Comme les œillères le cheval
Par Berlol, samedi 21 avril 2007 à 23:42 :: General :: #614 :: rss
[Canapé
flaubertible]
Lever à six heures pour finir de mettre mes notes en musique.
Parler du mariage d'Emma et de Charles comme d'une des scènes réalistes, voire documentaires du roman est un contresens total. C'est ce que je vais essayer gentiment de montrer ce matin, parmi divers propos. J'attaque ainsi parce que ne pas dénoncer une grille de lecture invalide tout regard personnel, parce que ce pli profond de la culture scolaire aveugle le texte comme les œillères le cheval. Tout comme les Emma des couvertures rétrécissent regrettablement l'effet des mots de Flaubert — JCB tombe à pic pour le rappeler. « Comment se défaire maintenant de ces images qui annexent la moindre pensée ? », nous questionnions-nous avant-hier avec Alain Sevestre, au sujet des êtres hybrides de sa géniale fantaisie.
L'arrivée des conviés. Qui la raconte ? On ! C'est le début de la fortune du on — qu'on interdit, d'habitude. On, c'est n'importe qui, n'importe quel groupe, de n'importe quelle taille, et ça change à vue, d'une occurrence à l'autre. Les trois premiers on du chapitre 4, « on avait invité », « on s'était raccommodé », « on avait écrit », désignent d'évidence les parents et les futur mariés, avec une volonté narrative de ne pas entrer dans le détail. Puis, dans les lignes suivantes, « on entendait des coups de fouet », « on voyait », « on était rasé de près », qui désignent une collectivité plus large, celle des conviés, précédemment distincte du premier on... Et ça va durer tout le long du chapitre, le on groupe de 20, groupe de 4, ou de 12, je nombre au hasard dans la hiérarchie des vêtements nommés (et à quoi se réduisent les invités), un peu comme une caméra portée à l'épaule et qui irait filmer un peu au hasard, tout sauf les têtes, pour finir sur des balafres de « ces grosses faces » en gros plan (offert par le sponsor adjectif démonstratif).
En deux lignes, Flaubert se débarrasse de la mairie et de l'église. Le réalisme de ces cérémonies ne passera pas par moi, nous dit Flaubert en tirant la langue. Et après, c'est trente lignes de petits groupes s'égaillant au son du violon sur le chemin du retour. Une des plus belles scènes, champêtre, sandienne, de Madame Bovary.
Et ça continue comme ça une bonne heure...
Le zoom génétique porte sur l'évitement des plaisanteries nocturnes. En comparant les brouillons 109, 110, 111 et le définitif 59 avec le texte final, s'impose le constat que ces mariés rompent avec les traditions de leur région, fussent-elles désagréables comme ces gauloiseries de la nuit de noce, et coupent les liens ancestraux (pour se retrouver bientôt seuls). Cette pruderie d'embourgeoisés devant les gaudrioles traditionnelles, très XIXe, en effet, s'accorde d'ailleurs avec la réduction du temps de la noce, qui passe d'une semaine, sur le brouillon 113, à deux jours, pour échapper aux fêtards et aller au boulot. C'est la mort des fêtes paillardes héritées de Rabelais, des rites païens qui survivaient au christianisme, l'avènement de la gestion entièrement bourgeoise de la vie de province, dès qu'on est un petit notable.
Déjeuner
au Saint-Martin. Il fait très beau, les frites sont toujours
aussi bonnes. Pas de film à l'Institut.
Dans l'après-midi, en vélo à Korakuen, pour des courses au Seijo-Ishii. Fromages surtout. Jeux d'eaux au passage.
Au retour, j'avais un courriel d'Amazon qui m'expédie en express le dernier livre de Jacques Rancière, Politique de la littérature, dont je me suis, malgré une recommandation récente, avisé abruptement hier soir du besoin urgent, rapport à Emma B. (après avoir réécouté dans le train un Tout arrive de janvier au sujet de ce Rancière et du Todorov — Todorov que j'avais vu ce soir-là chez Taddeï, alors que j'avais enregistré l'émission de radio, sans l'occasion de l'écouter jusqu'à hier...).
Une dizaine de minutes avec
Zoé Valdès dans l'émission SODA, sur TV5 (maintenant que
ça marche), et l'occasion pour elle de redire que Cuba est
une dictature, et combien par ailleurs elle regrette le prestige dont
jouit un peu partout le criminel nommé Che Guevara.
L'ayant écoutée cette semaine dans À Voix nue, je suis content de cette aubaine de la voir, de voir sa table de travail, ses piles de livres qui font ressembler son bureau à mon bureau.
Dans le même SODA, plus spécifiquement pour T., l'interview avec Lorant Deutsch, pour son rôle dans Jean de La Fontaine, le défi. À voir quand ça sortira par ici — même si nombre de critiques sont plutôt dures avec le film.
Et finir la journée sur Virginie Ledoyen, voilà qui n'est pas si mal... Et qui fait oublier la tristesse, ce matin, d'apprendre la disparition de Jean-Pierre Cassel, acteur dont j'ai toujours apprécié la retenue et l'aisance joyeuse.
Lever à six heures pour finir de mettre mes notes en musique.
Parler du mariage d'Emma et de Charles comme d'une des scènes réalistes, voire documentaires du roman est un contresens total. C'est ce que je vais essayer gentiment de montrer ce matin, parmi divers propos. J'attaque ainsi parce que ne pas dénoncer une grille de lecture invalide tout regard personnel, parce que ce pli profond de la culture scolaire aveugle le texte comme les œillères le cheval. Tout comme les Emma des couvertures rétrécissent regrettablement l'effet des mots de Flaubert — JCB tombe à pic pour le rappeler. « Comment se défaire maintenant de ces images qui annexent la moindre pensée ? », nous questionnions-nous avant-hier avec Alain Sevestre, au sujet des êtres hybrides de sa géniale fantaisie.
L'arrivée des conviés. Qui la raconte ? On ! C'est le début de la fortune du on — qu'on interdit, d'habitude. On, c'est n'importe qui, n'importe quel groupe, de n'importe quelle taille, et ça change à vue, d'une occurrence à l'autre. Les trois premiers on du chapitre 4, « on avait invité », « on s'était raccommodé », « on avait écrit », désignent d'évidence les parents et les futur mariés, avec une volonté narrative de ne pas entrer dans le détail. Puis, dans les lignes suivantes, « on entendait des coups de fouet », « on voyait », « on était rasé de près », qui désignent une collectivité plus large, celle des conviés, précédemment distincte du premier on... Et ça va durer tout le long du chapitre, le on groupe de 20, groupe de 4, ou de 12, je nombre au hasard dans la hiérarchie des vêtements nommés (et à quoi se réduisent les invités), un peu comme une caméra portée à l'épaule et qui irait filmer un peu au hasard, tout sauf les têtes, pour finir sur des balafres de « ces grosses faces » en gros plan (offert par le sponsor adjectif démonstratif).
En deux lignes, Flaubert se débarrasse de la mairie et de l'église. Le réalisme de ces cérémonies ne passera pas par moi, nous dit Flaubert en tirant la langue. Et après, c'est trente lignes de petits groupes s'égaillant au son du violon sur le chemin du retour. Une des plus belles scènes, champêtre, sandienne, de Madame Bovary.
Et ça continue comme ça une bonne heure...
Le zoom génétique porte sur l'évitement des plaisanteries nocturnes. En comparant les brouillons 109, 110, 111 et le définitif 59 avec le texte final, s'impose le constat que ces mariés rompent avec les traditions de leur région, fussent-elles désagréables comme ces gauloiseries de la nuit de noce, et coupent les liens ancestraux (pour se retrouver bientôt seuls). Cette pruderie d'embourgeoisés devant les gaudrioles traditionnelles, très XIXe, en effet, s'accorde d'ailleurs avec la réduction du temps de la noce, qui passe d'une semaine, sur le brouillon 113, à deux jours, pour échapper aux fêtards et aller au boulot. C'est la mort des fêtes paillardes héritées de Rabelais, des rites païens qui survivaient au christianisme, l'avènement de la gestion entièrement bourgeoise de la vie de province, dès qu'on est un petit notable.
Déjeuner
au Saint-Martin. Il fait très beau, les frites sont toujours
aussi bonnes. Pas de film à l'Institut.Dans l'après-midi, en vélo à Korakuen, pour des courses au Seijo-Ishii. Fromages surtout. Jeux d'eaux au passage.
Au retour, j'avais un courriel d'Amazon qui m'expédie en express le dernier livre de Jacques Rancière, Politique de la littérature, dont je me suis, malgré une recommandation récente, avisé abruptement hier soir du besoin urgent, rapport à Emma B. (après avoir réécouté dans le train un Tout arrive de janvier au sujet de ce Rancière et du Todorov — Todorov que j'avais vu ce soir-là chez Taddeï, alors que j'avais enregistré l'émission de radio, sans l'occasion de l'écouter jusqu'à hier...).
Une dizaine de minutes avec
Zoé Valdès dans l'émission SODA, sur TV5 (maintenant que
ça marche), et l'occasion pour elle de redire que Cuba est
une dictature, et combien par ailleurs elle regrette le prestige dont
jouit un peu partout le criminel nommé Che Guevara.L'ayant écoutée cette semaine dans À Voix nue, je suis content de cette aubaine de la voir, de voir sa table de travail, ses piles de livres qui font ressembler son bureau à mon bureau.
Dans le même SODA, plus spécifiquement pour T., l'interview avec Lorant Deutsch, pour son rôle dans Jean de La Fontaine, le défi. À voir quand ça sortira par ici — même si nombre de critiques sont plutôt dures avec le film.
Et finir la journée sur Virginie Ledoyen, voilà qui n'est pas si mal... Et qui fait oublier la tristesse, ce matin, d'apprendre la disparition de Jean-Pierre Cassel, acteur dont j'ai toujours apprécié la retenue et l'aisance joyeuse.
Commentaires
1. Le samedi 21 avril 2007 à 22:17, par brigetoun ou brigitte célérier :
merci pour les adresses qui vont occuper un peu de ma journée. Pour Cassel, que j'aimais bien pour des souvenirs de jeunesse, ce qui me navre c'est de garder le souvenir de l'avoir vu si vieilli-résistant cet hiver
2. Le dimanche 22 avril 2007 à 02:03, par alain :
Au reste, tu n'as pas (ou bien je n'ai pas vu) donné le nom de l'auteur qui a écrit ces lignes sur Flaubert le 13 avril.
Au reste, parce que j'étais tout d'abord parti à sanctifier ta prochaine lecture de Rancière (tu vas voir).
a voté.
3. Le dimanche 22 avril 2007 à 04:08, par Berlol :
En effet, en effet... Je craignais d'ennuyer... Ou de paraître ridicule, après avoir posé une question qui n'intéressait personne, en révélant que c'était de moi, une partie de mes notes.
Sur Rancière, je t'attends. (En attendant le livre, en fin de semaine.)
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