samedi 7 avril 2007
Le texte ne transporte pas l'image de ses référents
Par Berlol, samedi 7 avril 2007 à 23:59 :: General
Tendu à bloc, des notes de cours comme pour assurer un
siège d'une dizaine d'heures, je suis allé
à l'Institut vers 9h30, pour installer le
matériel informatique. Mais la priorité fut
rapidement de m'occuper de ranger correctement les tables et les
chaises dans la classe (avant de commencer à 10 heures). Et
bien m'en prit parce qu'il vint plus de personnes que de places.
À la réception, on disait aux
surnuméraires que c'était complet, qu'ils ne
pouvaient plus s'inscrire. Moi, je leur disais de rester, qu'on
prendrait des chaises dans le couloir et qu'on réglerait
ça après. Ce qui fut fait, la direction des cours
s'étant avisée que je pourrai permuter la semaine
prochaine avec une salle plus grande où il y avait ce
trimestre un cours avec moins d'étudiants.
Côté informatique, ça n'a pas marché du tout ! Le vidéo-projecteur s'est mis à communiquer avec l'ordinateur, au lieu de nous restituer son image. Du coup, l'ordinateur s'est mis à redémarrer comme un fou, trois quatre fois de suite, si bien que j'ai dû retirer la batterie pour l'éteindre... Habitué à ne pas paniquer quand la manip ne fonctionne pas, je me suis servi au moment opportun des tirages papier que j'avais préparé hier. Les redémarrages ont même détendu l'atmosphère, un peu froissée par les problèmes de places et d'inscriptions.
[Canapé flaubertible]
Quant au contenu, c'était assez simple : commencer un cours conventionnel d'explication de texte par les premiers paragraphes de Madame Bovary, en expliquant qu'il y aurait chaque semaine un quart d'heure de zoom génétique sur un mot ou une expression, à l'aide des transcriptions des manuscrits disponibles sur le site de l'université de Rouen.
Soit d'abord le système verbal imparfait / passé simple, assumé par un nous rétrospectif, soit le topos de l'école vers 1830-1850, nouvellement réglementée par la Loi Guizot (1833), et avant la Loi Falloux (1850), ici avec son personnel et ses horaires. Soit une approche descriptive du nouveau faussement réaliste — et montrer tout de suite que Flaubert n'est pas un écrivain réaliste, par exemple en faisant comprendre que la focalisation sur la casquette « composite » n'est pas réaliste, mais discursivement préalable au ridicule du nom énoncé (Charbovari, qui provoque un charivari), au double ridicule du campagnard déguisé en bourgeois.
Le zoom génétique est consacré au premier mot, « Nous ». Du premier au deuxième brouillon, puis au définitif, le pronom personnel n'apparaît qu'après quelques lignes, un peu noyé, en concurrence avec « on » ou avec « tout le monde ». Il faut attendre la correction sur le folio nommé copiste, c'est-à-dire quatre ou cinq ans après avoir commencé la rédaction, pour que le mot devienne le premier, donnant le ton, radicalisant le ridicule et l'exclusion de Charles, peut-être en rapport avec l'exclusion dont Berthe sera victime en clausule, comme l'expliquait de Biasi dans le texte transcrit la semaine dernière.
À suivre, la semaine prochaine : rapide résumé des chapitres 1 à 3, avant étude du chapitre 4.
Après le déjeuner au Saint-Martin et le dépôt d'une bonne quantité de chemises à la teinturerie, y compris celle mouillée ce matin, je retourne à l'Institut pour voir deux films, Le bel Indifférent (Demy, 1957, 29 minutes), à quoi je m'ennuie beaucoup, et Les Demoiselles ont eu 25 ans (Varda, 1992, 63 minutes), documentaire passionnant et émouvant au possible (j'ai reniflé plus d'une fois), sur le tournage des Demoiselles de Rochefort en 1966, sur la renaissance de la ville après le succès du film et sur une fête organisée 25 ans après, en mémoire de Jacques Demy et de Françoise Dorléac.
Au-delà de l'émotion propre à ce film, la problématique de ces images qui ont aujourd'hui 25 + 15 = 40 ans me ramène à ma fixette, reprise d'avant-hier, celle d'être dans les premières générations humaines dont le sentiment d'appartenance à une époque peut s'élargir considérablement par rapport à celui que pouvaient avoir les générations précédentes, par exemple celles de nos grands-parents ou arrières-grands-parents, qui étaient contemporains de la naissance puis de l'expansion du cinéma, certes, mais sans recul historique ni réelle disponibilité de quantités de films.
Il est fort possible, m'avisé-je, que la vogue récente de commémorations — le commémorativisme ou le commémorationnisme, comme diront ceux qui n'aiment pas cela — ne soit pas liée qu'à la marchandisation et à la vulgarisation culturelles, voire à une fourbe volonté d'occulter des problématiques ultra-contemporaines en se focalisant sur de vieilles lunes qui font recette. Pas qu'à... Je dis bien : à mais pas qu'à. Et donc aussi à la satisfaction intellectuelle, et peut-être ontologique, que procure une conscience élargie de notre appartenance historique. Les voyant, les comprenant, dans un certain sens du verbe comprendre, je peux dire que je suis contemporain de tous les films (émotions à voir les Chaplin, les Méliès, etc.). Alors que je ne peux pas le dire avec les textes, qui passent par un autre sens du verbe comprendre. Ainsi, pour voir ce que me propose Flaubert, qui refusait farouchement toute illustration dans ses livres, je dois construire par moi-même des représentations, des images, et je ne reçois rien de ce qu'étaient (visuellement, auditivement, olfactivement, etc.) les réalités de l'époque. Parce que le texte ne transporte pas l'image de ses référents. À suivre...
Côté informatique, ça n'a pas marché du tout ! Le vidéo-projecteur s'est mis à communiquer avec l'ordinateur, au lieu de nous restituer son image. Du coup, l'ordinateur s'est mis à redémarrer comme un fou, trois quatre fois de suite, si bien que j'ai dû retirer la batterie pour l'éteindre... Habitué à ne pas paniquer quand la manip ne fonctionne pas, je me suis servi au moment opportun des tirages papier que j'avais préparé hier. Les redémarrages ont même détendu l'atmosphère, un peu froissée par les problèmes de places et d'inscriptions.
[Canapé flaubertible]
Quant au contenu, c'était assez simple : commencer un cours conventionnel d'explication de texte par les premiers paragraphes de Madame Bovary, en expliquant qu'il y aurait chaque semaine un quart d'heure de zoom génétique sur un mot ou une expression, à l'aide des transcriptions des manuscrits disponibles sur le site de l'université de Rouen.
Soit d'abord le système verbal imparfait / passé simple, assumé par un nous rétrospectif, soit le topos de l'école vers 1830-1850, nouvellement réglementée par la Loi Guizot (1833), et avant la Loi Falloux (1850), ici avec son personnel et ses horaires. Soit une approche descriptive du nouveau faussement réaliste — et montrer tout de suite que Flaubert n'est pas un écrivain réaliste, par exemple en faisant comprendre que la focalisation sur la casquette « composite » n'est pas réaliste, mais discursivement préalable au ridicule du nom énoncé (Charbovari, qui provoque un charivari), au double ridicule du campagnard déguisé en bourgeois.
Le zoom génétique est consacré au premier mot, « Nous ». Du premier au deuxième brouillon, puis au définitif, le pronom personnel n'apparaît qu'après quelques lignes, un peu noyé, en concurrence avec « on » ou avec « tout le monde ». Il faut attendre la correction sur le folio nommé copiste, c'est-à-dire quatre ou cinq ans après avoir commencé la rédaction, pour que le mot devienne le premier, donnant le ton, radicalisant le ridicule et l'exclusion de Charles, peut-être en rapport avec l'exclusion dont Berthe sera victime en clausule, comme l'expliquait de Biasi dans le texte transcrit la semaine dernière.
À suivre, la semaine prochaine : rapide résumé des chapitres 1 à 3, avant étude du chapitre 4.
Après le déjeuner au Saint-Martin et le dépôt d'une bonne quantité de chemises à la teinturerie, y compris celle mouillée ce matin, je retourne à l'Institut pour voir deux films, Le bel Indifférent (Demy, 1957, 29 minutes), à quoi je m'ennuie beaucoup, et Les Demoiselles ont eu 25 ans (Varda, 1992, 63 minutes), documentaire passionnant et émouvant au possible (j'ai reniflé plus d'une fois), sur le tournage des Demoiselles de Rochefort en 1966, sur la renaissance de la ville après le succès du film et sur une fête organisée 25 ans après, en mémoire de Jacques Demy et de Françoise Dorléac.
Au-delà de l'émotion propre à ce film, la problématique de ces images qui ont aujourd'hui 25 + 15 = 40 ans me ramène à ma fixette, reprise d'avant-hier, celle d'être dans les premières générations humaines dont le sentiment d'appartenance à une époque peut s'élargir considérablement par rapport à celui que pouvaient avoir les générations précédentes, par exemple celles de nos grands-parents ou arrières-grands-parents, qui étaient contemporains de la naissance puis de l'expansion du cinéma, certes, mais sans recul historique ni réelle disponibilité de quantités de films.
Il est fort possible, m'avisé-je, que la vogue récente de commémorations — le commémorativisme ou le commémorationnisme, comme diront ceux qui n'aiment pas cela — ne soit pas liée qu'à la marchandisation et à la vulgarisation culturelles, voire à une fourbe volonté d'occulter des problématiques ultra-contemporaines en se focalisant sur de vieilles lunes qui font recette. Pas qu'à... Je dis bien : à mais pas qu'à. Et donc aussi à la satisfaction intellectuelle, et peut-être ontologique, que procure une conscience élargie de notre appartenance historique. Les voyant, les comprenant, dans un certain sens du verbe comprendre, je peux dire que je suis contemporain de tous les films (émotions à voir les Chaplin, les Méliès, etc.). Alors que je ne peux pas le dire avec les textes, qui passent par un autre sens du verbe comprendre. Ainsi, pour voir ce que me propose Flaubert, qui refusait farouchement toute illustration dans ses livres, je dois construire par moi-même des représentations, des images, et je ne reçois rien de ce qu'étaient (visuellement, auditivement, olfactivement, etc.) les réalités de l'époque. Parce que le texte ne transporte pas l'image de ses référents. À suivre...