Comme on était dans les cale-pieds (pour ne pas dire starting-blocks, car voilà bien un mot de la LQR), j'aurais pu signaler — mais je ne les ai enregistrées que ce matin, raison pour laquelle ça trouve sa place aujourd'hui — les Histoires d'écoutes d'hier et de mercredi dernier, qui étaient de Jean-Charles Massera : Jordan et les boulets. C'est léger, ça passe bien, histoire d'ados pour ados — mais aussi pour adultes souhaitant comprendre quelque chose à leur progéniture, ou s'amuser dans la fantasmagorie contemporaine du réel des jeunes scolarisés. Et bellement mis en ondes.

Pendant ce temps-là, nous essuyons un gros grain orageux de moins d'une heure (comme jeudi dernier, bizarre, vous avec dit bizarre...). Après quoi, quand le soleil est revenu taper, c'est l'heure du déjeuner, je vais essayer le branchement de l'ordinateur portable sur le projecteur d'une nouvelle salle de classe, après avoir tout tenté des mois durant pour remédier au sépia de la salle précédente. Les clés, les boutons, les branchements se font différemment, ça prend quand même vingt minutes et il vaut mieux ne pas perdre le temps du séminaire à ça. Et tout se passe bien, enfin la couleur !
Je démonte et file au cours de prononciation, où on apprend l'heure — et ça tient en 80 minutes (y'a plus qu'à pratiquer) — avant de revenir réinstaller le matériel pour regarder une bonne moitié de La vie est un long fleuve tranquille. On s'arrête précisément à l'instant où le petit Maurice épie la conversation de ses vrais parents sur sa fausse sœur, la moitié de son visage étant symboliquement dans l'ombre...

Pendant ce temps, j'ai engrangé pour mes futures oreilles les Chemins de la connaissance, troisième partie avec Georges Didi-Huberman, et le Surpris par la nuit consacré à Paule Thévenin.

Au dîner, je coupe le son télévisé d'un film de lave urbaine pour écouter Ce soir ou Jamais de jeudi dernier (10 mai, oui, j'ai du retard...) qui s'avère excellent, peut-être le meilleur du trimestre, le sujet principal comme les deux sujets annexes étant servis par d'excellents invités. Ça commence avec le diktat de l'image de la séduction féminine tellement imbriqué aux vies à la fois des femmes et des hommes, avec Eve Ensler tout de même plus pertinente qu'Héléna Noguerra. Les relations Orient / Occident forment le plat de résistance, où les participants résistent, précisément, à la séduction des thèses simplistes comme Orient contre Occident ou choc des civilisations, préférant choc des identités (bof), pour Thierry Camous, ou choc des barbaries que propose Henry Laurens presque comme une boutade finale — mais tellement vrai, au fond. D'ailleurs, même si Nedim Gürsel et Gilles Veinstein ont des propos très intéressants, je trouve qu'Henry Laurens apporte chaque fois une parole plus convaincante encore. Il aurait d'ailleurs un peu cette forme séduisante du propos qu'avait Baudrillard, dont il est justement question dans la dernière partie, avec Ludovic Léonelli et Robert Maggiori — non d'une séduction qui embobine et emmoutonne, si je puis dire, mais de celles qui excitent et bouent les cafetières, même quand on n'est pas d'accord. Car il n'a jamais été question d'être essentiellement d'accord avec Baudrillard, même si ça arrive, presqu'accidentellement, mais avant tout de lui reconnaître à coup sûr cette capacité de produire du mouvement synaptique chez son prochain (sauf si le prochain en question est déjà fondu dans le torrent de lave capitaliste et consumériste — tiens, le film est fini et Tommy Lee Jones est encore vivant !).