lundi 30 avril 2007
Les deux mamelles de la moutonnerie sociale
Par Berlol, lundi 30 avril 2007 à 23:27 :: General
Ce
qui est bien avec le blog hors catégories, c'est qu'il n'y a
ni
objectifs à atteindre ni domaine à respecter
— en
plus du fait plus général qui est de n'avoir ni
éditeur ni chef de service à satisfaire.Je me disais ça en voyant des blogs thématiques, bien tenus par leurs œillères. Bien auto-limités. J'imagine leurs auteurs, traquant le web et l'actu pour trouver ce qui ira dans leur créneau. Des vrais pros qui mettent dans le mille. Ah ! la pâmoison quand ils se font citer des centaines de fois par leurs pairs — ou par des médias, le nirvana !...
Au fond, le découpage et l'étiquetage du monde en catégories ne sont que les deux mamelles de la moutonnerie sociale. Et des plus sournoises parce que poussées dans l'intérieur de l'individu, brandies comme un engagement dans le cadre d'une action libre, pensez !, le blog, non rémunéré, non soumis à contrôle de chefs ou de qui que ce soit... que soi. Chacun fait le petit chef avec soi-même. Se la joue. C'est encore pire que d'avoir quelqu'un sous ses ordres...
Et ces écrivains qui ne veulent rien dire de personnel (à commencer par leur nom). Et ces inconnus qui ne veulent dire que des choses intimes (souvent sexuelles, et qui n'intéressent personne). Chacun les rails de sa médiocrité — et moi itou, sans doute, puisque je me répète cette rengaine tous les deux ou trois mois.
Et ceux qui jouent aux journalistes en ne commentant que les hauts faits de l'actualité. Ne sont-ils pas risibles ? Leur rêve de se faire remarquer, de devenir célèbres, voire indispensables, voire même ré-mu-né-rés !
Et les journalistes, les politiques qui se mettent au blog pour être dans le vent ; mais comment être dans le vent sans cracher dans la soupe ? — en espérant que le vent aille dans le bon sens, hein !
Ah, c'est que chacun a la passion de sa catégorie !...
[Canapé flaubertible]
«De toute façon, il y a une technique flaubertienne du recul, qui est généralisée dans toute l'œuvre de Flaubert. Le fait que la scène centrale, dramatique, soit vécue d'à côté, c'est typiquement flaubertien. Bon, y'a des exemples célèbres de la Révolution de 48 où le héros n'est pas. Comme par hasard, il a pris un fiacre la veille pour aller à Fontainebleau, donc il n'est pas à Paris. Et d'une façon générale, les scènes d'action sont vues à distance. Alors, ça a, très certainement, une valeur. C'est-à-dire un rôle littéraire. La distanciation, qui a fait couler tellement d'encre au XXe siècle, c'est déjà Flaubert qui l'a pratiquée par rapport à ce qu'il racontait. Il est évident que Balzac se serait mis au premier plan, qu'il serait venu dans la salle même et il aurait vu l'opération [l'amputation d'Hippolyte], il aurait été le premier, il aurait été là comme à la place du chirurgien. Tandis qu'au contraire, là, c'est d'à côté, ce qui a un double rôle. D'une part, une espèce de distance critique, et d'autre part, un renforcement du principe d'incertitude, qui est justement ce que Flaubert développe de plus en plus dans son œuvre, de manuscrit en manuscrit pour chaque œuvre, et de livre en livre pour l'ensemble de l'œuvre. Le principe d'incertitude qui consiste à renforcer le texte aux dépends de ce qu'il est convenu d'appeler la diégèse, c'est-à-dire ce que le texte est censé raconter. Ce qui permet alors cet effet dont vous parlez, qui est l'ambiguïté. Le cri [au moment de l'amputation], on ne sait plus le cri de qui il est. Et l'ambiguïté qui permet toujours le déplacement métaphorique, la coupure de la jambe qui devient la coupure de la relation amoureuse.
Et d'autre part alors, pour ce que vous disiez de la différence de qualité entre la chirurgie pratiquée par le père Flaubert et d'autre part la chirurgie pratiquée par le chirurgien qui opère dans Madame Bovary, c'est-à-dire Charles, ça aussi, c'est général dans l'œuvre de Flaubert : il y a une espèce de médiocrisation du monde, en général. [...] C'est simplement cette technique de l'anti-héros. S'il y avait un grand chirurgien, ce serait un héros, c'est-à-dire que ce serait quelqu'un qui sortirait du commun. Or, au contraire, la passion du stéréotype, la passion de la bêtise, la passion du médiocre chez Flaubert, c'est une technique romanesque qui fait que l'écrivain n'est pas censé, comme à l'époque de Balzac, mettre en scène un personnage exceptionnel, mais mettre en scène seulement son propre texte.»
(Alain Robbe-Grillet dans Un homme, une ville : "Gustave Flaubert à Rouen", émission de France Culture du 08 mai 1981, rediffusée le 25 juin 2001.)












