Scier les barreaux horaires de l'agenda
Par Berlol, dimanche 25 mars 2007 à 23:59 :: General :: #588 :: rss
Pendant
que T. dort encore, je vais dans le contre-jour à
marée basse. Il est six heures et quart. Deux ou trois
personnes peignent le sable au rateau ou replacent des transats. Les volcans du nord de l'île sont clairement
visibles. Ils paraissent tout près alors que dans la
journée, les brumes de chaleur les cachent
complètement, ou n'en laissent qu'une silhouette.Les pieds dans l'eau, là où je nageais et marchais hier, j'aperçois sous quelques centimètres d'eau calme, des oursins noirs à longues épines qui échangent des signaux avec de minuscules poissons rayés de bleu. Des étoiles de mer se déplacent reptilement des bras, m'offrant l'occasion d'un autoportrait translucide, voire extra-lucide...
Sûr que je ne vais plus poser les pieds ! Mais où ai-je donc mis mes lunettes de piscine ? Ah, les voilà. Dans un bonnet de bain ! (Le masque de plongée est resté à Nagoya...)
Page plage. Lecture.Après la baignade, T. va au massage, gommage, tout au bout du complexe hôtelier, près des tennis (il y en a pour 90 minutes !). Moi, j'avais envisagé d'aller au Fitness center pour pédaler, suer, althérer, etc., mais j'y ai renoncé. Beaucoup trop fatigant. Donc lecture sur la plage.
Involontairement, je suis les conversations des voisins. Et je mate les belles touristes... Emma B. perd de ses charmes, forcément.
Je rejoins T. et découvre une autre piscine, dans l'environnement très odorant — frangipanier — des soins esthétiques (le mot aromathérapie n'apparaît nulle part mais les narines le lisent partout). J'essaie le sauna, pas assez chaud. En revanche, extraordinaire bain de vapeur, tellement dense que je ne vois pas à un mètre. Puis on profite d'une invitation gratuite au Palace Lounge pour se gaver de petits sandwiches, gâteaux et scones en milieu d'après-midi. De sorte qu'on sautera le dîner.
En
fait, c'est à la notion même d'emploi du temps que
nous
sommes en train d'échapper. Scier les barreaux
horaires de l'agenda nous libère de nos rythmes sociaux.
À quoi s'ajoute le changement d'horaire de la France...Retournons à la plage. Je montre à T. les oursins et les volcans. Elle me conseille de photographier deux russes qui sont allés s'asseoir dans le pavillon de massage admirer le paysage.
Quand je pense qu'en ce moment même des milliers de personnes arpentent les allées du Salon du livre de Paris ! Je ne regrette pas de ne pas y être. Tellement déçu les dernières fois que j'y suis allé que je ne crois plus guère possible pour moi d'y régénérer le plaisir de lire. Tellement déçu d'y avoir vu des écrivains cul et chemise avec leurs éditeurs alors qu'ils méprisaient visiblement les lecteurs, ces badauds. Si j'y retourne, à l'avenir, ce sera que l'espoir d'autre chose m'aura repris.
Je tiens fermement Emma B., au moins une heure. C'est elle, la littérature, concentrée dans le feuilleté d'un parallélépipède rectangle conçu il y a plus de 150 ans. Elle m'éblouit. Ou c'est le soleil qui me tape sur la tête. Déjà qu'il m'a flashé de partout — sans doute quand j'étais dans l'eau, l'effet loupe quand on fait la planche...
Commentaires
1. Le vendredi 30 mars 2007 à 14:21, par Bikun :
Vraiment excellentes les photos sur ce billet Patrick!!
2. Le vendredi 30 mars 2007 à 14:55, par Berlol :
Merci, Bikun ! Venant d'un photographe, ça me touche !
3. Le vendredi 30 mars 2007 à 21:41, par Manu :
Ce jour-là, à Tokyo, c'était le déluge. Une pluie battante avec des vents très forts. Impossible d'aérer, cela aurait inondé le parquet. Pendant ce temps-là, le virus de la grippe profitait de la situation...
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