, voilà ce que j'aurais dû lui dire !" Et parfois dix ans après on se dit : "mais voilà ce que j'aurais dû faire...". Mais sauf que non, parce qu'on était jeune et idiot ou alors parce qu'on était distrait et saoul ou parce que, j'en sais rien, mais ça m'est toujours apparu comme une constante et qui me touche d'autant plus qu'elle mélange le burlesque et le tragique. Parce que ça peut avoir des conséquences tragiques mais c'est quand même très drôle d'être si inapproprié sans arrêt, on est tout le temps inapproprié, on n'a jamais la bonne taille, on n'a jamais l'esprit assez large ou assez rétréci [...] » (Agnès Desarthe, dans Du jour au lendemain, le 6 septembre 2006).
« [...] Cingria, c'est un écrivain d'une très très grande liberté, et d'une liberté très particulière qui fait qu'il n'a presque pas de forme. Il écrit des textes très courts, qui sont souvent des dérives, des promenades, des choses vues, mêlées à toutes sortes de souvenirs, de réflexions, etc. Et il a une sorte d'agilité, de fantaisie vraiment unique, qui est dans sa phrase même, dans sa manière de promener sa phrase et... pour moi c'est une sorte d'idéal, je dois dire, de pratique de la syntaxe comme une forme, presque, de danse [...] »
(Entre 95 et 97, à propos des deux numéros de la Revue de Littérature Générale créée avec Olivier Cadiot...) « Y'avait une sorte de dépression, je dirais, pas personnelle, mais de dépression ambiante, en tout cas c'est comme ça qu'on le percevait, dans le champ de la littérature et de ce qu'on pouvait penser dans la littérature, pas forcément au sens philosophique du terme mais on pouvait théoriser les prises de position esthétiques, etc., à l'époque en 94-95, le débat de ces questions était, pas impossible, mais considéré comme nul et non avenu, et ça manquait beaucoup, enfin ça nous manquait. [...] Et le désir d'une chose collective, il est venu et en même temps il est assez vite reparti parce qu'on a commencé à faire ça tous les deux, à susciter beaucoup de gens mais qui un par un travaillaient très bien avec nous mais qui ne formaient pas un collectif cohérent, du tout, et puis on s'est dit peut-être ça va émerger peut-être qu'on va rencontrer comme ça des jeunes écrivains avec des affinités entre eux et pourquoi pas avec nous et que ça continuera sous une forme plus collective parce qu'on n'aurait pas pu continuer tout seuls, on ne faisait que ça, pendant deux ans. Et ça n'a pas eu lieu.»
(La prose n'est pas l'opposée de la poésie...) « Non, en effet, mais je n'ai pas d'idées générales là-dessus, c'est une question de rythme de vie, presque, c'est vraiment des rythmes différents. La poésie — enfin, dans ma pratique, pour moi, en tout cas — est toujours liée au présent présent, au présent immédiat. Elle s'écrit en une fois. Enfin, même si ça se retravaille beaucoup, c'est assez bref pour qu'on écrive un poème d'un coup. Et tout est déterminé par cette dimension modeste, cette précision, cette présence [...] » (Pierre Alferi, extrait des Affinités électives du 28 septembre 2006)
« Dans le souvenir clos d'une personne, il y a tout un monde en horizon gris changeant. Conjonction de l'archétype à l'annuaire, des abscisses et des ordonnées très personnelles. Comment raconter une histoire ? » (Laure Limongi, Je ne sais rien d'un homme quand je sais qu'il s'appelle Jacques, p.25)
Quand je reprends le métro à Kanayama, je tombe sur mon collègue du département germain, il revient juste d'un stage à Okinawa. Mises à jour respectives, pendant le trajet, sur la quinzaine qui vient de s'écouler.
Deux courriers importants dans la boîte aux lettres : un talon de recommandé et une carte du bureau de l'immigration pour le renouvellement de visa. Pendant que des giboulées arrivent et que le froid retombe, je selle mon vélo et galope vers la poste centrale. Le recommandé, c'est la banque, de Paris, qui m'envoie un chéquier et une carte bleue. Direction, la fac, entre les gouttes. Là aussi, pas mal de courrier interne, mais routine déjà.
Parmi les pages web que j'ouvre, celle de Ce soir ou jamais pour voir le thème. Du coup, je me rends compte que j'ai oublié de noter la reprise de l'émission, vue hier soir après rédaction du billet. Tous ces humoristes sur un plateau, ça n'a pas donné grand-chose, une heure vite passée, quelques piques amusantes, le clivage entre civisme et cynisme apparu parfois avec une violence dérisoire et déplacée et... Guy Bedos qui s'est barré aux deux tiers, excédé par les propos délirants, lui semblait-il, de Juliette Arnaud et de Romain Bouteille. Frédéric Taddeï en est estomaqué, il s'en tire en rappelant que ça arrive maintenant sur tous les plateaux, que des invités sortent sans rien dire, juste parce qu'ils en ont marre.
Quant à l'émission d'hier soir, je n'aurai pas le temps de la voir ce soir. Dîner entre collègues au restaurant Saint-Marc où, en plus du menu, on distribue régulièrement des tout petits pains maison de différents parfums pendant que de jeunes pianistes massacrent des classiques, voire de la bossa.