jeudi 31 mai 2007
Son sourire insolent
Par Berlol, jeudi 31 mai 2007 à 07:18 :: General
Au dernier de mes trois cours, le séminaire de cinéma, je propose aux étudiants de regarder en détail quelques séquences de La vie est un long fleuve tranquille (vu en entier les deux séances précédentes), quand l'infirmière Josette rabat son voile noir sur son visage, écrit nuitamment les trois lettres vengeresses — et comment ces lettres sont lues par leurs destinataires : le médecin (Daniel Gélin magistral dans le plan-culte de « la salope ! »), Madame Le Quesnoy (vomissant, défigurée devant ses enfants alignés dans l'ordre de grandeur (comme les Dalton)) et chez les Groseille (tour de table inquiétant avant que Maurice ne propose de se faire de l'argent avec ça). Ainsi voit-on l'usage de la voix off (ou voix hors-champ) et du flash-back, procédés déjà repérés dans Vipère au poing, mais utilisés autrement par Chatiliez, ainsi que la diversité de réception d'une même nouvelle selon le milieu. On remarque que les séquences sont plutôt faites de plans fixes montés ensembles que de mouvements de caméra. Les étudiants n'avaient apparemment jamais eu ce type de regard sur un film...
Après quoi, je file prendre un shinkansen — c'est ça qui est spécial, aujourd'hui...
Mais au bout d'une demi-heure, le train s'arrête en gare de Hamamatsucho, ce qui n'est pas prévu, et l'on annonce que de fortes pluies ont stoppé les trains devant nous. J'échange avec T., par téléphone portable, quelques messages, et j'appelle nos hôtes de ce soir pour prévenir de notre retard, qui sera d'une quarantaine de minutes (c'était la fin d'un gros orage, mais je crois que mon collègue Andreas, parti plus d'une heure avant moi est resté bloqué plus longtemps du côté de Mishima).
Je retrouve T. à la gare de Shinagawa, magnifique dans sa robe en soie. Montons dans un taxi qui fend les eaux...
En l'honneur de notre amie Marguerite,
revenue quelques jours à Tokyo avec son mari, l'ambassadeur
des Pays-Bas et son épouse nous ont
invités à dîner chez eux avec d'autres
amis, dont quelques-uns du groupe de l'Argo. L'ambassade se
situe près de la Tour de Tokyo,
précisément dans une des rues où je
suis passé quand j'étais en avance pour
déjeuner avec Manu il y a trois semaines —
j'avais même fait quelques photos depuis ce trottoir (sans
savoir, c'était avant l'invitation).Dans le parc, c'est une maison assez européenne que l'on découvre, avec colonnades et boiseries, hauts plafonds à moulage et lustres en verrerie, une grande table avec des candélabres, autour de laquelle, selon ma recommandation téléphonique, on avait déjà — mais à peine — commencé de dîner. Tout sourire, on nous place ironiquement aux deux extrémités, comme si nous trônions. Rapidement, les présentations et la discussion générale nous intègrent...
Saumon fumé façon tartare, asperges sauvages || Langoustines poêlée au risotto croustillant, émulsion de carotte || Pièce de bœuf japonais rôti, marmelade d'oignons et légumes de saison || Mousse d'épices, figue pochée au Côtes du Ventoux || Chablis 1er Cru 2004 "Montmains" || St Émilion Grand Cru 2000 "Château du Basque" — tel est le menu imprimé près de mon assiette et que je glisse dans ma poche.
Cuisine légère et raffinée, conversations allant sans fards de Sarkozy à Bocuse et de l'Australie au Liban, café sous la véranda en écoutant — encore — la pluie tomber, promesses de revoirs et échanges de cartes de visites quand il se fait tard. Devoir de réserve sur l'identité des convives.






