lundi 7 mai 2007
Cette belle fenêtre de tir...
Par Berlol, lundi 7 mai 2007 à 08:58 :: General
Sales sentiments longtemps rentrés
et qui vont sortir pousser fleurir
jusqu'en atrocité
les béquilles des faibles
longtemps lorgnées avec envie
on va enfin pouvoir shooter dedans
Car ce qui est à craindre dès à présent, plus encore que (et avant même) les mesures d'un gouvernement, c'est la joie, l'empressement, le zèle de tous ceux — citoyens frustrés de la base, cheffaillons stressés, entrepreneurs s'enrichissant — qui sont heureux de voir leur souhait exaucé, leur droite décomplexée. Ils voudront être les premiers à insulter l'indigent et à dénoncer le sans papier.
Ce n'est pas visible comme une bande de jeunes, ça ne prend qu'une ou deux minutes par jour, ça n'a pas souvent de témoin, ça travaille le tissu social dans l'intérieur de la fibre. On n'a pas vu ça depuis la Collaboration, cette belle fenêtre de tir...
Et ceux qui ont suivi le mirage mais n'ont pas ce zèle en eux, comme ils vont vite se retrouver dans le sable ! Car l'Eldorado n'est pas pour tout le monde (j'ai entendu tout à l'heure un jeune sarkozyen dire que c'était la possibilité d'un nouvel Eldorado — on croit rêver, quand on entend ça...).
Allez, je retourne
à mes moutons...
Un seul en l'occurrence, et qui n'en est même pas un, puisque c'est Manu. Qui travaille maintenant à Kamiyacho, tout près de la Tour de Tokyo. J'y vais en vélo, après avoir choisi un itinéraire de larges trottoirs : de chez moi au sanctuaire Yasukuni par l'ouest, puis devant l'Institut italien, l'Ambassade du Royaume-Uni, puis le long des douves du Palais impérial jusqu'à Toranomon, où j'oblique plein sud et tout droit jusqu'à l'objectif. Parti avant midi, j'y suis à midi vingt, soit près de 8 kilomètres en une trentaine de minutes.
J'emploie la demi-heure qui me reste à attendre à visiter le quartier, toujours gants au guidon et casque en tête, au milieu des hordes d'employés allant à leur pitance (comme moi, somme toute).
Je monte jusqu'à l'Ambassade
des Pays-Bas, d'où l'on a une vue superbe sur la Tour de
Tokyo, je repère quelques restaurants, j'observe les styles
vestimentaires du quartier, globalement sérieux et plus
chics qu'à Kanda, où travaillait
précédemment Manu. C'est un peu, pour les
Parisiens, comme s'il avait travaillé près de
Saint-Michel et qu'il allait maintenant avenue Marceau.
Lorsqu'il arrive, je suis en tenue de ville, bas de pantalon redescendus, gants et casque rangés et je lui dis avoir déjà vu les restaurants qu'il me propose. Choisissons l'aspect campagnard d'un bistrot qui se révélera très raisonnable, avec petite entrée (ratatouille froide) et plat d'agneau grillé sur lit de chou et de purée (nous prenons la même chose). Pendant ce temps, il me raconte son nouveau travail, son chef, ses missions, que sortir pour rencontrer des clients auxquels vendre des solutions informatiques le change positivement de la maintenance des ordinateurs en interne...
Bavardons agréablement une petite heure, durant laquelle il ne sera aucunement question des élections, sans même que nous ayons cherché à éviter ce sujet.
Retour par le même chemin et à peu près dans les mêmes temps.
Le soir, Mata Hari, la vraie histoire (Alain Tasma, 2003) sur TV5 Monde. Film sobre, à la limite de l'ennuyeux, mais tout de même prenant dans le duo de sourds entre la femme internationale et le militaire borné. Mais les dés sont pipés : le procès pour espionnage n'en est pas un. On veut la condamner pour l'exemple en temps de démoralisation, et pour broyer la cocotte que l'homme jaloux voit en toute femme libre. Je ne sais si le film est historiquement fondé mais la fiction qu'il propose se tient bravement debout, comme l'héroïne devant le peloton d'exécution.
et qui vont sortir pousser fleurir
jusqu'en atrocité
les béquilles des faibles
longtemps lorgnées avec envie
on va enfin pouvoir shooter dedans
Car ce qui est à craindre dès à présent, plus encore que (et avant même) les mesures d'un gouvernement, c'est la joie, l'empressement, le zèle de tous ceux — citoyens frustrés de la base, cheffaillons stressés, entrepreneurs s'enrichissant — qui sont heureux de voir leur souhait exaucé, leur droite décomplexée. Ils voudront être les premiers à insulter l'indigent et à dénoncer le sans papier.
Ce n'est pas visible comme une bande de jeunes, ça ne prend qu'une ou deux minutes par jour, ça n'a pas souvent de témoin, ça travaille le tissu social dans l'intérieur de la fibre. On n'a pas vu ça depuis la Collaboration, cette belle fenêtre de tir...
Et ceux qui ont suivi le mirage mais n'ont pas ce zèle en eux, comme ils vont vite se retrouver dans le sable ! Car l'Eldorado n'est pas pour tout le monde (j'ai entendu tout à l'heure un jeune sarkozyen dire que c'était la possibilité d'un nouvel Eldorado — on croit rêver, quand on entend ça...).
Allez, je retourne
à mes moutons...Un seul en l'occurrence, et qui n'en est même pas un, puisque c'est Manu. Qui travaille maintenant à Kamiyacho, tout près de la Tour de Tokyo. J'y vais en vélo, après avoir choisi un itinéraire de larges trottoirs : de chez moi au sanctuaire Yasukuni par l'ouest, puis devant l'Institut italien, l'Ambassade du Royaume-Uni, puis le long des douves du Palais impérial jusqu'à Toranomon, où j'oblique plein sud et tout droit jusqu'à l'objectif. Parti avant midi, j'y suis à midi vingt, soit près de 8 kilomètres en une trentaine de minutes.
J'emploie la demi-heure qui me reste à attendre à visiter le quartier, toujours gants au guidon et casque en tête, au milieu des hordes d'employés allant à leur pitance (comme moi, somme toute).
Je monte jusqu'à l'Ambassade
des Pays-Bas, d'où l'on a une vue superbe sur la Tour de
Tokyo, je repère quelques restaurants, j'observe les styles
vestimentaires du quartier, globalement sérieux et plus
chics qu'à Kanda, où travaillait
précédemment Manu. C'est un peu, pour les
Parisiens, comme s'il avait travaillé près de
Saint-Michel et qu'il allait maintenant avenue Marceau.Lorsqu'il arrive, je suis en tenue de ville, bas de pantalon redescendus, gants et casque rangés et je lui dis avoir déjà vu les restaurants qu'il me propose. Choisissons l'aspect campagnard d'un bistrot qui se révélera très raisonnable, avec petite entrée (ratatouille froide) et plat d'agneau grillé sur lit de chou et de purée (nous prenons la même chose). Pendant ce temps, il me raconte son nouveau travail, son chef, ses missions, que sortir pour rencontrer des clients auxquels vendre des solutions informatiques le change positivement de la maintenance des ordinateurs en interne...
Bavardons agréablement une petite heure, durant laquelle il ne sera aucunement question des élections, sans même que nous ayons cherché à éviter ce sujet.
Retour par le même chemin et à peu près dans les mêmes temps.
Le soir, Mata Hari, la vraie histoire (Alain Tasma, 2003) sur TV5 Monde. Film sobre, à la limite de l'ennuyeux, mais tout de même prenant dans le duo de sourds entre la femme internationale et le militaire borné. Mais les dés sont pipés : le procès pour espionnage n'en est pas un. On veut la condamner pour l'exemple en temps de démoralisation, et pour broyer la cocotte que l'homme jaloux voit en toute femme libre. Je ne sais si le film est historiquement fondé mais la fiction qu'il propose se tient bravement debout, comme l'héroïne devant le peloton d'exécution.