Au 20-Heures de France 2 d'hier, on voit le cachalot qui se pavanait près des côtes de Shikoku, puis qui s'énervait comme on venait le chatouiller, renversant deux barques à coups de queue. Interview d'un quidam, quelques secondes, sous-titré « pêcheur japonais » ; et T., son toast à la confiture d'abricot en main, qui a vu ça à la télé japonaise et dans le journal, me dit qu'il n'est pas du tout pêcheur, ce gars-là, c'est un fonctionnaire de la mairie, et celui qui est mort noyé dans la barque retournée n'était pas pêcheur non plus, mais éleveur de perles.
On comprend ainsi que lorsque les journalistes français reçoivent des images étrangères dans une langue inconnue*, ils légendent comme ils peuvent, sans vérifier. Et quelle importance, hein ?
En revanche, le Portrait de France : vivre avec le SMIC (au premier tiers du journal), avec une mère de famille taillée dans le granit de Bretagne, parfait ! Devrait être passé en boucle 24 heures durant à tous les ministres et à tous les ministrables...

Agréable Ce soir ou Jamais de lundi soir, avec quatre pointures de la radio-télé d'antan (et encore en activité). Frédéric Taddeï rend ainsi hommage à ses prédécesseurs, humblement, sans trop chercher à faire valoir sa formule actuelle. Rien de transcendant, bien évidemment, dans les propos de Jacques Chancel, Pierre Bouteiller, Philippe Bouvard et José Artur, qui parlent de leur métier avec anecdotes et petites nuances de nostalgie, mais sans trop de c'était tellement mieux avant. On allait tout de même reprocher quelque chose... quand deux comédiennes ont été introduites pour parler lectures : Natacha Régnier et Lou Doillon.
Cette dernière ayant évoqué les lettres que Napoléon écrivait d'Italie à cheval pendant que Joséphine le trompait (à pied, à cheval et en voiture), je ne résiste pas au plaisir de faire lire celle-ci. En toute simplicité.

« Osterode, 14 mars 1807
Au Schah de Perse
NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d'Italie, à Feth-Ali-Schah, Empereur des Persans, salut
J'ai reçu ta lettre. Toutes les fois que je reçois des nouvelles de tes succès, mon cœur se remplit de joie. Jaubert, que je t'avais envoyé, est de retour. Il m'a informé du bon accueil que tu lui as fait et des désirs que tu formes, et qui sont les miens. Tu auras appris que je suis sur les frontières de la Russie. J'ai pris aux Russes, en deux batailles, soixante et quinze pièces de canon ; je leur ai fait tant de prisonniers et j'ai tellement porté l'alarme chez eux, qu'ils ont eu recours à une levée en masse pour défendre leur capitale. Ton ambassadeur est arrivé à Varsovie, et, me trouvant à l'avant-garde de mon armée, à quatre-vingts lieues en avant, je n'ai pu encore le voir. Devant retourner incessamment dans cette ville, je le rendrai l'organe de mes sentiments pour toi, et je l'enverrai de là dans ma capitale, afin qu'il te rapporte une véritable idée de ma puissance et de mes peuples. Une partie de l'armée russe, et surtout de la cavalerie qui était sur ta frontière, a été rappelée et s'est portée contre moi. Profite de ces circonstances. Je t'expédie cette lettre par toutes les voies : il faut que nous ayons des communications fréquentes, afin de lier la politique de nos empires, qui est la même, contre ennemis communs.
Écrit en mon quartier impérial d'Osterode, le 14 mars de l'an 1807 et de mon règne le 3e.»

De mon quartier général de Watcho**, an 14 de mon règne nippon ni mauvais (pas neuve, celle-là), je me suis assis sur le balcon pour la première fois de l'année, avec le livre de Fred Vargas. C'était après le bain matinal, en attendant le retour de T., puis notre déjeuner et la sortie à Ginza. Nous avons visité plusieurs magasins, toujours à la recherche sérendipe*** des chaises de nos rêves : on ramène un petit pull pour T., un petit portefeuille pour moi, et du pain.
Nous sommes également passés à l'agence de voyage retirer nos feuilles de route pour Bali la semaine prochaine.

J'enregistre et j'écoute, studieux, sans commentaires pour l'instant, la série d'émissions À voix nue avec Jean-Claude Chevalier au sujet des stratégies universitaires, principalement parisiennes, avant et après 68. Idem pour Du jour au lendemain, avec Olivier Cadiot. En revanche, après 4 épisodes, j'ai laissé tomber le feuilleton Les New Yorkaises d'après Edith Wharton — pas d'affinités suffisantes pour que mes oreilles acceptent de rester concentrées — elles attendent vendredi soir...

* Et même dans leur langue puisqu'un peu plus tard dans le même journal Régine Deforges sera sous-titrée « Régine Desforges », erreur récurrente.
** Abréviation familière de Wakamiya-cho.
*** J'ai vu la formation d'un adjectif sérendipiteux, dérivant de sérendipité, mais que je trouve moche (piteux) et inutilement long. Habituellement les mots en -ité dérivent d'un adjectif plus court (facile, facilité ; capable, capacité). J'ai donc pris la liberté de le ramener près de sa racine. J'ai ensuite pu constater que ça avait déjà été fait.