Pour bien apprécier les pages 203-213 de La Télévision, il faut remonter où j'en étais resté la semaine dernière, c'est-à-dire au Musée de Dahlem, devant un moniteur de surveillance. Le narrateur y voit, mal, un portrait de Charles Quint par Dürer, dont l'image remémorée est bien meilleure. Mais quand il rouvre les yeux, c'est son propre reflet qu'il voit. Il y aurait ainsi, dans l'ensemble de l'œuvre de Toussaint, à s'occuper des superpositions, de leur aspect anecdotique (comique, souvent) et de leur profondeur (narrative ou ontologique, selon les cas). Ainsi devant la piscine fermée, vidée, quand le narrateur voit des gens en nettoyer le fond, brossant la mosaïque de carrelage qui représente Poséidon et, littéralement, « lui arrosaient la barbe » et « lui passaient la serpillère dans les yeux » (198). Ainsi quand nageant il observe des jeunes femmes entrant dans des cabines de bronzage dont elles ressortent, lui semble-t-il, « la peau du cou desséchée, le décolleté creusé et osseux » (201), à l'inverse du manège dont il se souvient dans La Fontaine de jouvence de Lucas Cranach. Ou dans le mouvement analogique qui lui fait concevoir le développement de la télévision comme un cancer de l'humanité (204-205). Ou dans le simple fait de jouer avec son fils, à la maison, quand celui-ci lui demande de faire « une partie de hockey sur glace en chaussettes » (209), quand il faut bien superposer les règles et les gestes d'un jeu à une réalité sans glace ni patins — et rester sur le mode ludique face à son fils qui aurait allumé la télévision « si, en catastrophe, patinant prestement en chaussettes jusqu'à lui, je n'avais arrêté sa main au dernier moment » (210). Et ainsi de suite...
On s'amuse également beaucoup, dans le cours de ce matin, à décrire le renversement psychologique lors de la seconde rencontre avec le président de la Fondation (qui finance la bourse du narrateur). La condescendance qui amène celui-ci à confier ses soucis personnels au narrateur qui n'en souhaitait pas tant (202) incite ce dernier à se venger facilement après qu'il a été question d'un documentaire télé sur des banquiers de la Renaissance en demandant simplement à l'autre s'il regardait « beaucoup » la télévision (204). Manière aussi d'introduire le thème de l'enregistrement (sur magnétoscope) et de la déculpabilisation qu'il fonde en transformant les vulgaires programmes de télé, qui passent et disparaissent, en noble patrimoine, répertorié, inscrit sur un support et pieusement conservé. (Un peu comme ce que je fais avec France Culture, hi hi !)

Déjeuner au Saint-Martin avec T., Laurent et Y., qui était déjà à cette même table à notre repas d'anniversaire. Le chef, Ichige, nous a confectionné, spécialement pour nous et par surprise, des chaussons aux pommes (parce que j'avais dit qu'en France, on les faisait toujours sans cannelle, il s'est dit qu'il allait essayer...). Laurent passe ensuite à la maison pour récupérer deux dévédés d'opéras de Wagner et ramasser des tuyaux sur les dernières technologies logicielles (que je maîtrise à peu près et lui pas encore), type Bloglines et Podemus, qui lui permettront d'accéder plus facilement à des contenus culturels audio de plus en plus nombreux (radios, bien sûr, mais aussi Canal Académie, le Collège de France, la Voix du savoir, etc.).
Après une sieste bien méritée, j'écoute et enregistre, ému, les Vendredis de la philosophie sur Jean Baudrillard. Tout ce que j'y entends est très juste. Malgré les polémiques qui jalonnent sa carrière, c'est quelqu'un qui a su se faire apprécier de ses contradicteurs, voire aimer de ses ennemis. Sans doute parce qu'il écrivait très bien, mais aussi parce que ses excès conceptuels ou ses paradoxes provocants n'allaient jamais dans le sens du populisme ou de la démagogie.

Le film que T. a loué pour ce soir ne me disait pas des masses, a priori. Un film de plus dans un avion, un film psychologique, dans le mauvais sens du texte. Mais Flight Plan (R. Schwentke, 2005) m'a bien étonné car on finit vraiment par croire que Kyle (Jodie Foster) est cinglée, choquée par le décès de son mari et qu'elle a cru avoir sa fille avec elle... Mais l'amour maternel est plus fort (cliché) que les méchants, qui ne pensent pas à tout (cliché). Bon, pas mal, mais sans plus...

J'ai raté la Journée de la femme (mais j'étais en bonne compagnie, avec les voix d'Agnès Desarthe et de Laure Limongi, non ?). J'ai oublié de signaler que Manu allait changer de poste et d'entreprise (Félicitations ! Quand on sait le temps que ça prend et l'angoisse que ça génère, toutes ces incertitudes depuis des années...). Quoi d'autre ? Des centaines de fils rss s'emmêlent, entassés dans la colonne de droite... Demain, peut-être...