dimanche 6 mai 2007
De quoi en oublier les élections
Par Berlol, dimanche 6 mai 2007 à 23:13 :: General
Je ne pense
à rien, je me mets en demeure de faire mon devoir sans
défaitisme et m'en vais sous la pluie
(qui vient de cesser mais qui reprendra, toute la journée,
comme un signe avant-coureur des torrents de larmes à
venir). Je dispose mentalement deux contre-feux autour de cet acte
simple, voter, que tous les sondages rendent a priori inutile.
Le premier, c'est Madame
Bovary que j'emporte encore et toujours lire et griffonner
dans le métro (preuve qu'où le scénario est funeste, le style peut
être salutaire). Le second, c'est de démarrer
avant de partir l'enregistrement des trois heures et quelques d'une
partie des Transformateurs Lyotard,
colloque du Collège
international de Philosophie des 25-27 janvier 2007, avec
Bernard Stiegler et ses « Télégraphies
du jugement réfléchissant ».Au passage, j'ai mis un lien vers la plate-forme CNRTL, qui intègre et redistribue de façon pratique le TLF, avec quelques fonctions supplémentaires. À découvrir : la fonction proxémie, par exemple avec maison (il y a un applet à installer), c'est beau et ça tourne (le mot choisi est fixe dans le graphe); en observant la rotation, on comprend à peu près ce qui se passe....
Quant à la concordance, là, ça me scotche sur place ! (De quoi en oublier les élections.) J'avais justement besoin de celle d'adultère pour coincer Emma...
Mais revenons-en au scrutin, à l'Ambassade de France, Tokyo, Japon. Pas beaucoup de monde quand j'arrive, vers 10h30, sous les gouttelettes. En revanche, quand je sors, un quart d'heure plus tard, la queue commence à s'allonger. Le temps d'attendre Lionel, Jean-Claude, puis Christian, de saluer Annabelle, Olivier, Michel et quelques autres, la queue est devenue un long serpent de parapluies entrechoqués dans la cour d'entrée, il doit maintenant y en avoir pour une heure d'attente. À quatre, nous allons prendre un café (même endroit qu'il y a deux semaines). Je leur décoche mon proverbe du jour : « Vote pluvieux, vote heureux ! » (Qui est toujours vrai pour la majorité des voies...)
Après, je rentre déjeuner avec T. et écouter la pluie battante, maintenant.
Mon fil RSS d'alerte Google sur l'expression « Nouveau Roman » me mène à un article de la revue Sens public : "Tel quel et le Nouveau Roman", par Peter Dytrt. Je trouve cela un peu (trop) court, (trop) caricatural pour l'un et l'autre mouvements, mais il y a, dans la première moitié, une assez bonne synthèse de ce que fut Tel Quel (même s'il est étonnant — est-ce intentionnel ? — que l'essai historique de Philippe Forest ne soit pas du tout cité).
Dans la même revue, je me suis mieux et longuement nourri d'un article d'Yves Cusset, sous-titré Libres réflexions autour de Jacques Rancière sur l'incivilité politique contemporaine. Avec une question qui prend tout son sens aujourd'hui même, ce soir à 20 heures (3 heures du matin, pour moi). On peut aussi y écouter Michel Deguy qui se demandait récemment : La poésie fait mal ?
« L'amour de la démocratie doit conduire à se défier des incivilités dont peut vite faire preuve le pouvoir dans un cadre démocratique, du fait de sa haine quintessentielle de l'égalité. Comme je l'ai laissé entendre, le discours de haine de la démocratie, même s'il trouve à s'exprimer chez quelques intellectuels jaloux de leur pouvoir, ne peut pas encore tout à fait accéder à la légitimité publique (pour combien de temps encore ?), il passe plutôt par une série discrète d'incivilités dans le discours de ceux qu'on est en droit d'appeler désormais "les élites".» (Yves Cusset, Faut-il haïr la démocratie ?, 30 janvier 2007 — c'est moi qui souligne.)
Donc, j'ai beau faire autre chose, essayer de m'élever au-dessus du terrain bourbeux, tout me remet le nez dedans...
Le mieux que j'aie à faire est d'aller me coucher, me lever vers 3 heures moins 10 pour regarder la tendance. Et, qui que ce soit, me recoucher. Demain sera toujours un autre jour.