mardi 22 mai 2007
La pâte du terrain et du climat
Par Berlol, mardi 22 mai 2007 à 23:59 :: General
En train pour un peu moins de deux heures, je
réécoute une partie de mon cours de samedi matin,
puis ce que j'ai enregistré de la conférence de
Pierre Pachet l'après-midi. J'ai l'impression d'avoir fait
des progrès élocutoires, avec moins de euh... et des
phrases correctement formées et fermées.
Même si Pachet fait mieux que moi, grâce au
détachement de l'expérience, peut-être.
Enfin, je compare parce que ce sont deux enregistrements qui se suivent
dans la boîte. Sinon, ça ne me viendrait pas
à l'idée, Johnny...
Après mes deux cours et un moment passé avec David sur sa déception de vendredi, et puisqu'il n'a pas le temps pour un ping-pong, je regarde Les Âmes fortes (Raoul Ruiz, 2001) dont le dévédé est arrivé ce matin (en retard sur la commande précédente, aux frais d'Amazon). Alors que je sais que j'ai lu ce livre il y a longtemps, sans doute une vingtaine d'années, j'en retrouve un peu l'ambiance, ou ce qu'il en reste dans mon souvenir, mais aucune mémoire de l'histoire, juste son cadre, la veille funèbre des vieilles dames. Jean Giono avait ce talent d'ambiances et de cadres naturels qui dominaient souvent ses héros, les modelant dans la pâte du terrain et du climat — ce à quoi le film n'arrive pas, trop centré qu'il est sur l'image de Lætitia Casta. Pourquoi faut-il qu'on la reconnaisse quand elle a 85 ans ? Cela est tout à fait stupide. Il aurait mieux valu prendre une digne vieille dame qui aurait paru beaucoup mieux que ce visage bouffi et statique. La même, jeune, arrive d'ailleurs à quelques œillades, à balancer quelques répliques mais on ne peut pas vraiment parler d'une bonne actrice. Était-ce pour Ruiz un travail alimentaire ? En tout cas, Giono ne méritait pas ça...
En dînant, je vois Ce soir ou Jamais d'hier, sur le plaisir de tuer, précédé d'une interview de Sinead O'Connor. Intéressant, mais sans plus. Il est temps que je me remette à la littérature directe car :
« Quel rapport avec ce site Internet : nous abandonnons à nos éditeurs des droits pour chaque livre qui continueront jusqu'à soixante-dix ans après nous. Quel prodige, en ces temps où tout dégringole si vite. Et quand on migre d'éditeur, on laisse la part la plus vitale de nous-mêmes à des établissements qui probablement nous ont rayé de leur carte affective. Comme on réécrit sans cesse le même territoire, on recommence à côté ce qu'on a creusé d'abord à tel endroit, et à mesure que la liste des titres s'allonge on a l'impression d'un terrain tout rempli de trous. Si la donne était celle de Balzac, je crois que j'aurais publié cinq livres, un concernerait l'usine, un concernerait le garage, un autre probablement accumulerait des paysages, et il y aurait en complément une sorte de dictionnaire sans bords, où on trouverait pour entrée des noms d'écrivains (comme ici Balzac et Proust), des noms de musiciens (et peu importe si les noms de Keith Richards, John Bonham ou Bob Dylan, si c'est ma trilogie en cours, ouvriraient à 600 pages chacun), des peintres et des lieux, villes, dates – je rêve aujourd'hui de ce dictionnaire, et peut-être c'est ma meilleure allégorie pour définir le site tel que progressivement il se développe.» (Extrait de la page Six Fragments de nuit, François Bon, mai 2007)
Après mes deux cours et un moment passé avec David sur sa déception de vendredi, et puisqu'il n'a pas le temps pour un ping-pong, je regarde Les Âmes fortes (Raoul Ruiz, 2001) dont le dévédé est arrivé ce matin (en retard sur la commande précédente, aux frais d'Amazon). Alors que je sais que j'ai lu ce livre il y a longtemps, sans doute une vingtaine d'années, j'en retrouve un peu l'ambiance, ou ce qu'il en reste dans mon souvenir, mais aucune mémoire de l'histoire, juste son cadre, la veille funèbre des vieilles dames. Jean Giono avait ce talent d'ambiances et de cadres naturels qui dominaient souvent ses héros, les modelant dans la pâte du terrain et du climat — ce à quoi le film n'arrive pas, trop centré qu'il est sur l'image de Lætitia Casta. Pourquoi faut-il qu'on la reconnaisse quand elle a 85 ans ? Cela est tout à fait stupide. Il aurait mieux valu prendre une digne vieille dame qui aurait paru beaucoup mieux que ce visage bouffi et statique. La même, jeune, arrive d'ailleurs à quelques œillades, à balancer quelques répliques mais on ne peut pas vraiment parler d'une bonne actrice. Était-ce pour Ruiz un travail alimentaire ? En tout cas, Giono ne méritait pas ça...
En dînant, je vois Ce soir ou Jamais d'hier, sur le plaisir de tuer, précédé d'une interview de Sinead O'Connor. Intéressant, mais sans plus. Il est temps que je me remette à la littérature directe car :
« Quel rapport avec ce site Internet : nous abandonnons à nos éditeurs des droits pour chaque livre qui continueront jusqu'à soixante-dix ans après nous. Quel prodige, en ces temps où tout dégringole si vite. Et quand on migre d'éditeur, on laisse la part la plus vitale de nous-mêmes à des établissements qui probablement nous ont rayé de leur carte affective. Comme on réécrit sans cesse le même territoire, on recommence à côté ce qu'on a creusé d'abord à tel endroit, et à mesure que la liste des titres s'allonge on a l'impression d'un terrain tout rempli de trous. Si la donne était celle de Balzac, je crois que j'aurais publié cinq livres, un concernerait l'usine, un concernerait le garage, un autre probablement accumulerait des paysages, et il y aurait en complément une sorte de dictionnaire sans bords, où on trouverait pour entrée des noms d'écrivains (comme ici Balzac et Proust), des noms de musiciens (et peu importe si les noms de Keith Richards, John Bonham ou Bob Dylan, si c'est ma trilogie en cours, ouvriraient à 600 pages chacun), des peintres et des lieux, villes, dates – je rêve aujourd'hui de ce dictionnaire, et peut-être c'est ma meilleure allégorie pour définir le site tel que progressivement il se développe.» (Extrait de la page Six Fragments de nuit, François Bon, mai 2007)