jeudi 10 mai 2007
Quand on est des petits joueurs et qu'on s'aime
Par Berlol, jeudi 10 mai 2007 à 23:57 :: General
Des pluies, des vents, des soleils. En force et brusquerie dans le
chaos de la journée. Avant-hier, un scientifique disait de
l'explosion d'une super-nova que c'était ce qui risquait de nous arriver dans
quatre ou cinq milliards d'années. Ça m'a bien
fait rire parce que déjà dans 100 ans nous ne savons
même pas si cette petite planète d'emmerdeurs
prétentieux existera encore, alors le soleil ça nous fait une belle
jambe qu'il ait un flash 10.000 fois plus lumineux quand il voudra.
Après le cours du matin, je m'aperçois que j'ai
oublié à la maison l'ordinateur portable qui me
sert à projeter le film au séminaire ;
mais je ne peux pas y aller parce qu'il tombe une ondée
à trente degrés de l'horizontale. Je
prépare l'autre cours, sur les nombres, et quand le grain
est passé, je descends prendre mon vélo et j'y
vais. J'ai un peu de temps et comme le disque est dans la machine, je
regarde la fin de Quai
des orfèvres. Amusant de constater que la
coupure de batterie s'était
précisément produite mardi à l'instant
le plus dramatique, Maurice vient de se couper les veines au
dépôt et Jenny subit une perquisition, il va
mourir et elle va tomber pour meurtre... Je redémarre au
même endroit et tout part dans l'autre sens, on crie
à la vue du sang et Maurice sera sauvé tandis que
chez Jenny on découvre que le pistolet n'est pas du calibre
de celui qui a tué, dixit l'inspecteur qui comprend que
c'est le voleur de voiture qui a fait le coup, et tout finit bien pour
Jenny et Maurice qui ont eu chaud aux fesses — faut pas
flirter avec les magouilleurs de la haute quand on est des petits
joueurs et qu'on s'aime. Clouzot nous a quand
même caché autant qu'il pouvait ce que
l'inspecteur savait depuis le début, que le salaud
était mort par balle et non par la bouteille de
champagne que Jenny lui avait balancée sur le
crâne — le spectateur étant donc
plutôt guidé à s'identifier avec le
couple Jenny / Maurice (Suzy Delair et Bernard Blier) qu'avec le
pourtant débonnaire flic (Louis Jouvet). Allez, je file
parce qu'une autre averse se prépare. De retour au bureau,
je cale Vipère
au poing dans le portable pour répondre aux
questions du jour comme pourquoi Folcoche voulait accuser son fils du
vol de son portefeuille ou combien de flash-back, question qui nous
amènera à regarder le
procédé narratif et technique qui fait que tout
le film est un flash-back dans lequel il y a des flash-back ponctuels.
En mangeant un morceau, je regarde le courrier — Oh Oh
ça se précise pour cet été,
ça va être tourisme littéraire
forcé — et puis j'écoute À
Portée de mots d'hier, sur France
Musique, Dominique Sylvain, en effet, qui a
vécu et vit de nouveau au Japon, a publié des
polars que je ne connais pas et qui dit aimer revoir notamment Quai des orfèvres,
tout de même étonnant ces
coïncidences ! D'autant que ça continue le
soir quand après avoir lu quelques pages d'Emmanuelle Pagano
je rentre dîner et regarder Ce
soir ou Jamais qui me manquait beaucoup
beaucoup, précisément
consacré à la confusion des genres, et
pas seulement les sexualités mais aussi les masques sociaux
dont on ne change pas comme on voudrait bien qu'ils soient des
constructions socio-historiques peu en rapport avec les parties
génitales, je suis même
étonné qu'Emmanuelle Pagano ne soit pas parmi les
invités mais il y a en effet des pointures et la discussion
est très instructive quoiqu'avec des moments où
ça tourne en rond, comme cette intention
répétée d'historiciser alors qu'on ne
dit rien d'une part de la sexualité dans les cultures
antiques ni d'autre part de Jean Lorrain ou d'Oscar Wilde, pour donner
des noms connus même de moi, comme si tout ça
commençait pif paf pouf au XXe siècle, mais
soudain c'est déjà l'heure de croquer la cerise
sur le gâteau, un entretien avec Laurent Terzieff, très rare à la télévision,
pendant lequel on a droit à un flash-back de 1958
où il disait déjà d'excellentes
choses...
« Elle attache la ceinture de son petit frère avec des gestes que je ne lui connaissais pas et que je connais si bien. Ce détour du bras droit pour contourner une poitrine naissante, je l'avais décrypté tout jeune chez des filles plus grandes que moi, je l'avais copié très vite, et mon frère l'avait remarqué.
Au lieu de se moquer il m'avait pris à part, soucieux, il n'avait que huit ou neuf ans, il ne comprenait pas vraiment, il m'avait dit mais pourquoi tu fais ça. Je mentais que je ne faisais rien, lâchement, oui c'est ça, pourquoi tu prends pas les choses comme d'habitude, ah oui tu t'es fait mal au bras, dis, dis-moi. J'ai mal ailleurs, Axel, j'ai mal au torse, ça me vient jusqu'à l'épaule, c'est pour ça. J'avais pris l'habitude de dire torse à la place de poitrine.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, p. 48-49)
« Elle attache la ceinture de son petit frère avec des gestes que je ne lui connaissais pas et que je connais si bien. Ce détour du bras droit pour contourner une poitrine naissante, je l'avais décrypté tout jeune chez des filles plus grandes que moi, je l'avais copié très vite, et mon frère l'avait remarqué.
Au lieu de se moquer il m'avait pris à part, soucieux, il n'avait que huit ou neuf ans, il ne comprenait pas vraiment, il m'avait dit mais pourquoi tu fais ça. Je mentais que je ne faisais rien, lâchement, oui c'est ça, pourquoi tu prends pas les choses comme d'habitude, ah oui tu t'es fait mal au bras, dis, dis-moi. J'ai mal ailleurs, Axel, j'ai mal au torse, ça me vient jusqu'à l'épaule, c'est pour ça. J'avais pris l'habitude de dire torse à la place de poitrine.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, p. 48-49)