Avec le pare-brise sale, une nonchalance à perte de vue
Par Berlol, dimanche 18 mars 2007 à 23:59 :: General :: #579 :: rss
Après un brunch tardif et la lecture de quelques courriels,
c'était déjà midi. Un peu de soleil
mais grand vent ; un temps de saison. Le même qu'il
y a quinze ans, me dis-je depuis quelques jours... Il y a quinze ans,
je m'apprêtais — nous étions deux
— à partir pour le Japon. Dont je ne savais rien.
Ou presque. Ma compagne d'alors avait étudié le
japonais plusieurs années. Moi le chinois, deux ans,
abandonnés — on ne peut pas tout faire —
pour approfondir les recherches en littérature
française. Ce pourquoi j'avais cette invitation japonaise
pour deux ans. De ce 18 mars 1992, je ne me souviens pas du tout. Rien,
aucune image, aucune émotion. C'est ma maladie,
honteuse : l'oubli — moteur profond de ce journal.
C'est pourtant le jour où nous avons fini nos bagages,
fermé nos portes, gagné l'aéroport et
décollé. Il a dû y avoir des effusions,
des craintes familiales, des promesses de courrier et de
téléphone dès l'arrivée
à bon port.
Nous
décidons d'aller marcher une heure, T. et moi, vers
Edogawabashi, pour voir où en sont les cerisiers le long de
la rivière. Manu doit se souvenir de la balade, il
a habité tout près. On a bien fait de se couvrir
parce que le vent est glacial. J'ai pris l'enregistreur
numérique pour faire des essais. La meilleure prise sera
dans une boutique de gâteaux japonais, bourdonnante de
formules de politesse et de froissements d'emballages.
Les fleurs des cerisiers écloront d'ici trois jours, conclut T. — quant à celles des pêchers, c'est juste aujourd'hui, timidement...
Bourgeons au garde-à-vous
Pêchers, vous éclosez tout de suite
Et défendez fièrement vos couleurs
Cerisiers, vous éclorez mercredi
Soyez braves sous les intempéries
De retour, T. se remet à sa traduction. Je regarde The Brown Bunny (Vincent Gallo, 2003). J'y retrouve le plaisir de ce cinéma dépouillé, déroutant parce qu'on n'y sent pas les marqueurs habituels de la fiction cinématographique, les repères de l'histoire qu'on veut nous vendre. Au contraire, comme si on suivait ce garçon sans le connaître, comme si on pouvait l'épier sans qu'il nous voie, on regarde de tous nos yeux pour essayer de comprendre. Le sens se construit petit à petit. Motard, beau gars, des contacts faciles avec des femmes mais il laisse tomber, on se demande pourquoi. Un peu de musique mais pas trop, de longs plans de routes américaines avec le pare-brise sale, une nonchalance à perte de vue qui (me) rappelle inévitablement les premières minutes de Gerry (2002). Il cherche quelqu'un. Daisy, qu'il a perdue. On comprendra quand et comment vers la fin, après qu'elle sera venue lui rendre visite en tendre succube de sa mémoire. Et dire que d'aucuns se sont choqués d'une fellation (hélas, floutée dans le dévédé japonais), au lieu d'en voir le sens, sa beauté (c'était leurs sens contre le sens).
Comme prévu, j'ai enregistré le Surpris par la nuit de vendredi, sur la prise de son et l'audition. Puis Répliques, Concordance des temps et Jeux d'épreuves. Mais ce que j'écoutais, en allant faire des courses (dévédé à rendre, légumes pour une ratatouille), c'était une partie d'une Radio libre de 2001 sur Flaubert (Cf. L'Huma ou le Bulletin Flaubert, car FC n'a pas d'archives antérieures à 2002 !), avec Pierre-Marc de Biasi et Pierre Dumayet, puis Claudine Gothot-Mersch...
Nous
décidons d'aller marcher une heure, T. et moi, vers
Edogawabashi, pour voir où en sont les cerisiers le long de
la rivière. Manu doit se souvenir de la balade, il
a habité tout près. On a bien fait de se couvrir
parce que le vent est glacial. J'ai pris l'enregistreur
numérique pour faire des essais. La meilleure prise sera
dans une boutique de gâteaux japonais, bourdonnante de
formules de politesse et de froissements d'emballages.Les fleurs des cerisiers écloront d'ici trois jours, conclut T. — quant à celles des pêchers, c'est juste aujourd'hui, timidement...
Bourgeons au garde-à-vous
Pêchers, vous éclosez tout de suite
Et défendez fièrement vos couleurs
Cerisiers, vous éclorez mercredi
Soyez braves sous les intempéries
De retour, T. se remet à sa traduction. Je regarde The Brown Bunny (Vincent Gallo, 2003). J'y retrouve le plaisir de ce cinéma dépouillé, déroutant parce qu'on n'y sent pas les marqueurs habituels de la fiction cinématographique, les repères de l'histoire qu'on veut nous vendre. Au contraire, comme si on suivait ce garçon sans le connaître, comme si on pouvait l'épier sans qu'il nous voie, on regarde de tous nos yeux pour essayer de comprendre. Le sens se construit petit à petit. Motard, beau gars, des contacts faciles avec des femmes mais il laisse tomber, on se demande pourquoi. Un peu de musique mais pas trop, de longs plans de routes américaines avec le pare-brise sale, une nonchalance à perte de vue qui (me) rappelle inévitablement les premières minutes de Gerry (2002). Il cherche quelqu'un. Daisy, qu'il a perdue. On comprendra quand et comment vers la fin, après qu'elle sera venue lui rendre visite en tendre succube de sa mémoire. Et dire que d'aucuns se sont choqués d'une fellation (hélas, floutée dans le dévédé japonais), au lieu d'en voir le sens, sa beauté (c'était leurs sens contre le sens).
Comme prévu, j'ai enregistré le Surpris par la nuit de vendredi, sur la prise de son et l'audition. Puis Répliques, Concordance des temps et Jeux d'épreuves. Mais ce que j'écoutais, en allant faire des courses (dévédé à rendre, légumes pour une ratatouille), c'était une partie d'une Radio libre de 2001 sur Flaubert (Cf. L'Huma ou le Bulletin Flaubert, car FC n'a pas d'archives antérieures à 2002 !), avec Pierre-Marc de Biasi et Pierre Dumayet, puis Claudine Gothot-Mersch...
Commentaires
1. Le lundi 19 mars 2007 à 01:43, par brigetoun :
je ne sais plus quelle était l'émission que j'écoutais en faisant du ménage sur le livre et internet, décevante
Pour les cerisiers, est ce que le regain du froid ne va pas poser de problèmes ?
2. Le lundi 19 mars 2007 à 04:16, par Berlol :
Apparemment non, parce qu'il ne gèle pas, tout de même. Mais il y aura sans doute une bonne semaine d'avance.
Par chez vous aussi, non ?
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