2600 tonnes de papier
Par Berlol, vendredi 27 avril 2007 à 11:25 :: General :: #620 :: rss
C'est le poids de l'édition du Larousse 2008, actuellement en
phase de finalisation ! Se rend-on compte !? 2600
tonnes de papier ! 2.600.000 kilogrammes ! Alors
qu'il y a le TLF, le Littré et les dictionnaires de l'Académie
française en ligne, alors qu'il y a Wikipédia
et des centaines de sites plus ou moins encyclopédiques,
dont la fiabilité des informations est facilement
comparable !
Je ne comprends pas l'acharnement de cette époque à détruire la planète — pour ne prendre que ce sujet — en pensant que c'est toujours aux autres industries de changer leur fonctionnement. Ce que je comprends, c'est que Larousse veut faire son fric, et puis c'est tout !
Au centre de sport, je pédale à fond mais... ne me transforme pas en loup. Tant mieux, remarquez !
« Le temps que mes yeux se réhabituent au noir, il n'y avait plus de loup. Restait un Raoul sur sa mobylette.
— Tu as vu. Tu vois pourquoi je ne peux pas le faire tous les jours. C'est très désagréable. Maintenant, je ressens des picotements dans les jambes et dans les bras, comme des millions de fourmis.
Il n'a pas tenté de redémarrer la mobylette.
— Plus jeune, j'avais l'envie, j'avais le désir souvent de me transformer. Ce que je me dis. Je ne pouvais guère aller plus loin que maintenant mais j'y allais avec élan. J'installais la bécane en haut d'une pente et je dévalais la colline. En bas, j'étais un loup.
Sur le chemin de la cabane, il s'est arrêté, s'est tourné vers moi.
— Et puis, il n'y avait pas les picotements et les petites douleurs dans les membres. À présent (il s'est assis sur la selle), outre ces petites douleurs, je connais l'appréhension de n'y trouver aucun plaisir.» (Alain Sevestre, Chez moi, p. 120-121)
Déjeuner avec David et un jeune français, étudiants de japonais venu nous saluer en voisin. Il est beaucoup question des présidentielles, de notre crainte commune de la concentration des pouvoirs et de la versatilité d'un homme irascible (François Mitterrand l'était et il a largement trahi son mandat).
À propos de mandat, je paie à la poste pour le prochain congrès de la Société japonaise de Langue et Littérature françaises. Adhésion annuelle et frais de congrès, ça fait cher, près de 130 euros !
Puis je range mes affaires, au bureau, et m'en vais prendre le train. Shinkansen qui est aussi... machine à remonter le temps. En effet, avec un dévédé dans le portable, les écouteurs sur les oreilles, la vibration du train à grande vitesse, une sensation très étrange m'enveloppe, m'isole et je suis dans Les Choristes avec un intérêt plus pointu que si j'étais à la maison. C'est certes un film agréable mais bien moins intéressant que Vipère au poing (pour rester dans les thèmes des enfants et historique).
Dans
la soirée, livraison d'un paquet contenant notamment le
livre de Jacques Rancière, Politique de la
littérature, commandé samedi
dernier. Amazon a bien travaillé : 57 euros
d'articles et 24,55 euros de frais de port en express, total dans les
82 euros. Moins de 50 % de majoration pour 11.000 km en 7
jours.
Et comme il y a Spiderman à la télé, j'entame illico la lecture. Et ça ne tarde pas à être à la hauteur de l'attente. Même si ça ne fait pas avancer tout de suite mon cours de demain...
« Cela veut dire, plus radicalement, qu'il n'y a pas de sujet du tout, que la combinaison des actions et l'expression des pensées et sentiments, qui faisaient le cœur de la composition poétique, sont en elles-mêmes indifférentes. Ce qui fait la texture de l'œuvre, c'est le style, qui est « une manière absolue de voir les choses ». Les critiques de l'âge de Sartre ont voulu identifier cette « absolutisation du style » à un esthétisme aristocratique. Mais les contemporains de Flaubert ne se trompaient pas à cet « absolu » : il ne voulait pas dire élévation sublime mais dissolution de tout ordre. L'absoluité du style, c'était d'abord la ruine de toutes les hiérarchies qui avaient gouverné l'invention des sujets, la composition des actions et la convenance des expressions. Dans les déclarations mêmes de l'art pour l'art, il fallait lire la formule d'un égalitarisme radical. Cette formule ne renversait pas seulement les règles des arts poétiques mais tout un ordre du monde, tout un système de rapports entre des manières d'être, des manières de faire et des manières de dire. L'absolutisation du style était la formule littéraire du principe démocratique d'égalité. Elle s'accordait avec la destruction de la vieille supériorité de l'action sur la vie, avec la promotion sociale et politique des êtres quelconques, des êtres voués à la répétition et à la reproduction de la vie nue.» (Jacques Rancière, Politique de la littérature, Paris : Éd. Galilée, 2007, p. 19)
Je ne comprends pas l'acharnement de cette époque à détruire la planète — pour ne prendre que ce sujet — en pensant que c'est toujours aux autres industries de changer leur fonctionnement. Ce que je comprends, c'est que Larousse veut faire son fric, et puis c'est tout !
Au centre de sport, je pédale à fond mais... ne me transforme pas en loup. Tant mieux, remarquez !
« Le temps que mes yeux se réhabituent au noir, il n'y avait plus de loup. Restait un Raoul sur sa mobylette.
— Tu as vu. Tu vois pourquoi je ne peux pas le faire tous les jours. C'est très désagréable. Maintenant, je ressens des picotements dans les jambes et dans les bras, comme des millions de fourmis.
Il n'a pas tenté de redémarrer la mobylette.
— Plus jeune, j'avais l'envie, j'avais le désir souvent de me transformer. Ce que je me dis. Je ne pouvais guère aller plus loin que maintenant mais j'y allais avec élan. J'installais la bécane en haut d'une pente et je dévalais la colline. En bas, j'étais un loup.
Sur le chemin de la cabane, il s'est arrêté, s'est tourné vers moi.
— Et puis, il n'y avait pas les picotements et les petites douleurs dans les membres. À présent (il s'est assis sur la selle), outre ces petites douleurs, je connais l'appréhension de n'y trouver aucun plaisir.» (Alain Sevestre, Chez moi, p. 120-121)
Déjeuner avec David et un jeune français, étudiants de japonais venu nous saluer en voisin. Il est beaucoup question des présidentielles, de notre crainte commune de la concentration des pouvoirs et de la versatilité d'un homme irascible (François Mitterrand l'était et il a largement trahi son mandat).
À propos de mandat, je paie à la poste pour le prochain congrès de la Société japonaise de Langue et Littérature françaises. Adhésion annuelle et frais de congrès, ça fait cher, près de 130 euros !
Puis je range mes affaires, au bureau, et m'en vais prendre le train. Shinkansen qui est aussi... machine à remonter le temps. En effet, avec un dévédé dans le portable, les écouteurs sur les oreilles, la vibration du train à grande vitesse, une sensation très étrange m'enveloppe, m'isole et je suis dans Les Choristes avec un intérêt plus pointu que si j'étais à la maison. C'est certes un film agréable mais bien moins intéressant que Vipère au poing (pour rester dans les thèmes des enfants et historique).
Dans
la soirée, livraison d'un paquet contenant notamment le
livre de Jacques Rancière, Politique de la
littérature, commandé samedi
dernier. Amazon a bien travaillé : 57 euros
d'articles et 24,55 euros de frais de port en express, total dans les
82 euros. Moins de 50 % de majoration pour 11.000 km en 7
jours.Et comme il y a Spiderman à la télé, j'entame illico la lecture. Et ça ne tarde pas à être à la hauteur de l'attente. Même si ça ne fait pas avancer tout de suite mon cours de demain...
« Cela veut dire, plus radicalement, qu'il n'y a pas de sujet du tout, que la combinaison des actions et l'expression des pensées et sentiments, qui faisaient le cœur de la composition poétique, sont en elles-mêmes indifférentes. Ce qui fait la texture de l'œuvre, c'est le style, qui est « une manière absolue de voir les choses ». Les critiques de l'âge de Sartre ont voulu identifier cette « absolutisation du style » à un esthétisme aristocratique. Mais les contemporains de Flaubert ne se trompaient pas à cet « absolu » : il ne voulait pas dire élévation sublime mais dissolution de tout ordre. L'absoluité du style, c'était d'abord la ruine de toutes les hiérarchies qui avaient gouverné l'invention des sujets, la composition des actions et la convenance des expressions. Dans les déclarations mêmes de l'art pour l'art, il fallait lire la formule d'un égalitarisme radical. Cette formule ne renversait pas seulement les règles des arts poétiques mais tout un ordre du monde, tout un système de rapports entre des manières d'être, des manières de faire et des manières de dire. L'absolutisation du style était la formule littéraire du principe démocratique d'égalité. Elle s'accordait avec la destruction de la vieille supériorité de l'action sur la vie, avec la promotion sociale et politique des êtres quelconques, des êtres voués à la répétition et à la reproduction de la vie nue.» (Jacques Rancière, Politique de la littérature, Paris : Éd. Galilée, 2007, p. 19)
Commentaires
1. Le vendredi 27 avril 2007 à 01:15, par DEVINES :
Cher Berlol, vous avez tout à fait raison. Les 2600 tonnes de papier utilisées pour les encyclopédies sont la preuve d'une dévastation des forêts. Et il est vrai que sur internet on est en mesure de trouver à peu près tous les renseignements que l'on désire. Mais pour ma part, lorsque je compulse un beau livre, une encyclopédie, un dictionnaire tirés sur un beau papier, j'y trouve une sorte de sensualité que l'éléctronique n'autorise pas. Bien entendu, ces propos n'engagent que moi-même. Amitiés du Calvados.
2. Le vendredi 27 avril 2007 à 01:28, par Berlol :
Pour des encyclopédies avec de belles planches, je suis presque de votre avis. Mais pour le Larousse avec ses minuscules vignettes, c'est obsolète...
3. Le vendredi 27 avril 2007 à 10:32, par brigetoun :
il y a encore pas mal de gens qui, comme moi il y a deux ans, n'ont ni la place ni l'argent pour un ordinateur. Il est vrai qu'en ce cas ils se contentent du petit Larousse, et se constituent comme ils peuvent leur encyclopédie mentale
4. Le vendredi 27 avril 2007 à 12:34, par dom :
C'est planté pour.
5. Le vendredi 27 avril 2007 à 13:07, par Berlol :
Je sais que les arbres sont plantés pour... Mais les tronçonneuses, les scies, les machines de pâte à papier, les sécheuses, les camions de transport, les plastiques d'emballage, les fenwicks, etc. ? D'ailleurs peu importe. De toute façon, j'achète pas. Je consulte en ligne.
6. Le vendredi 27 avril 2007 à 13:36, par m sonnet :
Il me semble vraiment qu'il y a des tas d'autres impressions papier à arrêter pour le mieux-être de la planète et sans grands dommages pour les esprits avant d'en venir au Petit Larousse qui ne fait de mal à personne et peut se lire à la bougie. Suffit d'ouvrir les yeux dans les kiosques des gares pour s'en rendre compte.
7. Le vendredi 27 avril 2007 à 15:06, par Berlol :
Bien d'accord ! Ce n'était qu'un exemple, étant tombé sur la brève de Livres Hebdo par hasard. Non seulement ce serait sans grands dommages, comme vous dites, mais ce serait même un bienfait pour l'humanité... Enfin, là, nous changeons de sujet...
8. Le samedi 28 avril 2007 à 03:59, par m sonnet :
rien de personnel donc contre le Petit Larousse, quand même "lieu de mémoire" chez Nora je crois me souvenir, et j'aime mieux ça. Wikipedia rend service, mais presque par définition se pose là comme lieu de non mémoire...
9. Le samedi 28 avril 2007 à 04:32, par jcb :
On peut faire dire aux chiffres ce que l'on veut : ça ne fait que quelques grammes par francophone et par an. C'est beaucoup moins que ce que mangent les termites chaque jour !
Je préfère lutter contre les termites que contre les dictionnaires.(on voit que tu n'as acheté une vieille maison!)
Juste pour t'indiquer que je lis encore ton journal chaque jour...et faire mon intéressant...
Mais je pense aussi que tu devrais donner ce conseil (de mettre en ligne, plutôt que d'imprimer sur papier) aux trois quarts des pseudos écrivains qui encombrent les tables de nos pseudos librairies/épiceries que je rencontre dans la plupart de nos hypermarchés.
Bonjour à tous.
10. Le samedi 28 avril 2007 à 04:52, par Berlol :
Oui, le conseil est valable ! Et tu es toujours le bienvenu pour faire ton intéressant... Sauf qu'avec des écrivains, notamment nouveaux, on peut toujours avoir de bonnes surprises (au milieu des mauvaises). Mais, oui, oui, les écrivains, mettez en ligne. Voyez avec votre SNL ou qui vous voulez pour trouver une plate-forme de vente de livre dématérialisé et vendez ! Et si vous voyez un 00h00.com qui veut se monter, ne crachez pas dessus, ne le faites pas descendre en plein vol par mépris et boycot. CK pourrait vous en parler !...
Je vois au passage que vous êtes nombreux à être attachés au Petit Larousse. Alors que moi, non. J'ai eu deux Petit Robert, puis un grand, puis un Petit Robert électronique (très bien), puis le TLF et autres en ligne. Pour ce qui est de la maison, faudrait d'abord que j'aie de quoi l'acheter... Après ça, les termites, je te me les prends une par une !!!
11. Le samedi 28 avril 2007 à 06:19, par m sonnet :
comme dit si bien Lucot "Méfiez-vous du format 21X29,7, le format des manuscrits refusés" (Grands mots d'ordre et petites phrases...p.134), donc effectivement trouver autre chose
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