Comme il y a pour nous, lundi, réception officielle, T. a décrété qu'elle avait besoin d'une robe. Me prêtant au jeu, je l'accompagne avec plaisir à Isetan, dans le quartier de Shinjuku. J'ai toujours aimé ce quartier, le premier que j'aie vraiment connu, à Tokyo, quand je travaillais à l'université de Waseda et que j'y allais en vélo, au lieu d'écrire ma thèse. Mon dernier passage du côté Est, celui des grands magasins et donc d'Isetan, date des premiers jours de l'année, en voiture, brièvement, de nuit, quand nous revenions de Kamakura avec ma sœur et son compagnon. J'avais ressenti un pincement comme à Paris, celui du lieu familier. Je ne crois pas que Shibuya ou Akihabara me feraient cet effet-là.
La décoration intérieure d'Isetan a été complètement refaite, perspectives dégagées, éclairage uniformisé et adouci, moins d'étagères en hauteur, moins de couleurs, plus de boiseries dans les tons sombres. La classe, quoi. Bien sûr, T. sait qu'elle va trouver ce qu'elle cherche chez Max Mara. C'est ce qui arrive. Entre une veste et une robe, je conseille la robe, beige à motifs noirs. Avec le bronzage, c'est parfait. Les bretelles ont un ou deux centimètres de trop, on les reprendra à la maison.

Le journal Asahi nous arrive dans sa nouvelle formule d'avril et — parmi de nombreux changements — deux nouveaux chroniqueurs hebdomadaires, dans le supplément du soir : Dora Tauzin le jeudi (un pont entre France et Japon) et Étienne Barral le vendredi (ce qu'il y a de cool au Japon). Nous verrons sur la durée les styles et intérêts de chacun mais ce qui étonne, pour aujourd'hui, c'est le choix de deux collaborateurs français alors qu'il y a tant d'étrangers de talent (je suppose) disponibles dans la capitale japonaise...
En attendant de demander leur avis aux intéressés, je leur adresse mes félicitations — et tous mes encouragements pour essayer de ne pas donner dans les stéréotypes de la chronique de l'étranger.
Étienne, qui va bientôt fêter ses vingt ans au Japon, fait sa première chronique sur des chemises traditionnelles dont il affectionne le tissu de soie grossière, le tsumugi ().

Courriers électoraux. On ne sait jamais comment nos adresses parviennent aux partis politiques. Quelles collusions deviner. En deux semaines, j'ai reçu par courriel deux appels à voter, vaguement professions de foi, l'un de François Bayrou et l'autre de Nicolas Sarkozy, ce dernier faisant suivre son envoi électronique quelques jours plus tard par un courrier postal en quadrichromie cartonné. Deux insipides textes en langue de bois où il serait bien difficile d'entrevoir un quelconque programme.
On en apprendra beaucoup plus sur Sarkozy dans Philosophie Magazine, ou directement avec le blog de Michel Onfray. Quand arriveront les lois martiales et les mesures d'exception, il sera bon d'en revenir à ces pages pour se dire qu'on aurait pu le savoir.

Finalement, un spectacle (pas un film), Carmen, d'Antonio Gades, sur NHK 3, de très loin ce qu'il y a eu de mieux à la télévision japonaise depuis des semaines ! Du flamenco, les rythmes et les voix rauques entrent dans mes doigts au clavier, et mettent du Mérimée dans le Flaubert... Je ne sais pas ce que ça va donner demain matin, quand je commenterai l'entrée en classe de Charboravi...