Ça va aller vite. Personne n'a plus le cœur à rien. On est agacé par l'attente, comme quand une tempête est annoncée. Plus question de s'amuser à enregistrer la radio, de voir des amis, ni même de jardiner puisque vent et pluie risquent de tout ravager.
Et par là-dessus, un courriel qui nous annonce un décès, quelqu'un que nous connaissions bien, dans la famille d'un ami.

Une heure de vélo en fin de matinée (vers Akasaka, Aoyama) et une autre en fin d'après-midi (vers Akebonobashi, Yotsuya). Tout seul, pendant que T. prépare un exposé. Dans un Tokyo quasi désert puisque c'est férié. Il s'agit pour moi (outre les graisses à faire fondre) d'explorer des quartiers encore inconnus, ou dont je ne connais qu'une ou deux grandes avenues, alors que des dizaines de petites rues cachent des trésors d'architecture, d'étonnants paysages urbains, des restaurants tranquilles, des magasins merveilleux, comme cette exposition de poterie presqu'au fond d'une impasse où je n'avais jamais mis les pieds, à moins de deux kilomètres de chez nous.

« La vitesse, totalement étrange à Flaubert [...] », dit Christian D. à JCB, dans le cadre d'une énième et toujours aussi inutile comparaison Stendhal / Flaubert. Heureusement, JCB fait un clin d'œil à Pierre Dumayet en disant qu'il n'en avait pas encore fini avec madame Bovary...
Dire que Flaubert est un bourgeois et que pour cette raison, il a le temps, qu'il n'est pas pressé et que, donc, son écriture ne connaît pas la vitesse, voilà qui est, excusez-moi de le dire, parfaitement stupide contredit par le texte. (Je ne m'énerve pas, je suis en colère. — Nan, je plaisante...)
L'écriture de Flaubert est très rapide (et je me demande d'ailleurs si les comparaisons ne sont pas là pour freiner un peu la machine). Il trouve des enchaînements, tant en syntaxe qu'en narration, qui sont d'une étonnante célérité. Des raccourcis, des sauts, des parataxes qui l'ont fait passer pour un agrammatical, un fautif permanent aux yeux des puristes. Et lorsqu'on regarde l'évolution des brouillons, on voit la quantité de ce qu'il coupe ou raccourcit pour gagner en vitesse. Regardez comme avec quelques imparfait au pluriel il vous torche une scène de groupe qui dure des heures (le mariage, les comices), là où un Balzac alignerait des dizaines de pages descriptives, où un Proust vous emberlificoterait toute une étagère de souvenirs !
Balzac écrit vite parce qu'il doit gagner sa croûte, certes. Mais la vitesse du texte, ce n'est pas la même chose !