Très réussi, le Deligne d'hier ! Et porteur d'un point de vue auquel les penseurs âgés qui croient penser le monde nouveau feraient bien de s'intéresser dare-dare... Pas si loin d'ailleurs du dernier billet de Patrick Bazin dans Livres Hebdo (qui exprime posément un avis assez proche du mien, me semble-t-il, même si j'y vais en général un peu plus fort...).

Encore une journée tranquille. Décidément. On va bientôt s'ennuyer !
Pendant que T. est au yoga, je vais en vélo à Korakuen, pour des courses au Seijo Ishii. Elle m'appelle juste quand je suis rentré pour qu'on se retrouve au Saint-Martin, histoire de ne pas faire la cuisine et qu'elle puisse retourner plus vite à sa traduction. Le sauté de porc est accompagné de riz, cuit à l'oignon et au thym — excellent. Or Yukie nous avait déclaré, il doit y avoir deux ans, qu'on ne verrait jamais de riz au SM — ce qu'on s'empresse de lui rappeler... Sourires.

Après quelques heures de travail en toute tranquillité, je vais faire un tour à l'Institut. Café et far aux pruneaux à la cafétéria en finissant le livre de Luc Lang pour le rendre. Ce 11 Septembre mon amour m'a modérément intéressé, finalement. Question d'affinités littéraires ou de moment ? Je ne sais.
Retour à la maison, visionnement du Ce soir ou Jamais de jeudi dernier (Michel Winock, oui, bien, mais rien de transcendant dans son entretien, le court-métrage sur les sans papiers, les enfants qui veulent rester, je suis d'accord, mais rien de nouveau pour peu qu'on soit déjà correctement informé, donc une émission qui a bien fait d'être courte).
Puis lecture blog et presse avant le dîner. Dont ceci :

« Corée-France: les manuscrits de la discorde.
C'est une publicité en dernière page du
Monde daté 7 mars. On y voit la couverture d'un livre manuscrit entouré d'une chaîne bouclée par un cadenas frappé d'un drapeau français. Au-dessous, un titre en rouge : "Incapable de trouver le sommeil en Corée." Le texte donne un début d'explication : "Tant que les archives Oe-Gyujanggak, pièce importante de notre patrimoine culturel, ne nous auront pas été restituées, nous, Coréens, ne trouverons pas le sommeil."
Un autre texte explique que le manuscrit reproduit fait partie de 297 volumes arrachés à la Corée par la France et conservés à la Bibliothèque nationale de France (BNF). François Mitterrand, lit-on en légende, avait promis en 1993 de rendre ces archives en échange d'un contrat de construction d'un TGV sur le territoire coréen. Promesse non tenue.
Cette publicité, qui ne porte aucune mention du commanditaire, a été envoyée directement à notre journal par Munhwa Broadcasting Corporation, chaîne de télévision privée coréenne à forte composante culturelle.
En 1993, le président Mitterrand se rend effectivement en Corée, où il rencontre le président Kim Young-sam. Le plat de résistance de la visite est un TGV. La France aimerait que cette manifestation de la technologie française puisse se concrétiser au pays du Matin-Calme. Effectivement, les Coréens fabriquent sous licence un TGV baptisé KTX, qui depuis 2004 fonctionne entre Séoul et Pusan. A cette occasion, le président français a proposé à ses interlocuteurs coréens de leur "prêter" un des manuscrits coréens détenus par la BNF depuis le Second Empire. Le ministre de la culture, Jacques Toubon, reçoit une lettre signée du président de la République lui demandant d'autoriser la sortie de la pièce "pour un prêt croisé". Jacqueline Samson et Monique Cohen, conservatrices à la BNF, prennent l'avion pour apporter le manuscrit. Visiblement, les Coréens comprennent "restitution" et non prêt. La pièce reste à Séoul, sans contrepartie.
Les 297 livres dont la Corée demande aujourd'hui la restitution sont effectivement le fruit d'un pillage. En 1866, à la suite de l'assassinat, en Corée, de neuf missionnaires français et de 8 000 de leurs ouailles, Paris envoie une expédition navale qui embarque manu militari 297 manuscrits, rituels de cérémonies religieuses ou royales — des copies pour la plupart —, reversés à la Bibliothèque nationale et oubliés. Une chercheuse coréenne les redécouvre en 1991.
En 1999, une mission est confiée à Jacques Sallois, haut fonctionnaire à la Cour des comptes, pour régler le problème. Sans résultat. "Ces manuscrits sont inaliénables, comme toutes les collections publiques, explique Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF. En revanche, en accord avec l'ambassade de Corée en France, nous avons décidé de numériser ces pièces — opération financée par la Corée et le Quai d'Orsay. Dans quelques semaines, ce travail sera achevé." Cette restitution virtuelle sera-t-elle suffisante pour calmer la fièvre nationaliste coréenne ? »
Emmanuel de Roux, dans Le Monde du 11.03.07.

Voilà ce que j'appelle un article bâclé.
Que s'est-il réellement passé en 1866 ? Peut-on croire qu'un vol de manuscrits
vengeait (équivalait ou quel autre mot ?) des massacres ? Mitterrand a-t-il réellement promis restitution des manuscrits ? Et demander restitution, est-ce spécialement faire preuve de nationalisme ? Surtout avec « fièvre » pour faire mousser comme dans un magazine people...
Si on n'était pas le 12 mars, je croirais volontiers qu'on est le 1er avril !
On peut en effet regretter que M. de Roux n'ait pas (ou mal) lu les informations de Wikipédia, de l'association France-Corée, du Pr André Fabre sur le déroulement des opérations militaires, ou de la BnF (au bas de cette page) qui ne fait mention que de 31 volumes en cours de numérisation. Il ne semble pas non plus avoir pris connaissance du blog de sa consœur Élise Walter qui pose bien mieux le problème que lui. Sans pour autant qu'on puisse tout bien comprendre, tant du passé (1866) que des actuelles dispositions officielles de la France.
En marge, on s'étonnera que notre ministère de la défense, dans une de ses pages officielles, ait passé ces manuscrits volés sous un quasi-silence...