On m'envie, merci Laure ! On parle de moi, merci Christine et François ! Mais au lieu de faire le fier, cette occasion de rouvrir ma fenêtre sur le monde m'incite à quelques précisions...
La frustration — je dis bien — de n'être pas en France, et notamment à Paris, pour la vie littéraire, est immense. Immense ! Incommensurable ! Et ce, depuis au moins dix ans. Disons, passées les premières années d'excitation au Japon. Dans le même temps, le plaisir d'être au Japon est grand, inégalable, et, de plus, source d'une originalité que je cultive, et qui ne serait peut-être tout simplement pas visible si j'étais en France, soit que je n'aie pas assez de talent, mot à la mode, soit que je ne sache pas le mettre en avant, car je répugnerai toujours à l'idée d'aller me vendre où que ce soit. Ce mouvement en avant, cette sortie des rangs, le Japon le fait pour moi. N'étant pas fonctionnaire de l'Éducation nationale ni rattaché à aucun corps hexagonal, je n'ai d'ailleurs aucun moyen de retour. Prémonition ? J'écoutais ça en boucle pendant les premiers mois à Tokyo...
Observateur d'un monde littéraire du cerveau droit et donquichottesquement reclus dans mon cerveau gauche, je n'ai eu pendant toutes ces années ni projet d'écrire des livres (vu le mépris que m'inspiraient ceux qu'autour de moi on s'autorisait à publier après quelques mois de Japon), ni envie — encore moins — d'entrer en contact avec des éditeurs, engeance détestable, je l'ai déjà écrit.
Écrire & être lu, c'est tout ce que je voulais. Et que l'éperluette ne soit pas cette sale machine éditoriale, car même Lindon m'avait déçu (avant même d'avoir connaissance des mésaventures de Marie, de Frédérique, de François — à qui je souhaite, au passage, un bon anniversaire —, de Jean ou d'Alain). Voilà ce que je voulais et qui était impossible... jusqu'au Journal littéréticulaire.
Paradoxalement, je me suis beaucoup adouci depuis au sujet des éditeurs, j'en ai même rencontré, connu, et je serais prêt à dire, sous la torture, qu'il n'y en a pas que de mauvais.
C'est pourquoi j'écris tous les jours : par mon temps qui coule, la frustration sécrète sa bile, que je transmute en l'or des billets quotidiens.
Maintenant que vous avez mon moteur, cherchez mon carburant !...

Colombani, la fin d'un monde ! Enfin une bonne nouvelle en provenance de la presse française ! Mais partira-t-il ? Et quoi, après ? Ne sera-ce pas pire ?...

Une très belle journée. La parfaite combinaison température, lumière, air agitant les feuillages dans le parc de l'université. Un seul cours et pas de réunion. Je règle cet après-midi une quantité phénoménale de courriers. Corrigeant des copies, j'écoute le très instructif Arrêt sur Images de la semaine dernière, sur les mots et expressions dominants de la campagne présidentielle — Dieu que ce Guaino ne me plaît pas !
Et je trouve enfin le temps d'installer un plug-in pour la lecture audio (pour le JLR version blog, pas compatible avec la version html)...

Le but étant, par exemple, d'insérer une plage flaubertible (où baigner ses oreilles), au hasard celle du 12 mai. Mais c'est vraiment pour celles et ceux qui ont du temps à perdre. Ou qui aiment Flaubert... Quoique... Comment saurais-je si je l'ai bien servi ? Allez, allez ! pas de fausse modestie. Je suis bien content de ce que je fais en cours... On tiendra compte tout de même du fait que je parle à des étudiants japonais.

Revenu à la maison, prêt à aller au centre de sport, je m'aperçois que j'ai laissé ma carte de membre au bureau. Comme il est déjà sept heures, je laisse tomber pour aujourd'hui. Tant pis pour Emmanuelle Pagano que je comptais bien avancer, voire finir. Remis à demain.

« Hier je pouvais suivre les contours de ses mouvements pendant qu'il parlait. Ses muscles sont longs, pleins. Il a des muscles de travailleur, pas des muscles de salle de sport, et ça me touche.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, p. 125)
Là, je voudrais pas dire, Emmanuelle, mais vu que tu disais l'autre jour que tu n'avais jamais mis les pieds dans une salle de sport, je ne suis pas sûr que tu puisses bien faire la différence. Outre cette taquinerie, je comprends très bien la distinction faite et sa valeur argumentaire. Je vais d'ailleurs continuer ma lecture au lit, tous muscles au repos.