L'absence de trous dans le plein
Par Berlol, jeudi 12 avril 2007 à 23:18 :: General :: #605 :: rss
Ai vu (hier soir, après le billet) Arrêt sur images
du 8, principalement sur les événements
de la Gare du Nord. De « face-à-face
tendu » à « émeutes »,
comment évolue l'image que donnent des
événements les journalistes.
Intéressant pour les propos sur le temps réel
(long) des événements, mais pas mal redondant
dans les propos sur la police et les journalistes. On dirait parfois
que Daniel Schneidermann sait des choses qu'il voudrait faire dire par
d'autres...
Lecture du matin. Faut-il faire annuler les machines à voter ?
En tant que citoyen, on ne m'a jamais demandé mon avis pour en installer et je n'ai pas entendu que les représentants du peuple avaient légiféré pour les autoriser... Par conséquent j'ai un a priori négatif, à la fois sur l'honnêteté des intentions relatives à l'automatisation et sur la sécurité des informations dans toutes les phases de son traitement (collecte, acheminement, dépouillement, restitution de résultats). Je ne sais pas non plus s'il existe des instances de contrôle et, le cas échéant, si elles sont réellement indépendantes et exemptes de toute manipulation possible.
Dans ces conditions, aucun citoyen ne devrait pouvoir accepter ces machines puisqu'elles risquent de falsifier le peu de démocratie qui reste, celui du scrutin (dont l'étymologie rappelle l'attention portée par un regard direct).
Début du séminaire de cinéma, ce trimestre sur le thème de l'enfance difficile, en commençant par Vipère au poing (de Broca, 2004)...
Après la fatigue de mes trois cours, j'ai regardé en dînant l'émission C dans l'air d'avant-hier, consacrée au stress et au suicide liés aux conditions de travail. C'était très impressionnant et je recommande fortement d'écouter cela pour sortir de l'étroit contexte de la campagne présidentielle et réfléchir au monde du travail. Au monde comme monde de travail. Au monde de travail comme option de monde qui a été faite pour nous.
Et je m'interroge, quant à moi, sur ce point. S'il est vrai que ma fatigue est réelle après trois cours, vu ce que ça représente de représentation, justement, comme un acteur sur scène trois fois de suite une heure trente, un acteur improvisant en partie, selon l'interaction avec son public, un public d'apprenants exigeants et dépendants et non pas un public se donnant du loisir. Fatigue réelle, donc, et ce qu'il faut de stress pour se dépasser, ou se refaire, pour ne pas refaire le même cours que l'an dernier à pareille étape. Mais pas de surstress (ou sur-stress, j'ai entendu le mot ce soir pour la première fois), pas de harcèlement de cadres ou de collègues, pas de pression mise par la hiérarchie pour faire du chiffre.
Je n'ai donc pas à me plaindre — d'ailleurs je ne me plains pas.
Mais je mesure mieux à quels moments de mon parcours j'ai été dans le risque d'un métier à possible sur-stress, quand j'ai travaillé dans une compagnie d'assurances, quand j'ai travaillé dans un hôtel trois étoiles, quand j'ai postulé pour un poste dans une université dont l'ambiance passe pour être terrible, etc. Et c'est tout de même un peu par hasard que je suis où je suis. Eh bien, je le remercie, ce hasard !
C'est Alain Sevestre qui me donne le mot juste, quand il parle d'un loup, certes un peu bizarre, qui traîne sa condition (dans Chez moi, p. 36). En effet, chacun de nous traîne sa condition, amalgame de sa condition humaine, sa condition sociale et sa condition intérieure (for), qui sont trois choses distinctes.
Aussi, quand je vois un film — allez ! on va dire... commercial — comme Belly of the Beast qui passe ce soir à la télé japonaise, je ne peux pas m'empêcher de me dire que ce film est fait pour me détendre, me distraire, ce à quoi il réussit un peu par la combinaison d'une quête (enjeu), d'une sagesse du héros (ressources) et de combats bien orchestrés (péripéties), et qu'il doit détendre et aider mieux encore des personnes sur-stressées, non seulement grâce au défoulement par intérim que propose la violence mais surtout peut-être par la capacité qu'a un héros de régler lui-même et définitivement ses problèmes. Car ce qui nous pèse, dans notre condition, c'est bien qu'on la traîne, c'est-à-dire qu'elle ne nous lâche pas, que les problèmes sont résiduels et ne se résorbent pas. J'imagine par exemple qu'un suicide peut ne pas dépendre seulement de la gravité d'une situation, mais aussi, et plus peut-être, de l'absence de répit, de l'absence de trous dans le plein saturé d'une condition mal foutue.
Lecture du matin. Faut-il faire annuler les machines à voter ?
En tant que citoyen, on ne m'a jamais demandé mon avis pour en installer et je n'ai pas entendu que les représentants du peuple avaient légiféré pour les autoriser... Par conséquent j'ai un a priori négatif, à la fois sur l'honnêteté des intentions relatives à l'automatisation et sur la sécurité des informations dans toutes les phases de son traitement (collecte, acheminement, dépouillement, restitution de résultats). Je ne sais pas non plus s'il existe des instances de contrôle et, le cas échéant, si elles sont réellement indépendantes et exemptes de toute manipulation possible.
Dans ces conditions, aucun citoyen ne devrait pouvoir accepter ces machines puisqu'elles risquent de falsifier le peu de démocratie qui reste, celui du scrutin (dont l'étymologie rappelle l'attention portée par un regard direct).
Début du séminaire de cinéma, ce trimestre sur le thème de l'enfance difficile, en commençant par Vipère au poing (de Broca, 2004)...
Après la fatigue de mes trois cours, j'ai regardé en dînant l'émission C dans l'air d'avant-hier, consacrée au stress et au suicide liés aux conditions de travail. C'était très impressionnant et je recommande fortement d'écouter cela pour sortir de l'étroit contexte de la campagne présidentielle et réfléchir au monde du travail. Au monde comme monde de travail. Au monde de travail comme option de monde qui a été faite pour nous.
Et je m'interroge, quant à moi, sur ce point. S'il est vrai que ma fatigue est réelle après trois cours, vu ce que ça représente de représentation, justement, comme un acteur sur scène trois fois de suite une heure trente, un acteur improvisant en partie, selon l'interaction avec son public, un public d'apprenants exigeants et dépendants et non pas un public se donnant du loisir. Fatigue réelle, donc, et ce qu'il faut de stress pour se dépasser, ou se refaire, pour ne pas refaire le même cours que l'an dernier à pareille étape. Mais pas de surstress (ou sur-stress, j'ai entendu le mot ce soir pour la première fois), pas de harcèlement de cadres ou de collègues, pas de pression mise par la hiérarchie pour faire du chiffre.
Je n'ai donc pas à me plaindre — d'ailleurs je ne me plains pas.
Mais je mesure mieux à quels moments de mon parcours j'ai été dans le risque d'un métier à possible sur-stress, quand j'ai travaillé dans une compagnie d'assurances, quand j'ai travaillé dans un hôtel trois étoiles, quand j'ai postulé pour un poste dans une université dont l'ambiance passe pour être terrible, etc. Et c'est tout de même un peu par hasard que je suis où je suis. Eh bien, je le remercie, ce hasard !
C'est Alain Sevestre qui me donne le mot juste, quand il parle d'un loup, certes un peu bizarre, qui traîne sa condition (dans Chez moi, p. 36). En effet, chacun de nous traîne sa condition, amalgame de sa condition humaine, sa condition sociale et sa condition intérieure (for), qui sont trois choses distinctes.
Aussi, quand je vois un film — allez ! on va dire... commercial — comme Belly of the Beast qui passe ce soir à la télé japonaise, je ne peux pas m'empêcher de me dire que ce film est fait pour me détendre, me distraire, ce à quoi il réussit un peu par la combinaison d'une quête (enjeu), d'une sagesse du héros (ressources) et de combats bien orchestrés (péripéties), et qu'il doit détendre et aider mieux encore des personnes sur-stressées, non seulement grâce au défoulement par intérim que propose la violence mais surtout peut-être par la capacité qu'a un héros de régler lui-même et définitivement ses problèmes. Car ce qui nous pèse, dans notre condition, c'est bien qu'on la traîne, c'est-à-dire qu'elle ne nous lâche pas, que les problèmes sont résiduels et ne se résorbent pas. J'imagine par exemple qu'un suicide peut ne pas dépendre seulement de la gravité d'une situation, mais aussi, et plus peut-être, de l'absence de répit, de l'absence de trous dans le plein saturé d'une condition mal foutue.
Commentaires
1. Le vendredi 13 avril 2007 à 00:03, par brigetoun ou brigitte célérier :
le stress au travail, même dans une bonne ambiance générale de la boite, existe et bouffe les petits et moyens cadres des PME et TPE, je peux en témoigner. Et l'on arrive à la retraite (surtout quand celle-ci est provoquée par la maladie à laquelle ce stress n'est pas étranger) dans un état tel que seuls les livres vous restent
2. Le vendredi 13 avril 2007 à 22:51, par jcb :
J'ai l'impression que c'est le contraire : je ne traîne pas ma " condition" (amalgame des 3 conditions que tu nommes) mais c'est elle qui me traîne (et m'entraine même)...ce qui est triste, car l'espace de liberté que l'on a est réduit et que beaucoup de choses dites ne sont que pures prétentions...ou illusions.
Bonjour tout le monde !
3. Le samedi 14 avril 2007 à 02:18, par Berlol :
Oh, cher JCB !, tu es donc sorti de cure ? Et comment ça s'est passé ? Et avec Emma ? On va lire ça chez toi bientôt ?
4. Le dimanche 15 avril 2007 à 00:17, par jcb :
- Oui.
- Dur mais utile.
- Sacrée histoire !
- Oui.
5. Le dimanche 15 avril 2007 à 16:14, par christine :
voici un commentaire succinct ! je profite (abusivement) de la zone de commentaires de notre hôte pour vous souhaiter un bon retour dans le monde des blogs (et pas forcément des "normaux") jcb : j'espère que vous finirez tout de même vos chocolats et même en reprendrez un peu ensuite, qui sait ?
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