Cette belle fenêtre de tir...
Par Berlol, lundi 7 mai 2007 à 08:58 :: General :: #630 :: rss
Sales sentiments longtemps rentrés
et qui vont sortir pousser fleurir
jusqu'en atrocité
les béquilles des faibles
longtemps lorgnées avec envie
on va enfin pouvoir shooter dedans
Car ce qui est à craindre dès à présent, plus encore que (et avant même) les mesures d'un gouvernement, c'est la joie, l'empressement, le zèle de tous ceux — citoyens frustrés de la base, cheffaillons stressés, entrepreneurs s'enrichissant — qui sont heureux de voir leur souhait exaucé, leur droite décomplexée. Ils voudront être les premiers à insulter l'indigent et à dénoncer le sans papier.
Ce n'est pas visible comme une bande de jeunes, ça ne prend qu'une ou deux minutes par jour, ça n'a pas souvent de témoin, ça travaille le tissu social dans l'intérieur de la fibre. On n'a pas vu ça depuis la Collaboration, cette belle fenêtre de tir...
Et ceux qui ont suivi le mirage mais n'ont pas ce zèle en eux, comme ils vont vite se retrouver dans le sable ! Car l'Eldorado n'est pas pour tout le monde (j'ai entendu tout à l'heure un jeune sarkozyen dire que c'était la possibilité d'un nouvel Eldorado — on croit rêver, quand on entend ça...).
Allez, je retourne
à mes moutons...
Un seul en l'occurrence, et qui n'en est même pas un, puisque c'est Manu. Qui travaille maintenant à Kamiyacho, tout près de la Tour de Tokyo. J'y vais en vélo, après avoir choisi un itinéraire de larges trottoirs : de chez moi au sanctuaire Yasukuni par l'ouest, puis devant l'Institut italien, l'Ambassade du Royaume-Uni, puis le long des douves du Palais impérial jusqu'à Toranomon, où j'oblique plein sud et tout droit jusqu'à l'objectif. Parti avant midi, j'y suis à midi vingt, soit près de 8 kilomètres en une trentaine de minutes.
J'emploie la demi-heure qui me reste à attendre à visiter le quartier, toujours gants au guidon et casque en tête, au milieu des hordes d'employés allant à leur pitance (comme moi, somme toute).
Je monte jusqu'à l'Ambassade
des Pays-Bas, d'où l'on a une vue superbe sur la Tour de
Tokyo, je repère quelques restaurants, j'observe les styles
vestimentaires du quartier, globalement sérieux et plus
chics qu'à Kanda, où travaillait
précédemment Manu. C'est un peu, pour les
Parisiens, comme s'il avait travaillé près de
Saint-Michel et qu'il allait maintenant avenue Marceau.
Lorsqu'il arrive, je suis en tenue de ville, bas de pantalon redescendus, gants et casque rangés et je lui dis avoir déjà vu les restaurants qu'il me propose. Choisissons l'aspect campagnard d'un bistrot qui se révélera très raisonnable, avec petite entrée (ratatouille froide) et plat d'agneau grillé sur lit de chou et de purée (nous prenons la même chose). Pendant ce temps, il me raconte son nouveau travail, son chef, ses missions, que sortir pour rencontrer des clients auxquels vendre des solutions informatiques le change positivement de la maintenance des ordinateurs en interne...
Bavardons agréablement une petite heure, durant laquelle il ne sera aucunement question des élections, sans même que nous ayons cherché à éviter ce sujet.
Retour par le même chemin et à peu près dans les mêmes temps.
Le soir, Mata Hari, la vraie histoire (Alain Tasma, 2003) sur TV5 Monde. Film sobre, à la limite de l'ennuyeux, mais tout de même prenant dans le duo de sourds entre la femme internationale et le militaire borné. Mais les dés sont pipés : le procès pour espionnage n'en est pas un. On veut la condamner pour l'exemple en temps de démoralisation, et pour broyer la cocotte que l'homme jaloux voit en toute femme libre. Je ne sais si le film est historiquement fondé mais la fiction qu'il propose se tient bravement debout, comme l'héroïne devant le peloton d'exécution.
et qui vont sortir pousser fleurir
jusqu'en atrocité
les béquilles des faibles
longtemps lorgnées avec envie
on va enfin pouvoir shooter dedans
Car ce qui est à craindre dès à présent, plus encore que (et avant même) les mesures d'un gouvernement, c'est la joie, l'empressement, le zèle de tous ceux — citoyens frustrés de la base, cheffaillons stressés, entrepreneurs s'enrichissant — qui sont heureux de voir leur souhait exaucé, leur droite décomplexée. Ils voudront être les premiers à insulter l'indigent et à dénoncer le sans papier.
Ce n'est pas visible comme une bande de jeunes, ça ne prend qu'une ou deux minutes par jour, ça n'a pas souvent de témoin, ça travaille le tissu social dans l'intérieur de la fibre. On n'a pas vu ça depuis la Collaboration, cette belle fenêtre de tir...
Et ceux qui ont suivi le mirage mais n'ont pas ce zèle en eux, comme ils vont vite se retrouver dans le sable ! Car l'Eldorado n'est pas pour tout le monde (j'ai entendu tout à l'heure un jeune sarkozyen dire que c'était la possibilité d'un nouvel Eldorado — on croit rêver, quand on entend ça...).
Allez, je retourne
à mes moutons...Un seul en l'occurrence, et qui n'en est même pas un, puisque c'est Manu. Qui travaille maintenant à Kamiyacho, tout près de la Tour de Tokyo. J'y vais en vélo, après avoir choisi un itinéraire de larges trottoirs : de chez moi au sanctuaire Yasukuni par l'ouest, puis devant l'Institut italien, l'Ambassade du Royaume-Uni, puis le long des douves du Palais impérial jusqu'à Toranomon, où j'oblique plein sud et tout droit jusqu'à l'objectif. Parti avant midi, j'y suis à midi vingt, soit près de 8 kilomètres en une trentaine de minutes.
J'emploie la demi-heure qui me reste à attendre à visiter le quartier, toujours gants au guidon et casque en tête, au milieu des hordes d'employés allant à leur pitance (comme moi, somme toute).
Je monte jusqu'à l'Ambassade
des Pays-Bas, d'où l'on a une vue superbe sur la Tour de
Tokyo, je repère quelques restaurants, j'observe les styles
vestimentaires du quartier, globalement sérieux et plus
chics qu'à Kanda, où travaillait
précédemment Manu. C'est un peu, pour les
Parisiens, comme s'il avait travaillé près de
Saint-Michel et qu'il allait maintenant avenue Marceau.Lorsqu'il arrive, je suis en tenue de ville, bas de pantalon redescendus, gants et casque rangés et je lui dis avoir déjà vu les restaurants qu'il me propose. Choisissons l'aspect campagnard d'un bistrot qui se révélera très raisonnable, avec petite entrée (ratatouille froide) et plat d'agneau grillé sur lit de chou et de purée (nous prenons la même chose). Pendant ce temps, il me raconte son nouveau travail, son chef, ses missions, que sortir pour rencontrer des clients auxquels vendre des solutions informatiques le change positivement de la maintenance des ordinateurs en interne...
Bavardons agréablement une petite heure, durant laquelle il ne sera aucunement question des élections, sans même que nous ayons cherché à éviter ce sujet.
Retour par le même chemin et à peu près dans les mêmes temps.
Le soir, Mata Hari, la vraie histoire (Alain Tasma, 2003) sur TV5 Monde. Film sobre, à la limite de l'ennuyeux, mais tout de même prenant dans le duo de sourds entre la femme internationale et le militaire borné. Mais les dés sont pipés : le procès pour espionnage n'en est pas un. On veut la condamner pour l'exemple en temps de démoralisation, et pour broyer la cocotte que l'homme jaloux voit en toute femme libre. Je ne sais si le film est historiquement fondé mais la fiction qu'il propose se tient bravement debout, comme l'héroïne devant le peloton d'exécution.
Commentaires
1. Le dimanche 6 mai 2007 à 18:01, par Dabichan :
CONSTERNATION !
Et tous ces rapports médiatiques de Français heureux des lendemains qui désormais promettent de chanter à droite... Si seulement je pouvais m'en assurer, m'en rassurer. Pour m'apaiser ! Mais non, rien n'y fait...
Élection bien conventionnelle, par trop conventionnelle que celle de 2007 : la droite dure (maintenant il faut dire décomplexée) contre la gauche pas encore à la hauteur du défi lancé.
Pas la moindre (bonne ! ) surprise comme nous y étions habitués depuis 1965 (la surprise d'alors fut la mise en ballotage, crime de lèse-majesté, du Grand Charles). Rien que du déjà-prévu par les médias et les sondeurs... depuis près de 3 ans ! Auparavant, il fallait 20 ou 30 ans pour faire un Président de la République éligible (au sens de : qui puisse avoir de sérieuses chances d'être élu). Qu'on se rappelle seulement Mitterrand et Chirac.
Aujourd'hui, 3 ans de préparation médiatique intense auront suffi ! Permettez-moi, au risque de passer pour un aigri mauvais perdant, d'écrire 3 années de conditionnement psychologique.
3 années pour faire d'un vétéran du barnum politico-médiatique (ministre sous Balladur, Raffarin et Villepin avec les résultats sur lesquels 53,2% de braves patriotes frappés d'une violente amnésie refusent de se pencher comme le devrait tout bon-électeur-démocrate-de-bon-sens-soucieux-de-ne-pas-se-faire-berner) le messie toute catégorie (socio-professionnelle) ! Je ne vais pas vous décevoir nous a-t-il promis... Là, c'est moins sûr. Pour nombre de rêveurs d'un nouvel Eldorado, l'atterrissage risque d'être brutal.
~Mais i va pas s'taire le royaliste qui s'est fait m'tte par l'Sarko ?~
Par la force des choses, il va se taire. Car il va être tu ou il va être fait tu ! Participation massive, regain démocratique, disparition définitive de l'extrême droite... Sauf que nous verrons dans les mois qui viennent que le vrai vainqueur de cette élection, c'est lui : Jean-Marie. Les esprits effectivement considérablement lepénisés ont opté pour un Jean-Marie light, mâtiné de George Buisson à la Berlue Silvioisée. Mais seront-ils (les 53,2%) en mesure de le voir ? La critique libre (excusez le pléonasme), formellement toujours autorisée, sera-t-elle pratiquement toujours possible ? Ou connaîtra-t-elle le sort des langues mortes faute de locuteurs ?
Les Français (enfin, moi oui) n'étaient de toute évidence pas encore prêts ni pour une femme Présidente (ça aurait eu plus de gueule que ce nabot machiste flicard hérissé de tics) ni surtout pour l'association tolérante des talents dont j'espère qu'elle finira par prévaloir...
Sans qu'il n'y ait trop de casse auparavant !
2. Le dimanche 6 mai 2007 à 18:34, par Berlol :
Bouhouhou !... Snnifff, snifff... T'as raisooonnnn...
Au fait, t'as eu mon message où je te disais d'aller voir l'expo Jakuchu pendant qu'elle est à Nagoya ?
3. Le dimanche 6 mai 2007 à 19:40, par vinteix :
Hier soir, on a entendu parler "travail", "autorité", "mérite", "identité nationale"...
Il y avait une ancienne (?) devise française qui parlait de "liberté", "égalité", "fraternité"... il faut croire qu'elle en a déjà pris un coup dans l'aile... Le cynisme, l'opportunisme et la manipulation ont fait leur oeuvre et remporté le morceau. Chapeau l'artiste, il aura réussi à bluffer un maximum de gens ! J'ai honte de mon pays !
Consternation mais résistance.
4. Le dimanche 6 mai 2007 à 21:57, par brigetoun :
et pour l'espoir de réaction ou de frein, c'est la gauche se déchirant et ça a bien commencé, à la surface et en profondeur. Une des raisons de la défaite d'ailleus, après les fausses embrassades du dernier xongrès PS.
Restent les associations mais elles étaient déjà à la peine sous le dernier gouvernement, là ce sera pire
5. Le lundi 7 mai 2007 à 06:23, par 36ruevieilledutemple :
on pleure il pleut c est verlaine sur la ville qui délie sa langueur.
à circuler de blog en blog on dirait qu'il y a de quoi organiser la résistance poétique.
sous quelle forme?
6. Le lundi 7 mai 2007 à 06:58, par vinteix :
Résistance à "l'Eldorado" de Schtroumpf Ier (comme apparemment Plantu envisage de le dessiner...) !
7. Le lundi 7 mai 2007 à 22:09, par dominique :
Ah oui, "la droite décomplexée", voilà bien la pénible expression qui est devenue tendance. Alors que par nature la droite a toujours été décomplexée. C'est même à ça qu'on la reconnaît (comme Audiard - anar de droite - disait qu'on reconnaît les cons à ce qu'ils osent tout), c'est ce qui la fonde. La gauche est pleine de scrupules (d'ailleurs quand elle les perd, l'Histoire l'a montré, elle devient folle). La droite c'est "enrichissez-vous", c'est "l'avenir appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt" : où sont les complexes là-dedans ? Mais le pire, c'est que par ici il y a même une "extrême-droite décomplexée", et qui est bien toujours là, au même étiage malgré les apparences. Rilke écrit de lui, quelque part dans sa correspondance, que "jamais personne n'est resté aussi longtemps la tête tous l'eau". Apprêtons-nous à le faire cinq ans d'affilée - et, je le crains, plus longtemps encore...
(Un petit signe à Alain : ah, il faudrait pouvoir tout considérer avec ce léger décalage propre à Jean-Pierre Léaud !)
8. Le mardi 8 mai 2007 à 05:05, par Manu :
Exactement ce que je me suis dit de retour à mon bureau, "tiens, on n'a même pas parlé des élections", alors que j'étais persuadé que cela allait nous occuper une bonne partie de notre déjeuner. Sans doute parce qu'il n'y a finalement pas eu de surprise...
Sinon, je te conseille ça pour te changer les idées :
www.jamendo.com/fr/album/...
Désolé pour l'autopromotion...
9. Le mercredi 9 mai 2007 à 04:36, par christian :
Dites-moi... le suffrage universel, vous êtes pour ou contre?
Parce que si vous refusez le résultat d'un système que vous approuvez, je pense qu'il ne vous reste plus qu'à vous faire psychanalyser!
N'aurait-il pas mieux valu ne pas voter du tout?
Et le vote à bulletin secret? Vous êtes contre? (Provoc pour Berlol!)
10. Le mercredi 9 mai 2007 à 04:52, par Berlol :
On est pour, Christian. Mais la question n'est pas là. Et je crois que tu joues l'andouille en faisant comme si tu ne le savais pas... D'ailleurs, je ne me rebelle pas, je ne brûle pas de voitures et je ne soutiens pas ceux qui le font. Il se trouve qu'on est un certain nombre de (centaines de milliers de) personnes à craindre la personne même de NS, à penser que par les médias, par des coups d'éclat et de communication dans le cadre de son ministère, NS a détourné le sens des Institutions (qui nous sont chères) en "fascinant" des millions de gens (de sorte que leur vote était téléguidé) — de la même façon que le clan Bush (qui a, en plus, truqué les élections, ce qui ne semble pas être le cas en France, même si certains le subodorent...).
Tu permettras que je m'autorise à avoir une opinion sur le "choix" des Français. Et je les autorise à avoir une opinion sur moi... Tout cela est très démocratique. Mais être démocrate ne signifie pas se vider le cerveau de ses convictions pour le remplir avec celles du camp adverse quand celui-ci gagne !
Au final, ta position m'étonne. D'ailleurs, si tout le monde cachait son opinion comme tu le fais, il n'y aurait ni partis ni politique...
11. Le vendredi 18 mai 2007 à 06:54, par A.C. :
"citoyens frustrés de la base, cheffaillons stressés, entrepreneurs s'enrichissant " : questions : quelle légitimité donnez-vous pour être cheffaillons ? Produit de l'ascenceur social comme on dit ? et la base ? n'y a-t-il pas un peu de mépris dans vos propos ?
D'accord pour que l'on invoque la littérature, que l'on retourne concepts et citations pour servir ses opinions, mais l'honnêteté intellectuelle réclame une argumentation sans faille...
12. Le vendredi 18 mai 2007 à 07:09, par Berlol :
On parlait ici de craintes, cela n'a rien à voir avec l'argumentation (hélas, mais il y a des blogs pour ça...). Les craintes ne sont précisément que des failles... mais elles mènent parfois à des vérités. Merci pour l'émoticon qui met du sourire dans votre passage.
13. Le lundi 4 juin 2007 à 00:23, par M.V :
Dans un texte écrit et diffusé en janvier 2006 auprès de quelques amis ("Remarques sur les émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues françaises") j'écrivais : "L'écrasant score du candidat Chirac au second tour des dernières élections présidentielles a décomplexé une droite qui paraissait pourtant à bout de course : n'ayant pour seul argument que la surenchère sécuritaire dans laquelle elle entraînait le PS (...) Cette droite revancharde étant d'autant plus décomplexée qu'un premier galop d'essai lui donnait toute satisfaction. La faible mobilisation de la gauche, voir de l'extrême-gauche avant le vote des lois Perben-Sarkozy (les plus liberticides pourtant depuis l'époque de la guerre d'Algérie) lui permettait de réaliser ensuite de réaliser les objectifs de sa politique néolibérale sans se soucier d'éventuels revers électoraux dans des élections sans enjeux nationaux".
Ceci pour replacer l'expression (qui aujourd'hui fait florès !) dans son contexte.
Sur la démocratie et le suffrage universel je conseille la lecture de l'article "La démocratie expliquée aux ignorants" par Mephis sur le blog
www.pasdesarkozy.fr/
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