lundi 16 avril 2007
Sans aménité sur la fausse bonté
Par Berlol, lundi 16 avril 2007 à 23:37 :: General
Les saisons se déconstruisent : hier
c'était juin, aujourd'hui, c'est novembre (et demain sera
pire, décembre, avec 15 ° de variation en
deux jours...). Qu'à cela ne tienne, on va au centre de
sport, derrière Shibuya. T. essaie la cabine de bronzage,
pour entretenir son teint de Balinaise. Moi je vais directement lire et
suer pendant qu'un loup devient une vache, développant mon
intuition sur le rapport habitus / habitat...« Un soir, brusquement vidée de toute volonté, la vache mourut et il lâcha son étreinte. Il commença par le ventre, plus tendre, entra, se fit un chemin, fouilla les viscères, mangea, mangea. La vache était copieuse. Il mangeait, engloutissait mais il y en avait encore tant que, assommé par son plantureux repas, il s'endormit entre les estomacs.
Il habita tout de suite dans les chairs. Parfois un bourrelet d'organe lui tombait sur le râble qu'il repoussait du museau ou mangeait, s'endormait encore sans finir sa bouchée, gueule ouverte sur une grappe de tripes qui partait je ne sais où, dans le tréfonds mouillé du ventre. Après quelques jours, il s'installa plus à son aise dans sa carcasse tendue de peau coriace. Sous le soleil, seule s'allongeait sur le pré, l'ombre de la vache où il résidait. Il était en elle, ses côtes et sa peau lui faisaient comme un abri, une tente, le protégeait de la pluie et du soleil, et ni lui ni les ombres n'apparaissaient plus.» (Alain Sevestre, Chez moi, p. 44-45)
Après avoir essayé depuis des semaines de trouer des mocassins solides pour remplacer ceux qui commencent à se trouver de la semelle, j'arrive à mes fins au grand magasin Tokyu Honten, très calme un lundi après-midi. J'opte pour un modèle hybride de la nouvelle collection Cole Haan, dessus cuir, ligne chic, avec semelles sport, moins cher et plus confortable que les modèles classiques.
Film du soir, dévédé prêté par un collègue pour éventuellement illustrer le thème de l'enfance difficile dans le séminaire de cinéma : La Fracture du myocarde (Jacques Fansten, 1990). On rechigne un peu sur le pas à franchir au début (attitude d'enfants vis-à-vis d'un cadavre) mais on entre ensuite complètement dans la logique du groupe d'enfants, du secret, de la lutte contre le monde des adultes (plutôt évitement du monde des adultes, d'ailleurs, que lutte à proprement parler). Nombre de micro-situations offrent un regard sans aménité sur la fausse bonté et la fausse honnêteté de ceux qui s'érigent en modèles pour leur progéniture...