Azalées qui flambèrent tout de suite
Par Berlol, jeudi 26 avril 2007 à 23:59 :: General :: #619 :: rss
Nous n'avions
presque plus rien à perdre. Nous étions
à la veille d'un vote qui plongerait notre pays dans un
destin minable. Nous partîmes avec aux rétines
l'image d'une dernière clairière,
d'azalées qui flambèrent tout de suite. Des
populations de richesses aveuglées voulaient s'agrandir sans
vergogne, les politiciens trahissaient tout pour un maroquin et les
imbéciles qui allaient pâtir par millions, courber
l'échine et donner leur dernière once de
dignité avaient, pour élire leur bourreau,
été savamment drogués
de mots de sécurité et de chansons nationalistes.
Sortis de la stratosphère, nous commencions à
respirer en silence. Nous savions que nous regretterions les terrasses
des cafés quand passent les étudiantes, les tours
en bus sans la violence des brigades, les dîners de cuisine
étrangère, quand nous logions tous les horizons,
les épices et les nuances. Les vallées de larmes
s'écouleraient tardivement, sans nous. Nous passions Saturne
puis Jupiter et les nouvelles de la Terre n'étaient pas
très bonnes. La gangrène des finances avait alors
gagné tous les peuples. Ils s'entretueraient
forcément. La liaison radio se brouilla et nous
perdîmes le contact. Nous étions moins de
cinquante dans l'astronef...
J'avais cette idée d'ambiance, ce matin. Pas écrite avant 23 heures, mais très chronophage. Je suis donc allé me coucher en laissant inachevé.
Le jeudi est toujours fatigant. Et aujourd'hui, pas de déjeuner pour cause de dévédé à truffer de signets. Une trentaine de points d'accès rapide dans Vipère au poing permettra d'expliciter au choix les étapes de la relation fils-mère, l'enquête sur le petit frère né au Vietnam, l'évolution de la maladie de Folcoche ou la raison pour laquelle on découpe les crucifix du journal La Croix (c'est parce qu'il sert de papier-toilette...).
En fin d'après-midi, j'ai le temps de regarder deux tiers d'À vous de juger d'hier soir, avec Ségolène Royal. Il y a certes un peu de la langue de bois mais les réponses sont franches, les sujets maîtrisés. Un peu de tension passe quand elle est trop interrompue mais elle gère. Et des emportements concernant la dignitié humaine — elle emploie précisément l'expression — qui ne peuvent exister chez l'adversaire...
Je finirai demain, et le match retour.
Dîner chinois avec David et sa fille, que nous allons chercher à la crêche vers 20 heures. Un peu intimidée bien que son père lui ait parlé de moi, elle commencera à me sourire en cours de repas et flashera totalement, au dessert, sur ma couverture redécorée de Madame Bovary (voir photo de lundi), voulant absolument de ces boutons de téléphone pour en coller elle aussi sur ses dessins... Il faudrait selon elle en demander au cuisinier, aller en acheter tout de suite au magasin, etc.
Euh... Ne t'inquiète pas, David, je vais te ramener un vieux téléphone portable que tu pourras dépouiller !
Commentaires
1. Le jeudi 26 avril 2007 à 21:19, par caroline :
Froid dans le dos, ce texte.
"les imbéciles qui allaient pâtir par millions, courber l'échine et donner leur dernière once de dignité avaient, pour élire leur bourreau, été savamment drogués de mots de sécurité et de chansons nationalistes." On s'y croirait.
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