Pages maculées de crème solaire
Par Berlol, samedi 24 mars 2007 à 23:24 :: General :: #586 :: rss
Réveil vers 7 heures et demi, au rez-de-chaussée,
plutôt bien situé (dans l'aile de
bâtiment au niveau du n°30). Somptueux
— ça risque d'être le mot de la
semaine — buffet de petit déjeuner,
à volonté, avec des dizaines de plats
chauffés répartis en îlots
thématiques, pain et viennoiseries, fruits et produits
lactés, cuisine indonésienne, cuisine
occidentale, les préparations à base de porc
étant mises à part. Mince ! Il n'y a pas
de mangues ! Pas la saison !
Plage.
La pluie a cessé au petit matin. Ils doivent avoir une
télécommande quelque part... On a 300
mètres de bord de plage devant l'hôtel, dans une
baie de deux petits kilomètres.
Cent cinquante ans après, elle n'est pas au bout de ses peines, Madame Bovary. La voici à Bali, traînée et ouverte sur la plage, gondolée par les éléments, des pages maculées de crème solaire, risquant l'insolation et la noyade. Je la cache quelque peu de Français en groupe que j'entends dans les transats alentour (apparemment un groupe d'entreprise) pérorer et négocier des tours en bateau, et qui, la voyant, pourraient vouloir reprendre les plaisanteries qu'elle évita de justesse à son mariage... (Pour de la critique littéraire, il faudra repasser dans quelques semaines.)
Quand la plage est très belle, le sable fin et l'eau claire et tiède — et c'est le cas ici — je ne comprends pas pourquoi une majorité de gens préfèrent s'enfermer autour de la piscine. Bien sûr, il y a des vendeurs (fausses montres, jetski, etc.) et des vendeuses (sarongs, colifichets, etc.) mais en vertu d'un probable accord, ils n'approchent pas trop les touristes tant que ceux-ci restent dans leurs lignes de transats.
Allers-retours
dans l'eau et en longueurs de plage à pied, alternativement,
T.
et moi. Quand elle me prête son I-pod, je tombe sur un
morceau
très lent de l'album Mambo Siñuendo
de Ry Cooder. Avec ce que je vois,
accord magique. Statut de la liberté.
Dernière baignade, sur le dos, j'arrive à faire la planche en respirant normalement. Une petite révolution pour moi qui ai toujours haleté dans l'eau du fait de l'imminence du danger (l'eau n'est pas mon élément).
Déjeuner tardif au Chess (qui prend son nom d'un échiquier à grandeur humaine), en plein air entre piscine et plage, très animé par les écureuils, espiègles et peu farouches. Quand on leur donne une frite, ils la prennent avec les pattes avant, se la mettent en travers de la bouche et remontent dans l'arbre ou sur le dessus du parasol pour l'aller manger tranquillement.
On suit le chemin de plage vers le sud, jusqu'à la limite policière des hôtels, après quoi il n'y a plus de sécurité assurée pour les touristes. Nous passons pour continuer le front de mer (sans problèmes avec les habitants).
Je n'ai pas souvenir d'une telle présence policière il y a douze ans (mais j'étais à Sanur et non à Nusa Dua, ce qui faisait déjà une différence à l'époque).
Après quelques minutes de marche, on découvre un centre commercial entièrement artificiel, Bali Collection, implanté dans un endroit où il n'y avait sans doute rien que de la verdure il y a encore deux ou trois ans. Avec tout de même un bon rayon d'artisanat indonésien (on y trouvera des sets de table tissés). Retour à pied le long de la route, chaque minute klaxonné par des propositions de taxi.
On a tout juste eu le temps de négocier une pièce de batik (très belle, si si) dans la galerie commerciale de notre hôtel qu'il se met à tomber une puissante ondée — comme si c'était nous qui avions la télécommande, maintenant.
Bonne occasion de visiter le site hôtelier, grand comme la moitié du Louvre. T. réserve pour un programme de massage demain. Puis dînons indonésien — on voulait quelque chose de naïvement tomyamkunesque, mais le résultat n'est pas si éloigné que cela.
Par TV5 et l'arrestation d'un grand-père chinois qui venait chercher ses petit-enfants à la sortie de l'école, nous sommes effarés du lent effondrement de la France dans le fascisme banalisé. Le petit homme, qui n'a pas les dents limées, réaffirme l'indépendance des magistrats. Il est fort habile. Trop pour des populations qui vont l'élire — et souffrir.
22h30, nous sommes morts de fatigue, je ne dérangerai même pas Emma B., ce soir.
Plage.
La pluie a cessé au petit matin. Ils doivent avoir une
télécommande quelque part... On a 300
mètres de bord de plage devant l'hôtel, dans une
baie de deux petits kilomètres.Cent cinquante ans après, elle n'est pas au bout de ses peines, Madame Bovary. La voici à Bali, traînée et ouverte sur la plage, gondolée par les éléments, des pages maculées de crème solaire, risquant l'insolation et la noyade. Je la cache quelque peu de Français en groupe que j'entends dans les transats alentour (apparemment un groupe d'entreprise) pérorer et négocier des tours en bateau, et qui, la voyant, pourraient vouloir reprendre les plaisanteries qu'elle évita de justesse à son mariage... (Pour de la critique littéraire, il faudra repasser dans quelques semaines.)
Quand la plage est très belle, le sable fin et l'eau claire et tiède — et c'est le cas ici — je ne comprends pas pourquoi une majorité de gens préfèrent s'enfermer autour de la piscine. Bien sûr, il y a des vendeurs (fausses montres, jetski, etc.) et des vendeuses (sarongs, colifichets, etc.) mais en vertu d'un probable accord, ils n'approchent pas trop les touristes tant que ceux-ci restent dans leurs lignes de transats.
Allers-retours
dans l'eau et en longueurs de plage à pied, alternativement,
T.
et moi. Quand elle me prête son I-pod, je tombe sur un
morceau
très lent de l'album Mambo Siñuendo
de Ry Cooder. Avec ce que je vois,
accord magique. Statut de la liberté.Dernière baignade, sur le dos, j'arrive à faire la planche en respirant normalement. Une petite révolution pour moi qui ai toujours haleté dans l'eau du fait de l'imminence du danger (l'eau n'est pas mon élément).
Déjeuner tardif au Chess (qui prend son nom d'un échiquier à grandeur humaine), en plein air entre piscine et plage, très animé par les écureuils, espiègles et peu farouches. Quand on leur donne une frite, ils la prennent avec les pattes avant, se la mettent en travers de la bouche et remontent dans l'arbre ou sur le dessus du parasol pour l'aller manger tranquillement.
On suit le chemin de plage vers le sud, jusqu'à la limite policière des hôtels, après quoi il n'y a plus de sécurité assurée pour les touristes. Nous passons pour continuer le front de mer (sans problèmes avec les habitants).
Je n'ai pas souvenir d'une telle présence policière il y a douze ans (mais j'étais à Sanur et non à Nusa Dua, ce qui faisait déjà une différence à l'époque).
Après quelques minutes de marche, on découvre un centre commercial entièrement artificiel, Bali Collection, implanté dans un endroit où il n'y avait sans doute rien que de la verdure il y a encore deux ou trois ans. Avec tout de même un bon rayon d'artisanat indonésien (on y trouvera des sets de table tissés). Retour à pied le long de la route, chaque minute klaxonné par des propositions de taxi.
On a tout juste eu le temps de négocier une pièce de batik (très belle, si si) dans la galerie commerciale de notre hôtel qu'il se met à tomber une puissante ondée — comme si c'était nous qui avions la télécommande, maintenant.
Bonne occasion de visiter le site hôtelier, grand comme la moitié du Louvre. T. réserve pour un programme de massage demain. Puis dînons indonésien — on voulait quelque chose de naïvement tomyamkunesque, mais le résultat n'est pas si éloigné que cela.
Par TV5 et l'arrestation d'un grand-père chinois qui venait chercher ses petit-enfants à la sortie de l'école, nous sommes effarés du lent effondrement de la France dans le fascisme banalisé. Le petit homme, qui n'a pas les dents limées, réaffirme l'indépendance des magistrats. Il est fort habile. Trop pour des populations qui vont l'élire — et souffrir.
22h30, nous sommes morts de fatigue, je ne dérangerai même pas Emma B., ce soir.
Commentaires
1. Le lundi 2 avril 2007 à 12:10, par ck :
Pendant que tu te dorais la pilule entre les pages d'Emma, le quartier est en ébullition. L'école de la rue Rampal, on connaît. D y a fait un stage, à celle d'à côté aussi. La directrice loge au-dessus de l'école maternelle des mômes. Son copain est prof au collège. D l'a rencontrée, après sa garde à vue, a loué son courage: "C'est la moindre des choses... C'est normal de faire ce que j'ai fait." Oui, c'est normal. N'empêche.
Oui, les enfants du quartier choqués, eux aussi, par l'attitude des policiers - les mêmes qui viennent expliquer aux gosses chaque année où mènent les bétises, les rapines, le rackett, les violences, la drogue (oui, en primaire, ici un gosse peut faire vivre une famille). "Tu te rends compte? ils ont embarqué une mère en laissant son bébé pleurer au milieu de la rue." (A, 9 ans) Faut pas leur parler de Sarko, aux gosses de Belleville. "Ma copine Radouja, j'espère qu'elle a des papiers...", (E, 7 ans).
Environ 10 000 personnes tout de même, sous la pluie, le 31 mars, à manifester contre l'arrestation de sans papiers, et de ceux qui les soutiennent. En musique.
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