De plomb en récit d'or
Par Berlol, vendredi 13 avril 2007 à 23:51 :: General :: #606 :: rss
Matinée de rangement, avec tri de factures et bazardement de
vieilles fringues. De toutes façons, il va falloir que je me
débarrasse d'un certain nombre de choses. Je viens en effet
de signer mon dernier bail dans cet appartement du parc immobilier de
l'université. Quand j'y suis entré, en 2002, on
m'avait dit que ce serait pour dix ans, qu'ensuite on
démolirait et qu'il n'y aurait plus de ces logements
à coût modique pour le personnel. Mais
voilà, ce sera pour 2009 ! Il est fort probable que
le prochain appartement soit plus petit que celui-ci...
J'interromps ces élucubrations pour aller déjeuner avec David au Downey, où je retrouve avec plaisir une cuisine un peu meilleure que celle du restaurant des profs. Puis préparer mes affaires au bureau et me mettre en route pour Tokyo.
De temps en temps — j'en ai déjà parlé, je crois —, je vois dans les statistiques du JLR des requêtes de traduction. Je ne sais pourquoi. Mais c'est une étrange sensation que de se lire dans une autre langue. Ayant ouvert de temps en temps ces liens de traduction de Google, j'ai pu constater une nette amélioration depuis deux ans dans la qualité de mon anglais...
À l'Institut, visio-conférence avec,
de Censier, Henri Rey, directeur de recherches
au CEVIPOF, pour évoquer la campagne
présidentielle qui, pour une fois, intéresse
passablement les Japonais, dont Tadashi Tominaga, du journal Asahi,
avec nous à Tokyo.
Compte tenu de tout ce que j'écoute, lis et vois déjà au sujet de cette campagne, cette soirée ne m'apprend rien, sinon que la distance japonaise n'apporte pas de jour neuf à ce paysage sinistré. Il en va à peu près de même pour T. qui renonce au confort d'écouter cela en japonais tant elle trouve navrante la traduction.
Préparation du cours pour demain matin...
[Extrait de mes notes :] [Canapé flaubertible]
« Le roman devient ainsi la triste biographie d'un personnage d'avance défavorisé par ses manques : manque de classe, manque d'assurance, manque de sociabilité, manque d'enthousiasme, manque d'intelligence, manque d'amour, etc. Ce que l'on peut résumer d'un mot : médiocrité. Or, cette médiocrité est loin d'être exceptionnelle, elle doit même être la règle pour des millions de personnes qui ne sont pas, habituellement, des héros de roman. Flaubert prend donc le contre-pied de la convention littéraire qui veut que les héros soient des personnages hors du commun, des exemples édifiants pour l'éducation, la formation du jugement ou pour servir de modèles.
C'est principalement pour cette raison que Flaubert est parfois perçu comme un auteur réaliste : il est inutile d'y chercher un modèle de vie bonne, ou mauvaise, une leçon de morale ou de vice — il n'y a qu'un tableau de médiocre réalité. À l'instar de Charles, on verra que les autres personnages, y compris Emma, malgré leur caractère propre, ont des destins déterminés par leur médiocrité.
La leçon de Flaubert, c'est de transformer, par le style, un ensemble de médiocrités en un récit passionnant. Alchimie littéraire qui transmute les personnages de plomb en récit d'or. [...] »
Et comme au Lion d'or, j'y vais !...
J'interromps ces élucubrations pour aller déjeuner avec David au Downey, où je retrouve avec plaisir une cuisine un peu meilleure que celle du restaurant des profs. Puis préparer mes affaires au bureau et me mettre en route pour Tokyo.
De temps en temps — j'en ai déjà parlé, je crois —, je vois dans les statistiques du JLR des requêtes de traduction. Je ne sais pourquoi. Mais c'est une étrange sensation que de se lire dans une autre langue. Ayant ouvert de temps en temps ces liens de traduction de Google, j'ai pu constater une nette amélioration depuis deux ans dans la qualité de mon anglais...
À l'Institut, visio-conférence avec,
de Censier, Henri Rey, directeur de recherches
au CEVIPOF, pour évoquer la campagne
présidentielle qui, pour une fois, intéresse
passablement les Japonais, dont Tadashi Tominaga, du journal Asahi,
avec nous à Tokyo.Compte tenu de tout ce que j'écoute, lis et vois déjà au sujet de cette campagne, cette soirée ne m'apprend rien, sinon que la distance japonaise n'apporte pas de jour neuf à ce paysage sinistré. Il en va à peu près de même pour T. qui renonce au confort d'écouter cela en japonais tant elle trouve navrante la traduction.
Préparation du cours pour demain matin...
[Extrait de mes notes :] [Canapé flaubertible]
« Le roman devient ainsi la triste biographie d'un personnage d'avance défavorisé par ses manques : manque de classe, manque d'assurance, manque de sociabilité, manque d'enthousiasme, manque d'intelligence, manque d'amour, etc. Ce que l'on peut résumer d'un mot : médiocrité. Or, cette médiocrité est loin d'être exceptionnelle, elle doit même être la règle pour des millions de personnes qui ne sont pas, habituellement, des héros de roman. Flaubert prend donc le contre-pied de la convention littéraire qui veut que les héros soient des personnages hors du commun, des exemples édifiants pour l'éducation, la formation du jugement ou pour servir de modèles.
C'est principalement pour cette raison que Flaubert est parfois perçu comme un auteur réaliste : il est inutile d'y chercher un modèle de vie bonne, ou mauvaise, une leçon de morale ou de vice — il n'y a qu'un tableau de médiocre réalité. À l'instar de Charles, on verra que les autres personnages, y compris Emma, malgré leur caractère propre, ont des destins déterminés par leur médiocrité.
La leçon de Flaubert, c'est de transformer, par le style, un ensemble de médiocrités en un récit passionnant. Alchimie littéraire qui transmute les personnages de plomb en récit d'or. [...] »
Et comme au Lion d'or, j'y vais !...
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