Aucun moyen de retour
Par Berlol, mercredi 23 mai 2007 à 23:24 :: General :: #647 :: rss
On m'envie, merci Laure ! On
parle de moi, merci Christine et François ! Mais au
lieu de faire le fier, cette occasion de rouvrir ma fenêtre sur le monde
m'incite à quelques précisions...
La frustration — je dis bien — de n'être pas en France, et notamment à Paris, pour la vie littéraire, est immense. Immense ! Incommensurable ! Et ce, depuis au moins dix ans. Disons, passées les premières années d'excitation au Japon. Dans le même temps, le plaisir d'être au Japon est grand, inégalable, et, de plus, source d'une originalité que je cultive, et qui ne serait peut-être tout simplement pas visible si j'étais en France, soit que je n'aie pas assez de talent, mot à la mode, soit que je ne sache pas le mettre en avant, car je répugnerai toujours à l'idée d'aller me vendre où que ce soit. Ce mouvement en avant, cette sortie des rangs, le Japon le fait pour moi. N'étant pas fonctionnaire de l'Éducation nationale ni rattaché à aucun corps hexagonal, je n'ai d'ailleurs aucun moyen de retour. Prémonition ? J'écoutais ça en boucle pendant les premiers mois à Tokyo...
Observateur d'un monde littéraire du cerveau droit et donquichottesquement reclus dans mon cerveau gauche, je n'ai eu pendant toutes ces années ni projet d'écrire des livres (vu le mépris que m'inspiraient ceux qu'autour de moi on s'autorisait à publier après quelques mois de Japon), ni envie — encore moins — d'entrer en contact avec des éditeurs, engeance détestable, je l'ai déjà écrit.
Écrire & être lu, c'est tout ce que je voulais. Et que l'éperluette ne soit pas cette sale machine éditoriale, car même Lindon m'avait déçu (avant même d'avoir connaissance des mésaventures de Marie, de Frédérique, de François — à qui je souhaite, au passage, un bon anniversaire —, de Jean ou d'Alain). Voilà ce que je voulais et qui était impossible... jusqu'au Journal littéréticulaire.
Paradoxalement, je me suis beaucoup adouci depuis au sujet des éditeurs, j'en ai même rencontré, connu, et je serais prêt à dire, sous la torture, qu'il n'y en a pas que de mauvais.
C'est pourquoi j'écris tous les jours : par mon temps qui coule, la frustration sécrète sa bile, que je transmute en l'or des billets quotidiens.
Maintenant que vous avez mon moteur, cherchez mon carburant !...
Colombani, la fin d'un monde ! Enfin une bonne nouvelle en provenance de la presse française ! Mais partira-t-il ? Et quoi, après ? Ne sera-ce pas pire ?...
Une très belle journée. La parfaite combinaison température, lumière, air agitant les feuillages dans le parc de l'université. Un seul cours et pas de réunion. Je règle cet après-midi une quantité phénoménale de courriers. Corrigeant des copies, j'écoute le très instructif Arrêt sur Images de la semaine dernière, sur les mots et expressions dominants de la campagne présidentielle — Dieu que ce Guaino ne me plaît pas !
Et je trouve enfin le temps d'installer un plug-in pour la lecture audio (pour le JLR version blog, pas compatible avec la version html)...
Le but étant, par exemple, d'insérer une plage flaubertible (où baigner ses oreilles), au hasard celle du 12 mai. Mais c'est vraiment pour celles et ceux qui ont du temps à perdre. Ou qui aiment Flaubert... Quoique... Comment saurais-je si je l'ai bien servi ? Allez, allez ! pas de fausse modestie. Je suis bien content de ce que je fais en cours... On tiendra compte tout de même du fait que je parle à des étudiants japonais.
Revenu à la maison, prêt à aller au centre de sport, je m'aperçois que j'ai laissé ma carte de membre au bureau. Comme il est déjà sept heures, je laisse tomber pour aujourd'hui. Tant pis pour Emmanuelle Pagano que je comptais bien avancer, voire finir. Remis à demain.
« Hier je pouvais suivre les contours de ses mouvements pendant qu'il parlait. Ses muscles sont longs, pleins. Il a des muscles de travailleur, pas des muscles de salle de sport, et ça me touche.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, p. 125)
Là, je voudrais pas dire, Emmanuelle, mais vu que tu disais l'autre jour que tu n'avais jamais mis les pieds dans une salle de sport, je ne suis pas sûr que tu puisses bien faire la différence. Outre cette taquinerie, je comprends très bien la distinction faite et sa valeur argumentaire. Je vais d'ailleurs continuer ma lecture au lit, tous muscles au repos.
La frustration — je dis bien — de n'être pas en France, et notamment à Paris, pour la vie littéraire, est immense. Immense ! Incommensurable ! Et ce, depuis au moins dix ans. Disons, passées les premières années d'excitation au Japon. Dans le même temps, le plaisir d'être au Japon est grand, inégalable, et, de plus, source d'une originalité que je cultive, et qui ne serait peut-être tout simplement pas visible si j'étais en France, soit que je n'aie pas assez de talent, mot à la mode, soit que je ne sache pas le mettre en avant, car je répugnerai toujours à l'idée d'aller me vendre où que ce soit. Ce mouvement en avant, cette sortie des rangs, le Japon le fait pour moi. N'étant pas fonctionnaire de l'Éducation nationale ni rattaché à aucun corps hexagonal, je n'ai d'ailleurs aucun moyen de retour. Prémonition ? J'écoutais ça en boucle pendant les premiers mois à Tokyo...
Observateur d'un monde littéraire du cerveau droit et donquichottesquement reclus dans mon cerveau gauche, je n'ai eu pendant toutes ces années ni projet d'écrire des livres (vu le mépris que m'inspiraient ceux qu'autour de moi on s'autorisait à publier après quelques mois de Japon), ni envie — encore moins — d'entrer en contact avec des éditeurs, engeance détestable, je l'ai déjà écrit.
Écrire & être lu, c'est tout ce que je voulais. Et que l'éperluette ne soit pas cette sale machine éditoriale, car même Lindon m'avait déçu (avant même d'avoir connaissance des mésaventures de Marie, de Frédérique, de François — à qui je souhaite, au passage, un bon anniversaire —, de Jean ou d'Alain). Voilà ce que je voulais et qui était impossible... jusqu'au Journal littéréticulaire.
Paradoxalement, je me suis beaucoup adouci depuis au sujet des éditeurs, j'en ai même rencontré, connu, et je serais prêt à dire, sous la torture, qu'il n'y en a pas que de mauvais.
C'est pourquoi j'écris tous les jours : par mon temps qui coule, la frustration sécrète sa bile, que je transmute en l'or des billets quotidiens.
Maintenant que vous avez mon moteur, cherchez mon carburant !...
Colombani, la fin d'un monde ! Enfin une bonne nouvelle en provenance de la presse française ! Mais partira-t-il ? Et quoi, après ? Ne sera-ce pas pire ?...
Une très belle journée. La parfaite combinaison température, lumière, air agitant les feuillages dans le parc de l'université. Un seul cours et pas de réunion. Je règle cet après-midi une quantité phénoménale de courriers. Corrigeant des copies, j'écoute le très instructif Arrêt sur Images de la semaine dernière, sur les mots et expressions dominants de la campagne présidentielle — Dieu que ce Guaino ne me plaît pas !
Et je trouve enfin le temps d'installer un plug-in pour la lecture audio (pour le JLR version blog, pas compatible avec la version html)...
Le but étant, par exemple, d'insérer une plage flaubertible (où baigner ses oreilles), au hasard celle du 12 mai. Mais c'est vraiment pour celles et ceux qui ont du temps à perdre. Ou qui aiment Flaubert... Quoique... Comment saurais-je si je l'ai bien servi ? Allez, allez ! pas de fausse modestie. Je suis bien content de ce que je fais en cours... On tiendra compte tout de même du fait que je parle à des étudiants japonais.
Revenu à la maison, prêt à aller au centre de sport, je m'aperçois que j'ai laissé ma carte de membre au bureau. Comme il est déjà sept heures, je laisse tomber pour aujourd'hui. Tant pis pour Emmanuelle Pagano que je comptais bien avancer, voire finir. Remis à demain.
« Hier je pouvais suivre les contours de ses mouvements pendant qu'il parlait. Ses muscles sont longs, pleins. Il a des muscles de travailleur, pas des muscles de salle de sport, et ça me touche.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, p. 125)
Là, je voudrais pas dire, Emmanuelle, mais vu que tu disais l'autre jour que tu n'avais jamais mis les pieds dans une salle de sport, je ne suis pas sûr que tu puisses bien faire la différence. Outre cette taquinerie, je comprends très bien la distinction faite et sa valeur argumentaire. Je vais d'ailleurs continuer ma lecture au lit, tous muscles au repos.
Commentaires
1. Le mercredi 23 mai 2007 à 08:09, par Em :
Ah si : tout ce que j'écris est "vrai" ou plutôt "vu", "senti" etc, je n'invente rien... je ne suis jamais entrée dans une salle de sport, oui, mais : j'ai déjà vu (et senti, touché, etc) des muscles d'hommes y étant entrés, et des muscles de "travailleurs" aussi (spécialement travailleurs sur cordes, de bûcherons). Mais ceci dit je suis sûre que dans une salle de sport, il s'y joue plein de choses dont un romancier ferait des trucs chouettes : du moment que c'est justement le corps qui est en jeu...
2. Le mercredi 23 mai 2007 à 13:40, par Laure L :
... Oui oui, vraiment ! Et surtout on a grand plaisir à lire tes billets, chaque jour car tu as une qualité rare : il n'y a pas de pose dans ce que tu fais. C'est de l'écriture et de la générosité. Et de l'humour et de la vie... C'est tout.
J'en parlais tout à l'heure avec Tarik Noui qui partage ce point de vue.
Bon, moi aussi je suis censée fréquenter ma salle de sports demain à l'aube... mais en plein bouclage donc rentrant à pas d'heure et sirotant du Sancerre (en fumant des Muratti, mmmm, tout cela est très politiquement incorrect), suspens du soir : Y arriverais-je ?
Tu vois, j'en dis plus sur ton blog que sur le mien...
3. Le mercredi 23 mai 2007 à 14:32, par une métaphore :
moi aussi j'envie ta discipline quotidienne, berlol, moi aussi j'aime te lire (et pas seulement parce que tu écris de Cipango je crois), moi aussi j'en dis souvent plus sur ton blog que sur le mien, moi aussi je rentre trop tard, moi aussi j'adore les paresseux, et cultive mes névroses, mes tocs, mes phobies et mes secrets (et j'aime bien aussi la façon dont vous parlez des votres, Laure) ... mais moi non plus je ne fréquente pas les salles de sport, surtout à l'aube !
4. Le mercredi 23 mai 2007 à 22:19, par brigetoun :
une belle analyse.
Oh ! et est ce parce qu'il ne saurait y avoir plus éloigné que moi des salles de sport que je trouve la phrase d'Emmanuelle Pagano lumineuse ?
5. Le mercredi 23 mai 2007 à 22:53, par em :
Mais quand même d'ailleurs comment tu fais ? J'ai cru comprendre que tu as des enfants ? Ecrire, travailler, s'occuper des gosses, lire (lire, lire), tenir la maison propre, le linge tout ça + un billet chaque jour ! Non moi j'admire mais je ne suis pas jalouse de ça, moi c'est vivre au Japon qui me fascine, sans moyen de retour !!!
6. Le mercredi 23 mai 2007 à 23:53, par Laure L :
... j'ai évidemment loupé la salle de sports mais j'y vais demain, promis ! (Quand je pense que je ne fais pas un billet par jour... et le linge tout ça, hum, hum...)
7. Le jeudi 24 mai 2007 à 00:40, par Berlol :
Des enfants ? Oui, une cinquantaine. Par an. Mais pas de moi...
8. Le jeudi 24 mai 2007 à 00:56, par Marc Villemain :
Tout de même, et quelles que soient les raisons qui vous y poussent, votre assiduité est en effet assez remarquable. Chapeau bas.
Un mot d'étonnement : êtes-vous à ce point incommensurablement frustré de ne pas être en France pour sa vie littéraire ?!? C'est difficile à croire, tant celle-ci se résume bien souvent à un mélange de fric et de spectacle mondain. Et pour ce qui est de la littérature, vous y avez semble-t-il largement accès. Mais je comprends qu'on puisse éprouver un peu la nostalgie de ce petit monde tutoyant : après tout, ces agissements et gesticulations peuvent être plaisants. Ne regrettez rien, toutefois, car c'est de pire en pire. Et de littérature, ici, il est de moins en moins question.
MV
9. Le jeudi 24 mai 2007 à 01:16, par Em :
Désolée désolée pour les enfants j'ai confondu avec un autre exilé au japon... (moi j'en ai entre 300 et 400 par an qui sont "pas de moi", ils sont du même âge que les miens alors je sature !).
10. Le jeudi 24 mai 2007 à 01:23, par Berlol :
Merci, Marc. Mais vous savez, quand je parle de vie littéraire, je ne pense guère à ce qui en passe dans les médias ou au moment des Prix. Il y a beaucoup de colloques (j'ai la faiblesse d'être universitaire), de conférences, de lectures, et puis un peu grâce à ce journal, j'ai pu entrer en contact avec des auteur(e)s que j'apprécie, qui ne sont pas toujours des plus connus (à tort, bien entendu), et avec qui j'aimerais passer quelques moments de temps en temps... Pour le reste, vous avez en partie raison, même si je ne dirais pas que c'est de pire en pire.
11. Le jeudi 24 mai 2007 à 02:01, par Marc Villemain :
Je ne vous aurais évidemment pas fait l'offense de vous associer au triste spectacle que j'évoquais !
Vous avez également raison de me reprendre : non, ce n'est pas de pire en pire ; juste la continuation du pire, le petit paysage qui s'étiole doucettement, l'air de rien.
Et j'ai la faiblesse, moi, de ne pas être universitaire...
12. Le jeudi 24 mai 2007 à 03:37, par Berlol :
Nobody's perfect ! Quoi qu'il en soit, je vous lis aussi avec plaisir.
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