lundi 2 avril 2007
Sachons toujours qu'un poisson
Par Berlol, lundi 2 avril 2007 à 23:51 :: General
Seul un être au bulbe cérébral
diminué — ou n'ayant jamais vu un calendrier
— pourrait croire à mon assertion finale d'hier...
Sachons toujours qu'un poisson peut en cacher un autre (Cf. Remue.net,
ci-dessous).
En
revanche, c'était bien hier l'anniversaire de T., comme
chaque année (Ah ! Ah !), chose que
j'ai ajoutée au billet en y corrigeant les coquilles de
transcription que tard je ne voyais plus, et en mettant de l'ordre dans
la gestion un peu
bordélique des codes couleur par Nvu...
Elle va mieux, d'ailleurs, T. Son rhume passe, son bronzage reste. C'est l'essentiel. Elle accueille son chiffre rond comme Jean-Philippe Toussaint m'en avait l'air il y a quelques mois : avec bonhomie et fatalisme. (C'est ça ou se flinguer, en fait.)
On déjeune au Saint-Martin, pour ne pas changer.
Et puis on travaille tous les deux, à la maison, chacun sur son bureau, son ordinateur, ses cours à préparer. Du côté chronique familiale, il n'y a rien d'autre. Sauf que ça fait un bail que je n'ai pas passé l'aspirateur...
Pédagogie, puisqu'on y était.
Cette petite nouvelle (à écouter) de France Info. Et qui fait mal : selon un rapport du sénateur Adrien Gouteyron (pas encore sur le site du Sénat), le système informatique de préinscription en ligne des étudiants étrangers dans les universités françaises, via Campus France et les CEF, est un échec énorme, du fait de frais prohibitifs pour simplement soumettre une candidature et surtout de... bugs informatiques, dit-on poliment quand on ne veut pas dire manque d'argent investi dans un système efficace. On va accuser les responsables ? La belle affaire...
« Depuis 1997, remue.net s'efforce de faire vivre un projet, de site personnel de François Bon il s'est élargi en une association dont son comité de rédaction s'est peu à peu enrichi pour donner à voir toutes les facettes de la littérature d'une manière accessible au plus grand nombre.
Aujourd'hui de nouvelles techniques permettent à des communautés d'agir ensemble de plus en plus simplement, et il est temps que remue.net, qui a toujours eu à cœur de mettre ses lecteurs au centre de ses préoccupations, se serve de ses outils pour offrir à tous de nouvelles possibilités.
Devant la complexité des moyens à mettre en œuvre et pour être certain de vous offrir ce qui se fait de mieux, nous avons choisi de faire à nouveau évoluer notre organisation en nouant un partenariat avec flickr, un site reconnu tant pour l'importance qu'il donne à la satisfaction des internautes que pour son expertise technique. Actuellement centré autour de la photo, flickr souhaitait depuis longtemps s'allier à d'autres sites pour élargir son spectre d'activité vers de nouveaux supports, la rédaction de commentaires ayant donné à de nombreux utilisateurs le goût de l'écriture, c'est tout naturellement que remue.net a été choisi.
La première étape est visible aujourd'hui : une nouvelle maquette du site qui affiche ce lien nouvellement créé. Grâce à l'équipe de flickr, elle est amenée à s'enrichir rapidement de toute une gamme d'outils : tags et commentaires seront bien sûr de la partie ainsi que de nouvelles fonctionnalités permettant une interactivité en temps réel qui feront leur apparition simultanément sur les deux sites.
L'étape suivante, d'ici à cet été, consistera à réunir les deux communautés, pour qu'en quelques clicks les remueurs soient en mesure d'afficher leurs photos sur flickr, et que chacun des 600 000 utilisateurs français de flickr puissent déposer leurs textes sur remue.net.
Les utilisateurs de flickr le savent : si la communauté francophone est bien visible, c'est en une multitude de langues que s'expriment ses utilisateurs, la deuxième partie de l'année sera donc consacrée à permettre à tous d'accéder à remue.net, et cette internationalisation ne se limitera pas à traduire la maquette mais permettra aussi de lire les meilleurs textes dans la langue de son choix !
Nous espérons que cette décision, qui fut difficile à prendre pour l'association, vous apparaisse aussi évident qu'il l'est maintenant pour nous, et que le plus grand nombre nous rejoigne bientôt pour mettre en ligne ses textes ! »
Tel est le poisson trouvé dans mon agrégateur — et qui n'est plus, hélas, sur le site de Remue.net, aujourd'hui, mais dont on peut voir l'apparence chez Libr.Critique. C'était bien réussi ! Bravo !
Et si on veut du sérieux, il y en a. Par exemple cet entretien inédit de 2005 de Frédéric-Yves Jeannet avec Hélène Cixous.
Entre hier et aujourd'hui, j'ai réussi à regarder l'impressionnant Ce soir ou Jamais du lundi 26 mars, avec de nombreux étrangers parlant de la France et de la mondialisation. Un foisonnement d'avis, d'ouvertures d'esprit, de tolérances et de dénonciations fortes. Quelques délires, notamment de l'invitée turque, mais, bon... Je ne sais pas combien de temps ça va rester en ligne, mais j'aimerais bien pouvoir le faire écouter à mes étudiants de 3e et 4e année (capables de comprendre à peu près ce qui se dit)...
Dans un canapé flaubertible (3).
C'est donc sous ce titre, inventé lors d'une surveillance d'examen, qu'on trouvera désormais, en titre de billet ou de paragraphe, les notes relatives au cours sur Madame Bovary, cours qui commence samedi prochain à l'Institut franco-japonais de Tokyo (s'il y a des inscrits...).
Pas directement utile pour mon travail actuel mais tout de même poignant par la narration de Pierre-Marc de Biasi, voici, à écouter, l'exposé des complexes relations Flaubert-Maupassant (mêmes références radiophoniques qu'hier). À vous tirer des larmes !...
Et aussi, transcrit aujourd'hui, ceci, d'autant plus impressionnant que ce n'est pas un texte écrit.
Pierre Bergounioux : « Le roman, alors, est un genre neuf. C'est Balzac qui lui a donné cette substance extraordinairement concentrée, commencée avec la Comédie humaine. Balzac est mort en 50. Donc, on a une idée approximative de ce que peut être la puissance de la grande narration romanesque. Flaubert, qui avait commencé par la fantasmagorie, les grandes machines mythologiques, Smar, les premières versions de la Tentation de Saint-Antoine, ou des formes courtes, expérimentalement incisives, qui tenaient de la polémique, du libelle bien plus que de la structure romanesque, découvre insensiblement que le roman serait comme le genre naturellement congru à la domination de cette classe bourgeoise dont il est issu et contre quoi simultanément il lutte. Et après avoir expérimenté l'inappropriation évidente, manifeste après coup, des diverses formes auxquelles il avait recouru pour commencer, il s'avise que c'est peut-être la grande narration, la forme romanesque qui répond le mieux au dessein essentiellement polémique qu'il a formé dès le début, mais qu'il lui a fallu ajuster par la méthode classique de l'essai et de l'erreur. Il est très manifeste que ce qu'il a fait pour commencer ne marchait pas, n'allait pas. La preuve en était l'indifférence profonde de ceux pour qui il écrit, c'est-à-dire contre qui il écrit. Mais à compter de l'instant où il passe, où il consacre, consume cinq années de sa vie à mettre au point ce roman qui s'intitule Madame Bovary, la bourgeoisie l'empoigne par le collet et le traîne devant les tribunaux pour qu'il y réponde de l'atteinte extraordinairement grave qu'il a portée, aux yeux de la bourgeoisie et de la justice bourgeoise, aux bonnes mœurs et à la morale. Et sous ce rapport, je pense que c'est juste, les bourgeois ne s'y trompent pas. Il y a mille critères pour juger de la beauté, de la bonté, de la vérité d'une œuvre littéraire. Ces critères sont historiquement changeants puisque nous sommes nous-mêmes des créatures de part en part historiques. Mais je pense qu'à un moment donné, les sanctions pénales constituent la pierre de touche la plus exacte qui se puisse concevoir de ce qu'un livre vaut. Et je me dis, rétrospectivement : les bourgeois ne s'y sont pas trompés lorsqu'ils ont successivement désigné Baudelaire et Flaubert comme deux iconoclastes. À la limite, les meilleurs critiques de l'époque, ce n'est pas ni Barbey d'Aurevilly ni d'autres qui avaient consacré des articles de journal à Gustave Flaubert. Non. À mes yeux, les meilleurs critiques des années 1850-1860, c'est les procureurs impériaux. Et la preuve en est...
Mathieu Bénézet : — Monsieur Pinard, alors...
Pierre Bergounioux : — Par exemple, Pinard. Et la preuve en est que, un siècle et demi plus tard, nous ne pouvons, vous, Mathieu Bénézet, et moi, Pierre Bergounioux, que leur donner notre assentiment : vous ne vous êtes pas trompés ; avec un sens infaillible de ce qui est acéré, cristallin, coupant, adamantin, vous avez désigné dans le paysage littéraire de votre temps les œuvres les plus éminentes, c'est-à-dire celles qui avaient vocation à survivre à l'instant, le vôtre, qui les a engendrées pour continuer de toucher nos esprits et nos cœurs.» (Pierre Bergounioux, dans Les Chemins de la connaissance, série la Bêtise Flaubert, France Culture le 24 juin 2001)
En
revanche, c'était bien hier l'anniversaire de T., comme
chaque année (Ah ! Ah !), chose que
j'ai ajoutée au billet en y corrigeant les coquilles de
transcription que tard je ne voyais plus, et en mettant de l'ordre dans
la gestion un peu
bordélique des codes couleur par Nvu...Elle va mieux, d'ailleurs, T. Son rhume passe, son bronzage reste. C'est l'essentiel. Elle accueille son chiffre rond comme Jean-Philippe Toussaint m'en avait l'air il y a quelques mois : avec bonhomie et fatalisme. (C'est ça ou se flinguer, en fait.)
On déjeune au Saint-Martin, pour ne pas changer.
Et puis on travaille tous les deux, à la maison, chacun sur son bureau, son ordinateur, ses cours à préparer. Du côté chronique familiale, il n'y a rien d'autre. Sauf que ça fait un bail que je n'ai pas passé l'aspirateur...
Pédagogie, puisqu'on y était.
Cette petite nouvelle (à écouter) de France Info. Et qui fait mal : selon un rapport du sénateur Adrien Gouteyron (pas encore sur le site du Sénat), le système informatique de préinscription en ligne des étudiants étrangers dans les universités françaises, via Campus France et les CEF, est un échec énorme, du fait de frais prohibitifs pour simplement soumettre une candidature et surtout de... bugs informatiques, dit-on poliment quand on ne veut pas dire manque d'argent investi dans un système efficace. On va accuser les responsables ? La belle affaire...
« Depuis 1997, remue.net s'efforce de faire vivre un projet, de site personnel de François Bon il s'est élargi en une association dont son comité de rédaction s'est peu à peu enrichi pour donner à voir toutes les facettes de la littérature d'une manière accessible au plus grand nombre.
Aujourd'hui de nouvelles techniques permettent à des communautés d'agir ensemble de plus en plus simplement, et il est temps que remue.net, qui a toujours eu à cœur de mettre ses lecteurs au centre de ses préoccupations, se serve de ses outils pour offrir à tous de nouvelles possibilités.
Devant la complexité des moyens à mettre en œuvre et pour être certain de vous offrir ce qui se fait de mieux, nous avons choisi de faire à nouveau évoluer notre organisation en nouant un partenariat avec flickr, un site reconnu tant pour l'importance qu'il donne à la satisfaction des internautes que pour son expertise technique. Actuellement centré autour de la photo, flickr souhaitait depuis longtemps s'allier à d'autres sites pour élargir son spectre d'activité vers de nouveaux supports, la rédaction de commentaires ayant donné à de nombreux utilisateurs le goût de l'écriture, c'est tout naturellement que remue.net a été choisi.
La première étape est visible aujourd'hui : une nouvelle maquette du site qui affiche ce lien nouvellement créé. Grâce à l'équipe de flickr, elle est amenée à s'enrichir rapidement de toute une gamme d'outils : tags et commentaires seront bien sûr de la partie ainsi que de nouvelles fonctionnalités permettant une interactivité en temps réel qui feront leur apparition simultanément sur les deux sites.
L'étape suivante, d'ici à cet été, consistera à réunir les deux communautés, pour qu'en quelques clicks les remueurs soient en mesure d'afficher leurs photos sur flickr, et que chacun des 600 000 utilisateurs français de flickr puissent déposer leurs textes sur remue.net.
Les utilisateurs de flickr le savent : si la communauté francophone est bien visible, c'est en une multitude de langues que s'expriment ses utilisateurs, la deuxième partie de l'année sera donc consacrée à permettre à tous d'accéder à remue.net, et cette internationalisation ne se limitera pas à traduire la maquette mais permettra aussi de lire les meilleurs textes dans la langue de son choix !
Nous espérons que cette décision, qui fut difficile à prendre pour l'association, vous apparaisse aussi évident qu'il l'est maintenant pour nous, et que le plus grand nombre nous rejoigne bientôt pour mettre en ligne ses textes ! »
Tel est le poisson trouvé dans mon agrégateur — et qui n'est plus, hélas, sur le site de Remue.net, aujourd'hui, mais dont on peut voir l'apparence chez Libr.Critique. C'était bien réussi ! Bravo !
Et si on veut du sérieux, il y en a. Par exemple cet entretien inédit de 2005 de Frédéric-Yves Jeannet avec Hélène Cixous.
Entre hier et aujourd'hui, j'ai réussi à regarder l'impressionnant Ce soir ou Jamais du lundi 26 mars, avec de nombreux étrangers parlant de la France et de la mondialisation. Un foisonnement d'avis, d'ouvertures d'esprit, de tolérances et de dénonciations fortes. Quelques délires, notamment de l'invitée turque, mais, bon... Je ne sais pas combien de temps ça va rester en ligne, mais j'aimerais bien pouvoir le faire écouter à mes étudiants de 3e et 4e année (capables de comprendre à peu près ce qui se dit)...
Dans un canapé flaubertible (3).
C'est donc sous ce titre, inventé lors d'une surveillance d'examen, qu'on trouvera désormais, en titre de billet ou de paragraphe, les notes relatives au cours sur Madame Bovary, cours qui commence samedi prochain à l'Institut franco-japonais de Tokyo (s'il y a des inscrits...).
Pas directement utile pour mon travail actuel mais tout de même poignant par la narration de Pierre-Marc de Biasi, voici, à écouter, l'exposé des complexes relations Flaubert-Maupassant (mêmes références radiophoniques qu'hier). À vous tirer des larmes !...
Et aussi, transcrit aujourd'hui, ceci, d'autant plus impressionnant que ce n'est pas un texte écrit.
Pierre Bergounioux : « Le roman, alors, est un genre neuf. C'est Balzac qui lui a donné cette substance extraordinairement concentrée, commencée avec la Comédie humaine. Balzac est mort en 50. Donc, on a une idée approximative de ce que peut être la puissance de la grande narration romanesque. Flaubert, qui avait commencé par la fantasmagorie, les grandes machines mythologiques, Smar, les premières versions de la Tentation de Saint-Antoine, ou des formes courtes, expérimentalement incisives, qui tenaient de la polémique, du libelle bien plus que de la structure romanesque, découvre insensiblement que le roman serait comme le genre naturellement congru à la domination de cette classe bourgeoise dont il est issu et contre quoi simultanément il lutte. Et après avoir expérimenté l'inappropriation évidente, manifeste après coup, des diverses formes auxquelles il avait recouru pour commencer, il s'avise que c'est peut-être la grande narration, la forme romanesque qui répond le mieux au dessein essentiellement polémique qu'il a formé dès le début, mais qu'il lui a fallu ajuster par la méthode classique de l'essai et de l'erreur. Il est très manifeste que ce qu'il a fait pour commencer ne marchait pas, n'allait pas. La preuve en était l'indifférence profonde de ceux pour qui il écrit, c'est-à-dire contre qui il écrit. Mais à compter de l'instant où il passe, où il consacre, consume cinq années de sa vie à mettre au point ce roman qui s'intitule Madame Bovary, la bourgeoisie l'empoigne par le collet et le traîne devant les tribunaux pour qu'il y réponde de l'atteinte extraordinairement grave qu'il a portée, aux yeux de la bourgeoisie et de la justice bourgeoise, aux bonnes mœurs et à la morale. Et sous ce rapport, je pense que c'est juste, les bourgeois ne s'y trompent pas. Il y a mille critères pour juger de la beauté, de la bonté, de la vérité d'une œuvre littéraire. Ces critères sont historiquement changeants puisque nous sommes nous-mêmes des créatures de part en part historiques. Mais je pense qu'à un moment donné, les sanctions pénales constituent la pierre de touche la plus exacte qui se puisse concevoir de ce qu'un livre vaut. Et je me dis, rétrospectivement : les bourgeois ne s'y sont pas trompés lorsqu'ils ont successivement désigné Baudelaire et Flaubert comme deux iconoclastes. À la limite, les meilleurs critiques de l'époque, ce n'est pas ni Barbey d'Aurevilly ni d'autres qui avaient consacré des articles de journal à Gustave Flaubert. Non. À mes yeux, les meilleurs critiques des années 1850-1860, c'est les procureurs impériaux. Et la preuve en est...
Mathieu Bénézet : — Monsieur Pinard, alors...
Pierre Bergounioux : — Par exemple, Pinard. Et la preuve en est que, un siècle et demi plus tard, nous ne pouvons, vous, Mathieu Bénézet, et moi, Pierre Bergounioux, que leur donner notre assentiment : vous ne vous êtes pas trompés ; avec un sens infaillible de ce qui est acéré, cristallin, coupant, adamantin, vous avez désigné dans le paysage littéraire de votre temps les œuvres les plus éminentes, c'est-à-dire celles qui avaient vocation à survivre à l'instant, le vôtre, qui les a engendrées pour continuer de toucher nos esprits et nos cœurs.» (Pierre Bergounioux, dans Les Chemins de la connaissance, série la Bêtise Flaubert, France Culture le 24 juin 2001)