Petite journée car peu d'activités.
[Canapé flaubertible]
Notes sur le paroxysme du roman Madame Bovary — qui n'est pas le paroxysme de Madame Bovary elle-même. enfin, c'est mon analyse. Un peu comme il y a le pôle géographique et le pôle magnétique. Le paroxysme d'Emma, c'est son empoisonnement, ou juste avant, quand « La clef tourna dans la serrure [...] y fourra sa main, et, la retirant pleine d'une poudre blanche, elle se mit à manger à même.» (III, 8, p. 367) Mais en réalité, à ce moment-là, tout est déjà joué depuis longtemps.
Le paroxysme du texte, dans son économie d'ensemble, c'est-à-dire le moment où il change d'inflexion pour passer d'espoirs déçus mais renouvelés au désespoir se muant progressivement en désespérance, c'est la chute d'Emma apercevant Rodolphe s'enfuir sans elle : « Tout à coup, un tilbury bleu passa [...] Emma poussa un cri et tomba roide par terre [...] Emma l'avait reconnu à la lueur des lanternes qui coupaient comme un éclair le crépuscule.» (II, 13, p. 246)
Entre les deux paroxysmes, un regain, symbolisé par le bouleversement du jardin (II, 14, p. 257) (à comparer, encore une fois, avec le rétablissement de Lol. V. Stein), puis Léon, qui ne sera qu'un pis-aller (comme avant), lui-même annoncé, abymé par Lucie de Lammermoor (opéra très récent au moment de la rédaction du roman — un peu comme si on illustrait aujourd'hui un roman avec un opéra de Pascal Dusapin...).

Pas de déjeuner avec Manu, au deuxième jour de possible rendez-vous. Trop accaparé par ses nouveaux collègues, il omet de m'appeler avant midi, ou ne sait pas encore s'il est disponible. Pas grave. On verra lundi, mais il vaudrait mieux le décider à l'avance que de me faire dépendre des autres...
Je déjeune rapidement et finis d'écouter les en effet excellents Mardis littéraires d'hier. La série de La Fabrique de l'histoire sur l'histoire de la consommation de masse est aussi passionnante.
Je rejoins T. après ses cours à l'université Meiji dans un café de Kanda, le quartier historique des bouquinistes. Je lis Flaubert en l'attendant. Il fait très beau, elle est très belle. Après, on rentre à pied, par Kudanshita.

Et vers le soir, quand je photographie du jasmin, c'est toujours son parfum que je crois emprisonner.

Ça faisait un bon moment sans Ce soir ou Jamais !... Et ça manquait sacrément, dans mon PAF ! J'y passe par hasard (sur la page) et je vois que ça a repris hier soir. Très fort, pour une reprise : le porno, ses dérives et influences, avec un beau « déconseillé aux moins de 16 ans » en bas à droite ! Comme si Frédéric Taddeï se dépêchait de caser ça avant que la chape de plomb du quart-hongrois ne s'abatte sur les médias.
Alors que F. Taddeï souhaite valoriser l'influence esthétique et culturelle du porno, voire du porno artistique (Catherine Millet et Gaspard Noé sont là pour en parler) ou de l'art pornoïde (Fabrice Hyber), Vincent Cespedes, bellement contredit par Frédéric Joignot et Jean-François Davy, rappelle que la pornographie est d'abord, et massivement, une entreprise commerciale et masturbatoire. Une fois calés entre ces deux positions du curseur dans un sens, et perpendiculairement entre un réalisme pu(ri)tain et une fantasmatique caricaturale, les propos n'ont d'intérêt qu'anecdotique — mais ils ont au moins celui-là, que ce soit avec l'actrice Katsuni ou la romancière Héléna Marienské.
Pour la sortir du simple onanisme, on pourra trianguler historiquement la chose en disant qu'elle concerne à la fois commerce, art et politique — Dieu, que c'est banal ! (Donc, mieux vaut voir l'émission.)