Depuis hier, on peut utiliser une carte unique, PASMO, pour prendre métro, JR (équivalent du RER) et bus dans la zone métropolitaine de Tokyo. S'il s'agit du dernier progrès en matière de transports urbains, il ne faut pas croire qu'on accède ainsi, même avec trente ans de retard, au coup de génie — j'en ai déjà parlé, je crois — que fut pour le jeune parisien que j'étais alors la carte orange sur Paris (1975). Car cette nouvelle carte n'est pas un forfait hebdomadaire ou mensuel, mais une carte à débit, rechargeable. Le prix de chaque passage sera donc exactement le même ; le seul avantage étant de n'avoir qu'une carte au lieu de deux ou trois. Comme le permettait déjà la carte SUICA, valable pour le JR, il est également possible de se servir du PASMO comme d'un porte-monnaie électronique dans un certain nombre de commerces.
Et pour peu qu'on achète et recharge son PASMO avec une carte de crédit, on devient entièrement traçable, commercialement ciblable. C'est la puce qui fait le pigeon voyageur.

Évidemment, rien de tout cela n'existait en 1992. Durant mes premières semaines au Japon, je découvris ce que je pouvais appeler des avances et des retards de cette société par rapport à celle que je venais de quitter. On a d'abord besoin de comparer pour se construire de nouveaux repères. Et même un nouveau repaire...
Il fallut plusieurs années — et la rencontre de T. — pour que je comprenne que c'était seulement des différences. La situation du paiement dans les transports en commun était tout de même réellement en retard : plusieurs compagnies, chacune avec ses lignes, obligeant les voyageurs à acheter un billet à chaque voyage et à chaque changement. Des abonnements, mais seulement d'un point à un autre (du domicile au lieu de travail, évidemment). Des carnets de tickets, aussi, mais pas de cartes et encore moins de forfaits.

Nous venions de trouver trois places au Saint-Martin pour déjeuner, T., sa copine Miyuki et moi, quand un premier véhicule de pompiers passa dans la rue. Pendant la commande de notre déjeuner, deux autres sirènes retentissaient dans la rue. Un ou deux autres camions passèrent, rugissant. Tout le monde commençait à regarder dehors. On voyait les badauds ébahis qui s'orientaient tous dans une même direction. En attendant mon plat, je suis sorti dans la rue déjà barrée des deux côtés, les camions de pompiers ayant sorti des tuyaux pour les brancher sur des arrivées d'eau. À moins de cent mètres, en direction d'Iidabashi, une foule était massée mais je ne voyais rien de ce que les gens regardaient. Ce n'était pas dans la rue même, mais dans le pâté de maison, c'est-à-dire dans le réseau d'anciennes ruelles qui sépare la Kagurazaka de la parallèle où je me trouvais. Je pouvais voir également deux personnes sur un balcon, qui avaient l'air de photographier ou de filmer, ce qui voulait dire qu'il n'y avait pas de danger mais que le sinistre était visible. Cela m'indiquait à peu près son emplacement. Je suis rentré dans le restaurant pour donner ces quelques informations à Yukie et à T. qui traduisit pour Miyuki.
Une minute après, c'était le patron du Clos Montmartre, un autre restaurant français du quartier, qui passait boire un coup et dire qu'au moins cinq maisons brûlaient, dont un célèbre restaurant d'onigiris. Nous avons déjeuné mi-discutant mi-regardant dehors les mouvements de personnes et de véhicules.
Après être sortis du restaurant, nous avons essayé d'en savoir plus mais toutes les ruelles étaient barrées. Par certaines d'entre elles, on voyait de la fumée...
Il a fallu attendre de voir la télévision pour connaître l'ampleur de la catastrophe : sans doute une douzaine de maisons traditionnelles, parmi les dernières du quartier — des restaurants traditionnels, pour la plupart — ont brûlé, le feu s'étant propagé de l'une à l'autre du fait de leur contiguïté.

Étonnante coïncidence : un épisode des 4400, hier soir, et un épisode de Lost, ce soir, présentent le même procédé de déstabilisation psychologique, avec, à chaque fois, un personnage persuadé d'avoir vécu en rêve ce que le spectateur prenait pour sa vraie vie. On n'y croit pas, mais le vertige produit quand même son petit effet.

Enfin, marche forcée Dans les bois éternels. Jusqu'à l'oméga, vers une heure du matin.
Il y avait d'abord une coupable évidente. Puis deux coupables possibles. Choisir passait par la façon de comprendre deux vers de Corneille. Au XXIe siècle ! Faut du culot, tout de même !
« Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !»
(Pierre Corneille, Horace, acte IV, scène V)
Fallait-il y voir une analogie ou fallait-il les lire littéralement ? Faire dans le symbole ou dans le détail ? Assurément, une très belle figure de discours proposée par Fred Vargas !