Tiens ! Je ne savais pas qu'on avait une télé libre ! En voyant les images filmées rue Rampal, j'ai vraiment compris quelqu'un qui crie : « Mais désobéissez ! »

Belle fournaise ! Qui pourrait-on y précipiter ?

Blague à part, c'est quand même une journée de travail (courrier, lectures, notes).

À l'ère du blog, Emmanuelle Pagano revisite le rapport maçonnerie / écriture, trente ans après la Leçon de choses de Claude Simon — tout l'intérêt étant maintenant l'effet de direct, d'immersion dans le travail en cours. Alors qu'on parlait du work in progress quand on en voyait des traces publiées après coup, il y a maintenant possibilité pour des écrivains de montrer leur work in progress, in progress, précisément. Ce qu'on pourrait appeler, en français, le fil du travail, ou la corde raide (de la création). Bien sûr, elle ne livre qu'une partie des choses, il y a un jeu de chat et de souris, il ne faut pas être dupe. Mais c'est une nouvelle expérience, et qui aura plusieurs effets retards, notamment quand il sera possible de confronter ceci, d'aujourd'hui, donc, qui nous laisse en réalité imaginer ce que l'on veut, à ce qui paraîtra, quand ça paraîtra, et, autre effet retard, quand la critique voudra présenter l'œuvre, s'en emparer et qu'elle devra aussi passer par cette corde raide d'avant l'œuvre achevée. Il se pourrait même que la recherche universitaire, si elle veut bien lever son nez du XIXe et du XXe siècles, puisse s'atteler à décrire et analyser ces nouvelles pistes avant même que les œuvres paraissent, de sorte qu'elle pourrait confronter, avec le plaisir du risque, ses hypothèses et ses investigations avec les textes au moment de leur parution.
Encore faudrait-il qu'il n'y ait pas qu'un auteur qui s'y colle pendant que la plupart des autres réservent leur blog (quand ils en ont un, ce qui est encore la minorité) à des opérations de promotion ou de distraction...

En fin d'après-midi, T. et moi, sur notre trente et un, partons rejoindre à Ebisu notre collègue et ami Kazuo Kiriu. Puis en taxi jusqu'à la résidence de l'ambassade de France où nous sommes reçus, chez le conseiller culturel, avec une quinzaine d'autres personnes, des collègues japonais, pour la remise des palmes académiques à M. Kiriu, pour service rendu à la France — en l'espèce la numérisation des œuvres de Balzac dont il a fait don au CNRS et à la Maison de Balzac, ce qui a permis l'élaboration de la concordance en ligne d'Étienne Brunet, en sus de la mise à disposition gratuite d'une édition critique de La Comédie humaine à tous les lecteurs connectés, à tous les apprenants de français dans le monde, à tous les insomniaques désargentés, etc. (Ce pourquoi nous l'avions invité au colloque ILF 2005 à Cerisy.)
Le conseiller, Alexis Lamek, rappelle l'origine et la fonction des palmes avant d'en faire la remise solennelle. Puis c'est un cocktail informel avec d'excellents toasts. Et les discussions qui vont avec, comme d'habitude inrendables. Sûr qu'une distinction qui remonte à Napoléon Bonaparte, pour un éminent balzacien, c'est quelque chose qui va droit a cœur !
Prochain rendez-vous (avec Kiriu, c'est une longue suite de rendez-vous réussis), dans un peu plus de trois semaines, pour la méga réception qui réunira plus de cent cinquante personnes. Et après ? Ce serait fini ? Hum..., pas sûr... Il se chuchote ici et là qu'il numériserait en ce moment tout Sand...
Pendant qu'une dizaine de fêtards se dirigent vers un restaurant, T. et moi rentrons sagement à la maison en taxi parce qu'il pleut. C'est que je me lève très tôt demain matin.