En métro à l'ambassade, avec l'Histoire de Monelle dans les oreilles — pour un décalage total, et masquer l'effroi de ce qui risque d'arriver demain, dans mon lointain pays. La petite voix enfantine qui dit, dans l'ombre brumeuse et imaginaire : « Un royaume blanc ! Un royaume blanc ! Je connais un royaume blanc !...»

Je vote comme prévu, mais après avoir fait la queue pendant plus de vingt minutes. Surprise : mon ex fait partie des assesseurs. Dehors, la file s'est allongée, jusqu'à la grille d'entrée de l'ambassade. Il est midi. J'ai entendu qu'à l'ouverture, à huit heures, il y avait déjà dix personnes qui attendaient...
Je retrouve deux camarades. Nous allons prendre un café au Segafredo de Hiroo, d'où je vois passer nombre de connaissances qui vont à l'isoloir. À entendre mes deux pessimistes acolytes, je me demande si l'isoloir n'est pas déjà l'abattoir. Pour nous fouetter les sangs, nous parions — de l'argent — sur les deux du second tour, et dans quel ordre. Je suis seul à voir une femme en tête. (Je posterai ça avant les premières estimations.)

Après-midi de lecture en ligne pendant que T. se repose de sa semaine un peu lourde.
Campagne en ville, un beau reportage photographique de Dominique Hasselmann.
Ardente Patience, cette inconnue que je suis par son fil.
Le blog LL sur Littell sur le tueur de Virginia Tech.
Pas mal de temps passé avec La Plume francophone, blog récemment découvert et très prometteur.
Oui, et ce n'est pas nouveau, Colombani est un homme vil, un con, pourrait-on dire, si ce mot n'était banalisé.

Bon, je vous laisse, Thalassa commence...

« Dans le cas des sciences humaines, faut-il fermer, ou affaiblir, les licences et les masters de philosophie, d’histoire ou de littérature, pour ouvrir des licences et des masters de « métiers de la culture », de « médiation culturelle » ou de « négociation interculturelle » ? En quoi consiste une nouvelle formation de ce genre ? En un patchwork de cours de sociologie, de psychologie, d’histoire, de droit, de langues et civilisations étrangères. Chacun de ces cours, s’adressant à un public non spécialisé, est nécessairement de niveau élémentaire, et la somme de plusieurs initiations ne sera jamais une spécialisation. Cela soit dit sans aucun mépris pour les collègues qui, de bonne foi, ont dépensé leurs énergies à créer ces filières : sommes-nous sûr de ne pas détourner ainsi l’Université de sa mission, qui est de former des adultes capables de vivre et de travailler dans la société ? Sommes-nous sûrs de ne pas présenter aux yeux de nos étudiants des miroirs aux alouettes ?» [...]
« On peut également s’interroger sur l’attitude des chefs d’entreprises, qui cherchent à se délester sur l’institution publique de la formation qu’ils pourraient assurer à leur personnel à l’intérieur de l’entreprise elle-même. Il ne faut pas rêver, d’un système où l’État fournirait aux entreprises des employés exactement formés pour leurs tâches les plus précises. Une telle perfection tient d’une double utopie, celle d’un marché transparent à la Adam Smith, et celle d’un État omniscient à la George Orwell.» [...]
« Les étudiants issus des grandes écoles trouvent tous du travail, non pas parce qu’ils sont mieux formés, ou d’une façon plus professionnelle, mais parce qu’ils sont sélectionnés à l’entrée de leur formation, ce qui permet aux employeurs de ne courir aucun risque en les embauchant. Alors qu’aucun employeur ne peut accorder crédit à un diplôme universitaire, derrière lequel peuvent se cacher aussi bien un excellent candidat qu’un médiocre ayant profité de l’indulgence à laquelle le ministère a systématiquement poussé le système scolaire et universitaire, sommé de produire le plus grand nombre possible de diplômés. Le chantage a été pratiqué par le pouvoir politique à l’égard des universités, à travers le système de la contractualisation : les universités doivent brader les diplômes, au risque de perdre leurs financements.» [...]
« Nous vivons dans une société où les rapports entre instruction et culture sont déformés. On veut transformer la transmission du savoir en pur et simple apprentissage d’un travail, tandis qu’on transforme la culture en pure et simple consommation du week-end. L’Université, qui a le malheur de se situer dans l’entre-deux, risque de paraître inutile. Elle doit se battre contre ces deux tendances, et montrer que dans sa perspective l’instruction et la culture, sans se séparer, prennent sens pour la vie entière. Personne n’oserait, aujourd’hui, affirmer que les musées ou les théâtres lyriques sont inutiles, et pourtant ils coûtent beaucoup à l’État. On ne se gêne pas, en revanche, pour condamner des facultés où l’on enseigne l’art, la littérature, l’histoire, et toutes ces choses inutiles.»
Extraits de l'extrait Fabula de : « Contre la professionnalisation de l'université » de Paolo Tortonèse, in Université : la grande illusion, sous la direction de Pierre Jourde, publié à L'Esprit des péninsules.