mardi 29 mai 2007
Ne gèrent qu'avec leurs peurs
Par Berlol, mardi 29 mai 2007 à 23:48 :: General
Comment ai-je pu vivre sans Anna Moï ? C'est plus
ou moins la question que je me pose pour chaque œuvre dont la
découverte me choque positivement (en faisant varier le nom propre). Et ça m'arrive
plusieurs fois par an ! Ayant une mauvaise mémoire,
je finis même par oublier des personnes que j'aime,
simplement parce qu'elles sont trop nombreuses. Et c'est un nouveau
plaisir quand je retombe sur leur nom ou sur leur livre en fouillant
dans mes affaires. Aussi, suis-je très intrigué
quand j'entends parler de fin de la littérature ou d'absence
de bons auteurs — et je ne vois que l'atrophie
cérébrale, le chagrin rentré ou
l'intention ignoble pour produire de telles inepties (ce qui
n'empêche pas qu'il y ait des merdes, comme à
toute époque).
C'était comme si le shinkansen traversait la mer de Chine en moins de deux heures... Ou comme être assis entre Antoine Volodine et Jean Hatzfeld.
Étonnant alors (mais pas tant que ça, dans la suite du roman) de découvrir que le site d'Anna Moï est essentiellement un site de lingerie... (Et ce n'est pas une erreur.)
« Je ne connais pas l'heure, mais quand la porte de la cellule s'ouvre, la lumière est d'une blancheur métallique. Le bateau nous a débarquées à l'aube, et à présent il doit être une ou deux heures de l'après-midi. Dans le corridor, des bols sont posés par terre. À cause de l'éblouissement, je les crois remplis de riz noir. Mais c'est du riz blanc, recouvert de mouches noires. À l'aide de la cuillère en fer-blanc, fournie avec le bol de riz, je racle le couvercle de mouches.» (Anna Moï, Riz noir, p. 23)
« Les hommes délégués aux séances de questions sont des fonctionnaires d'une force spéciale de la police. Ils sont affectés aux interrogatoires de la rue Nguyen Trai pendant quelques mois avant d'être mutés au ministère de la Défense.
L'un d'eux m'explique : "Nous sommes ici un peu comme des étudiants en médecine. Nous venons disséquer les cadavres avant de devenir médecins."
Je ne suis pas devenue un cadavre. Ils ont réussi à me faire perdre connaissance, plusieurs fois, mais je vis.
Au rythme des heures d'ouverture du centre, les interrogateurs viennent travailler comme dans n'importe quel ministère.» (Ibid., p. 25)
« C'est un tout petit générateur que l'on remonte à la main. Des fils nus entortillés autour d'une matraque y sont reliés. L'arme ainsi électrifiée est appliquée sur les doigts, les oreilles, sur le bout des seins, introduite dans la bouche ou dans le vagin. Les fils sont tenus dans la main d'un homme, et quand l'homme s'approche, c'est cela que l'on voit : de longs doigts fins de sous-officier, pas des mains de tortionnaires.
Il n'y a pas de torture mécanique. Un homme intervient toujours pour doser la souffrance d'un autre homme, ou d'une femme. Ou d'une jeune fille.» (Idib., p. 27)
Mes deux cours sont un peu poussifs. Je sens mes étudiants limite amorphes et je ne veux pas les torturer... Au cours de conversation, je lance une enquête sur les depachika (デパ地下), abréviation de depaato chikatetsu, soit grands magasins (au niveau du) métro. Pour être plus précis, il s'agit d'un ou de deux sous-sols d'un grand magasin transformés en supermarchés de luxe pour capter la clientèle lorsqu'elle prend le métro ou change de ligne. Le phénomène se développe depuis une vingtaine d'années et prend maintenant des proportions gigantesques. On n'installe plus un grand magasin pour y faire venir des clients, on choisit des endroits où les gens convergent. Il y même maintenant des communautés web de partage d'informations sur les meilleures affaires, les promotions, les nouveautés et la qualité des produits. Et des milliers de blogs... L'occasion de rappeler que 37 % des blogs de la planète sont japonais.
Je dîne en compagnie de scientifiques qui débattent de la planète en danger dans Ce soir ou Jamais du jeudi 24. Un peu fouillis ou inabouti parfois mais dans l'ensemble tout de même d'un très bon niveau, notamment grâce à Joël de Rosnay, Jean Jouzel et Tarek Issaoui qui ouvrent des perspectives, tantôt sombres, tantôt optimistes. Quant à Claude Allègre, bien qu'il dise des choses intéressantes et rappelle l'importance de l'éducation des nouvelles générations pour éviter qu'elles ne gèrent qu'avec leurs peurs, il ne se départit jamais d'une certaine arrogance parfois teintée de langue de bois, ce qui est d'un très mauvais effet.
C'était comme si le shinkansen traversait la mer de Chine en moins de deux heures... Ou comme être assis entre Antoine Volodine et Jean Hatzfeld.
Étonnant alors (mais pas tant que ça, dans la suite du roman) de découvrir que le site d'Anna Moï est essentiellement un site de lingerie... (Et ce n'est pas une erreur.)
« Je ne connais pas l'heure, mais quand la porte de la cellule s'ouvre, la lumière est d'une blancheur métallique. Le bateau nous a débarquées à l'aube, et à présent il doit être une ou deux heures de l'après-midi. Dans le corridor, des bols sont posés par terre. À cause de l'éblouissement, je les crois remplis de riz noir. Mais c'est du riz blanc, recouvert de mouches noires. À l'aide de la cuillère en fer-blanc, fournie avec le bol de riz, je racle le couvercle de mouches.» (Anna Moï, Riz noir, p. 23)
« Les hommes délégués aux séances de questions sont des fonctionnaires d'une force spéciale de la police. Ils sont affectés aux interrogatoires de la rue Nguyen Trai pendant quelques mois avant d'être mutés au ministère de la Défense.
L'un d'eux m'explique : "Nous sommes ici un peu comme des étudiants en médecine. Nous venons disséquer les cadavres avant de devenir médecins."
Je ne suis pas devenue un cadavre. Ils ont réussi à me faire perdre connaissance, plusieurs fois, mais je vis.
Au rythme des heures d'ouverture du centre, les interrogateurs viennent travailler comme dans n'importe quel ministère.» (Ibid., p. 25)
« C'est un tout petit générateur que l'on remonte à la main. Des fils nus entortillés autour d'une matraque y sont reliés. L'arme ainsi électrifiée est appliquée sur les doigts, les oreilles, sur le bout des seins, introduite dans la bouche ou dans le vagin. Les fils sont tenus dans la main d'un homme, et quand l'homme s'approche, c'est cela que l'on voit : de longs doigts fins de sous-officier, pas des mains de tortionnaires.
Il n'y a pas de torture mécanique. Un homme intervient toujours pour doser la souffrance d'un autre homme, ou d'une femme. Ou d'une jeune fille.» (Idib., p. 27)
Mes deux cours sont un peu poussifs. Je sens mes étudiants limite amorphes et je ne veux pas les torturer... Au cours de conversation, je lance une enquête sur les depachika (デパ地下), abréviation de depaato chikatetsu, soit grands magasins (au niveau du) métro. Pour être plus précis, il s'agit d'un ou de deux sous-sols d'un grand magasin transformés en supermarchés de luxe pour capter la clientèle lorsqu'elle prend le métro ou change de ligne. Le phénomène se développe depuis une vingtaine d'années et prend maintenant des proportions gigantesques. On n'installe plus un grand magasin pour y faire venir des clients, on choisit des endroits où les gens convergent. Il y même maintenant des communautés web de partage d'informations sur les meilleures affaires, les promotions, les nouveautés et la qualité des produits. Et des milliers de blogs... L'occasion de rappeler que 37 % des blogs de la planète sont japonais.
Je dîne en compagnie de scientifiques qui débattent de la planète en danger dans Ce soir ou Jamais du jeudi 24. Un peu fouillis ou inabouti parfois mais dans l'ensemble tout de même d'un très bon niveau, notamment grâce à Joël de Rosnay, Jean Jouzel et Tarek Issaoui qui ouvrent des perspectives, tantôt sombres, tantôt optimistes. Quant à Claude Allègre, bien qu'il dise des choses intéressantes et rappelle l'importance de l'éducation des nouvelles générations pour éviter qu'elles ne gèrent qu'avec leurs peurs, il ne se départit jamais d'une certaine arrogance parfois teintée de langue de bois, ce qui est d'un très mauvais effet.