Un gros bout de Ce soir ou Jamais de mercredi au petit déjeuner. Très étonnant d'entendre des personnes capables de défendre sérieusement les bilans de Castro ou de Pinochet. On recommande le film La Vie des autres, que je ne connais pas encore. De belles interventions de Pierre Rigoulot, Miguel Benassayag et Jane Birkin. C'est Ismail Kadaré que je trouve le plus fin, prenant un vrai risque intellectuel...

« C'est pas éthiquement correct de le dire, mais il y a une relation cachée entre une partie du peuple et la dictature. On peut pas avoir une dictature sans une partie de la population. C'est un tiers, la moitié, deux tiers ? On ne sait jamais. Mais il y a une complicité, une sorte de relation secrète entre les foules et le dictateur. Où est la clé du secret ? Où est la clé de ça ? Je pense que la clé, c'est la médiocrité. Un dictateur, c'est un être, en général, médiocre. Et les foules ne sont pas très élevées, elles aiment beaucoup la médiocrité. Parce qu'elles trouvent quelque chose qui leur ressemble. Elles ne se l'expliquent pas de façon claire, mais elles aiment les stars médiocres. Elles n'aiment pas, jam... En Allemagne, on ne peut pas imaginer que le peuple allemand serait fasciné par Beethoven, ou par Goethe, mais il est fasciné par un petit médiocre comme l'était Hitler. Et c'est comme ça dans tous les pays. Enfin, je crois, je ne suis pas sûr. Mais je crois que cette médiocrité fait la relation entre les deux. Et voilà pourquoi une partie de la population était en extase. Parce qu'ils s'identifient, c'est leur héros. Et surtout quand sa biographie, c'est orphelin, qu'il a souffert dans sa jeunesse, il a travaillé, il était pauvre, etc., etc., alors c'est formidable pour un dictateur, il va gagner.» (Ismail Kadaré, vers 42'42", avant un témoignage émouvant de Jane Birkin sur Aung San Suu Kyi)

Dernière réunion de l'année universitaire 2006, avec les calendriers de réunions de 2007 et mon nom dans deux comités thématiques. Soit deux réunions de plus chaque mois. No comment.
Ça mérite urgemment d'aller pédaler, suer et retrouver un personnage amical. J'ai nommé le commissaire Adamsberg. J'avais déjà lu les chapitres de démarrage après que Bikun me l'avait offert, mais là, ça y est, me voilà dedans...

« Adamsberg développait une théorie inverse à celle du grignotage, posant que la somme d'incertitudes que peut porter un seul homme dans un même temps ne peut pas croître indéfiniment, atteignant un seuil maximum de trois à quatre incertitudes simultanées. Ce qui ne signifiait pas qu'il n'en existait pas d'autres, mais que seules trois ou quatre pouvaient être en état de marche dans un cerveau humain. Que donc la manie de Danglard de vouloir les éradiquer ne lui servait en rien, car sitôt qu'il en avait tué deux, la place se libérait aussitôt pour deux nouvelles questions inédites, qu'il n'aurait pas connues s'il avait eu la sagesse d'endurer les anciennes.» (Fred Vargas, Dans les Bois éternels, Éd. Viviane Hamy, 2006, p. 45)

Pas le temps de déjeuner. Un jus de fruit en boîte et une sorte de chien-chaud froid suffiront. Le collègue qui a accepté d'être mon garant pour la demande de visa permanent me donne les documents prévus, je rassemble mes petites affaires — il est déjà presque 15 heures — et je file vers les bureaux de l'immigration. J'y arrive à 15h40, présente la convocation postale, contre un numéro d'appel et un autre formulaire à remplir pour le Re-Entry Permit (taxe donnant droit d'entrer et sortir du Japon durant le temps de validité du visa), vais acheter les timbres fiscaux (4000 yens pour le visa, 6000 pour le Re-Entry), les colle, reviens remplir mon formulaire. Mon numéro est appelé à 15h52, c'est donc l'heure de mon dernier renouvellement de visa (si ma demande de visa permanent est acceptée, ce qui viendra en avril ou mai). Je file au guichet voisin tirer un numéro d'appel pour la demande de Re-Entry, suis appelé à 15h57, alors que j'étais en train de compléter quelques lignes du formulaire, les achève sous la dictée de l'employé qui veut bien m'aider, prend les papiers et m'invite à attendre. Aucune sonnerie ne retentit. Il reste une quarantaine d'étrangers qui attendent pour différents guichets. Une employée, peut-être la chef, passe à chaque guichet, il y en a une dizaine, avec une baguette à crochet pour descendre des petits rideaux de toile qui indiquent la fermeture du bureau, y compris celui qui traite mon passeport. J'en déduis qu'on cesse de prendre de nouvelles demandes et qu'on finit celles en cours. L'employé relève un peu son rideau et m'appelle. Nous vérifions ensemble les dates des deux nouveaux documents collés sur mon passeport. Et c'est fini, il est 16h05. Je range mon passeport, j'ai presque rempli le sac acheté à Yokohama avec ma sœur, et je pars vers mon shinkansen, plein de reconnaissance pour ces employés courtois et efficaces (et pas qu'avec moi).

Soirée. Dîner avec T. en regardant deux épisodes de Lost (quand Jack sollicite Ana-Lucia pour créer un entraînement militaire, puis quand Charlie met le feu pour enlever le bébé de Claire (quel con, ce Charlie !)). Mais bon, pour moi, depuis la mort de Shannon, rien n'est plus tout à fait comme avant...
Pour ne pas me coucher trop tard, pas de blog mais lecture des pages de La Télévision, soyons sérieux, pour le cours de demain...