Journal LittéRéticulaire

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 30 juin 2007

Grande dextérité, juste devant le meilleur thon

De nouveau sur l'index du JLR, je finis d'entrer les noms propres de septembre dernier. Jamais eu autant de retard. Dix mois ! Une bonne occasion de revisiter des pages et des sujets. Parmi les nouvelles entrées : Frédéric Taddeï, Anna Moï et Diam's (via Ce soir ou Jamais), Catherine Malabou, Laure Limongi et Cindy Sherman, par exemple.
Le document fait plus de 500 Ko, ce qui le rend lourd à manipuler. Il faut que je réfléchisse à une autre solution pour l'avenir. Soit trouver un logiciel plus puissant, augmenter la mémoire, faire une page html par lettre de l'alphabet, pour rester en low tech, soit tout basculer en base de données php, mais ça, je ne sais pas (encore) faire...
Ceci dit, le moteur de recherche intégré (Google) remplace souvent avantageusement l'index.
Oui, mais... si ça marche et si on sait ce qu'on cherche. J'ai déjà remarqué que le moteur ne fonctionne pas toujours correctement. Plus d'une fois, il m'est arrivé de rechercher un nom ou un mot, avec son orthographe exacte, et que le moteur ne le trouve pas. Alors que je le retrouve après avec Ctrl F en parcourant un par un une série de documents... Et puis chercher à partir d'un mot que l'on a déjà n'est pas la même chose que parcourir un index à la recherche de ce qu'on ne cherchait pas.
S'appuyant encore une fois sur la science des catalogues qu'a le bibliothécaire de L'Homme sans qualités, de Musil (Cf. Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, p. 21-29), Pierre Bayard pourrait étendre son raisonnement au domaine informatique et dire que connaître mon index est plus important que lire mes pages.

« La particularité de la non-lecture du bibliothécaire de Musil est en effet que son attitude n'est pas passive, mais active. Si de nombreuses personnes cultivées sont des non-lecteurs, et si, à l'inverse, de nombreux non-lecteurs sont des personnes cultivées, c'est que la non-lecture n'est pas l'absence de lecture. Elle est une véritable activité, consistant à s'organiser par rapport à l'immensité des livres, afin de ne pas se laisser submerger par eux. À ce titre, elle mérite d'être défendue et même enseignée.» (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, p. 28)

Je monte couper nos dernières tomates sur le balcon, j'ajoute deux branches de basilic et je file rejoindre T. et deux amis du sport au Saint-Martin. C'est pour Yukie, et finir juin en beauté. Classique poulet-frites, pour moi, et salade de gésiers pour T. Je montre des photos, notamment celles que j'ai ajoutées aux pages de mardi à vendredi (une par jour). Il fait un peu lourd et la pluie menace. Mais ne tombe pas. Mes oreilles tintent quand il est question d'un voyage en province, tabehoudai dans une ceriseraie, où l'on paie un forfait pour manger à volonté...

Lecture, courrier, sieste, gestion de photos prennent l'après-midi. Quand on sort à nouveau, il est plus de cinq heures. En métro à Yurakucho, on passe prendre deux billets de cinéma pour la séance de 19 heures et on file vers les sushis du second sous-sol de Ginza Core. Au comptoir, avec un sushi-ya-san souriant et de grande dextérité, juste devant le meilleur thon, et du gingembre à volonté.
On a bien fait de manger léger, parce qu'on est pas mal secoué dans Die Hard 4... Surtout sur grand écran.

vendredi 29 juin 2007

Bayard au-dessus de la pile

« La déconstruction de la philosophie telle que Derrida la pense suppose l'ébranlement de toute unité apparente de la tradition, de toute thématique du rassemblement en général. De là deux propositions possibles pour approcher la déconstruction. Premièrement, si elle ne caractérise pas ce qui est, la déconstruction caractérise ce qui arrive : « La déconstruction a lieu partout où ça a lieu, où il y a quelque chose.» [in « Lettre à un ami japonais », Psyché, Inventions de l'autre, Paris, Galilée, 1987, p. 390] Deuxièmement, la déconstruction suppose toujours plus d'une langue : « Si j'avais à risquer, Dieu m'en garde, déclare Derrida, une seule définition de la déconstruction, brève, elliptique, économique comme un mot d'ordre, je dirais sans phrase : plus d'une langue.» La déconstruction, c'est ce qui a lieu, la déconstruction parle plus d'une langue [in Mémoires, pour Paul de Man, Paris, Galilée, 1988, p. 38]. L'opération de rupture transformatrice à l'œuvre en elle porte sur la manière dont la tradition est originairement structurée par une pluralité irréductible d'événements et d'idiomes. Il s'agit donc de rompre avec l'unité : l'unité gréco-chrétienne chez Hegel, l'unité du sens de l'être chez Heidegger, unités que Derrida appelle des monolinguismes et qu'il convient alors de transformer en ce qu'ils sont, des multiplicités différenciées. Le négatif, ici, est clairement au service de la disjonction, de la dislocation d'une unité formelle.» (Catherine MalabouLa plasticité au soir de l'écriture, p. 45-46)

Voilà comment je me retape après la fatigue des cours et la déception d'un livre, sa rémanence. Et en suant et en pédalant, bien sûr, au centre de sport, ce matin. Dans mes livres, il y a des rythmes : ceux que je lis en quelques heures, très rares — et mauvais signe ; ceux que je lis en quelques jours ou semaines, le cas standard ; ceux que je lis en quelques mois. Pour ces derniers, c'est souvent parce que leur travail de fond est très lent chez moi. C'est une longue descente de quelques idées fortes, qui taraudent, de concepts difficiles, de poisons nécessaires, que j'ingurgite à petites doses. Le livre idéal serait celui que je lirais tout le temps et que je ne finirais jamais, dont ni la cohésion ni la diversité ne me lasseraient. Et tous les autres seraient inutiles.
Inversement, le livre qui me déçoit me fait l'effet d'une trahison, d'un crime presque. Contre ma personne, oui. C'est ce que je me disais en faisant une machine de linge puis en remontant au bureau (séance de présentation du futur voyage à Orléans, février 2008, puis déjeuner avec David et un autre collègue au Downey), avant d'en redescendre trempé par une soudaine et tiède ondée.

Sur la table, il y avait Pierre Bayard au-dessus de la pile des livres en attente (dociles), avec un Adorno, un Agamben, le Cassin, Laure Fardoulis, un autre Anna Moï, etc. Sans compter les pléiades Camus et Mérimée que je viens de remonter de la bibliothèque universitaire pour préparer recherches d'été et cours d'automne. Ça va donner, pendant les chaleurs. Mais vu le contexte, Bayard l'a emporté. Il se synchronise pour ici et pour chez Christine. En justifiant de ne pas lire des livres pour les connaître, il m'envoie dans les dents un corollaire que j'ai compris tout à l'heure, en sortant du shinkansen où j'en ai lu quarante pages : que c'est parce que j'ai lu un livre de Sylvie Germain que je n'irai ni la voir ni l'écouter vendredi prochain à l'Institut. Je me dis que c'est trop bête, que si je ne l'avais pas lue, j'y serais allé tranquillement, j'aurais écouté, enregistré même, peut-être même que j'aurais trouvé la prestation très bien, sans pour autant la lire après. Donc, tout à fait dans la droite ligne de ce que recommande Pierre Bayard. Que ne l'ai-je lu, lui, avant ? Et ce qu'il cite de Valéry faisant les hommages de Proust, d'Anatole France et de Bergson est acidement délicieux...

« La lecture est d'abord la non-lecture, et, même chez les grands lecteurs qui y consacrent leur existence, le geste de saisie et d'ouverture d'un livre masque toujours le geste inverse qui s'effectue en même temps et échappe de ce fait à l'attention : celui, involontaire, de non-saisie et de fermeture de tous les livres qui auraient pu, dans une organisation du monde différente, être choisis à la place de l'heureux élu.» (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, Paris : Minuit, 2007, p. 23)

« Les communications et les correspondances, c'est bien cela que doit chercher à connaître l'homme cultivé, et non tel livre en particulier, de la même manière qu'un responsable du trafic ferroviaire doit être attentif aux relations entre les trains, c'est-à-dire à leurs croisements et leurs correspondances, et non au contenu individuel de tel ou tel convoi.
[...] Les personnes cultivées le savent — et surtout, pour leur malheur, les personnes non cultivées l'ignorent —, la culture est d'abord une affaire d'
orientation. Être cultivé, ce n'est pas avoir lu tel ou tel livre, c'est savoir se repérer dans leur ensemble, donc savoir qu'ils forment un ensemble et être en mesure de situer chaque élément par rapport aux autres.» (Ibid., p. 26)

Dîner à deux en regardant Fair Play (Lionel Bailliu, 2006), un film où ça crie mais qu'on supporte parce qu'il exacerbe l'horreur des relations entre des cadres d'entreprise — ce pourrait être une maison d'éditions... Dans le roman Marge brute, lu très récemment, Laurent Quintreau avait choisi les flux de conscience pendant une réunion ; dans Fair Play, le tour de force, l'exercice de style, est de ne parler que des relations entre dirigeants et cadres d'une entreprise sans jamais entrer dans un bureau, en faisant se succéder des activités sportives qui deviennent des théâtres de noirceurs professionnelles. L'aviron, le squash, le jogging, le golf, le canyoning et la piscine. Un régal à la sauce LQR.

jeudi 28 juin 2007

Sonnent creux d'artifice

Après avoir fini Magnus au lit, j'ai mal dormi, de mauvaise humeur. J'étais très déçu de cette eau de boudin mystico-gnan-gnan. Je le sentais venir après le dernier accident du hasard, quand le Magnus adulte et heureux bousille sa vie en croyant faire peur à un ancien nazi. Je le sentais venir mais je ne le croyais pas. Et cette écriture qui garde toujours ses distances de sécurité, qu'est-ce que ça m'énerve ! Pas une fois elle n'arrive à atteindre la mosaïque de discours indirects libres de quoi sont faits les romans que j'aime. Même quand il y a des bouts de dialogue, ils sonnent creux d'artifice. Faut dire aussi que lire ça juste après Flaubert, c'était un peu casse-gueule...

Au réveil, c'est oublié. D'ailleurs, je n'ai pas vraiment le temps de m'attarder : trois cours m'attendent, et non des moindres. Comme on approche des examens, les étudiants sont fébriles et réclament de savoir comment ça va se passer, un programme de révision. Je leur mets le holà, que je leur donnerai ça la dernière semaine.
Côté profs, on l'a mauvaise. Dans le programme d'il y a encore deux ans, c'était déjà les révisions, justement. Mais comme on nous a rallongé de deux semaines la durée des cours, on entre dans la période des chaleurs moites en plein passé composé, futur proche, possessifs et démonstratifs, etc.
Médiologiquement parlant, c'est l'installation de la climatisation qui ouvre la possibilité de l'allongement des sessions. Hélas !

Ayant vu la Fracture du myocarde, les étudiants (3e et 4e année) posent des questions sur l'amant de la mère décédée, l'absence du père, la DDASS et les orphelins, l'âge de la majorité. On revient aussi sur ce que c'est que la confiance (faire confiance qui diffère d'avoir confiance ou d'inspirer confiance), sur ce qu'on confie dans la confiance, par exemple un secret, puis jusqu'à sa vie — et comment les adultes balaient tout ça au prétexte que la société est responsable des mineurs...

Tellement cassé après ça que je m'endors un quart d'heure. Puis j'appelle David et on va se manger une glace. Trois minutes de grosses gouttes quand on revient à nos bureaux mais ça ne démarre pas, la pluie. Demain, peut-être...

*  *
*

Nico Shark tire sa révérence par une pirouette, "sans censure"

Un émoi a saisi, mardi 19 avril, les lecteurs de Nico Shark, quand ils ont découvert une page presque blanche, en lieu et place du blog qu'ils aimaient. Ce jour-là, pas de nouvel épisode narrant en bande dessinée la vie de ce chef du personnel très "requin", et clairement inspiré de Nicolas Sarkozy. Au lieu de cela, un message énigmatique "error/gouv/rg/halt.htm". Un œil de fan — ou de paranoïaque — pouvait  y lire des références au gouvernement et aux renseignements généraux, voire la signature d'un piratage informatique.
La rumeur sur l'arrêt troublant de la série satirique lancée le 6 mai par le blogueur Frantico a vite gonflé. D'autant plus que Kek, hébergeur et complice, a raconté dans l'après-midi que ses serveurs avaient connu "plusieurs attaques" informatiques, "apparues après l'ouverture du blog de Nico Shark". "D'ailleurs, le blog est terminé. (...) Je vais pas trop m'étendre sur le sujet mais [l'auteur] aurait reçu des menaces, et donc préfère arrêter tout ça", ajoutait-il.
Las ! Contacté en fin de journée, Frantico a mis fin aux spéculations qu'il avait lui-même suscitées : "J'aurais pu continuer pendant cinq ou dix ans. Mais à un moment, c'est décourageant de remettre le couvert sur ces types intouchables", justifie-t-il. Frantico, derrière lequel se trouve le dessinateur Lewis Trondheim, estime avoir rempli deux de ses objectifs dans l'aventure Nico Shark : "Tenter d'exorciser mon rejet de Sarkozy sans cramer des poubelles" et "voir si j'étais capable de faire dessinateur politique". L'auteur de la série "Lapinot" reconnaît par contre son échec, au moins provisoire, dans sa tentative de "créer un gigantesque mouvement pour déstabiliser le gouvernement".
L'arrêt "brusque" de la carrière de Nico Shark visait à éviter une "routine", même agréable, analyse Frantico. "Ça me semblait logique, donc, de couper la chique à cette histoire, par une mise en abyme entre l'univers de Shark et celui de Sarkozy", dit-il.
"Quant à l'histoire de la censure, il n'y en a, bien sûr, pas eu", précise, à bon entendeur, Frantico. En revanche, il "jure" qu'il y a bien eu deux attaques inexpliquées sur les serveurs de son hébergeur. Cela n'a pas empêché Nico Shark de faire un retour mardi soir, dans un petit jeu potache que certains internautes connaissaient déjà : Nicoprout. Le chef du personnel pète en courant dans ses bureaux, quand l'internaute tape sur son clavier.

Au bout du compte, les déçus de Nico Shark pourront méditer cette maxime de Frantico : "Le blog est un matériau agréable, malléable, ouvert. Il faut savoir jouer avec." (Alexandre Piquard, Le Monde, du 20/06/2007)

Autre article sur le site de Libération, avec la bonne nouvelle d'un album à paraître un jour...

mercredi 27 juin 2007

Compartimenté à mort, là-dedans

En septembre dernier, j'avais écrit au nouveau musée du Quai Branly, au sujet des conférences prévues, cycles de l'université populaire en ligne, dont le programme me paraissait très intéressant. On m'avait répondu qu'une mise en ligne, au moins partielle, était à l'étude. Le temps a passé et je ne suis revenu que ce matin sur le site du musée, pour voir ce qu'il en était.
Et quelle n'est pas ma surprise, de constater que toutes les conférences sont disponibles à l'écoute ! Depuis Abdou Diouf le 12 septembre, jusqu'à Stéphane Hessel le 7 avril, en alternant trois cycles : grands témoins, histoire mondiale de la colonisation, artistes et leur rapport au corps. Avec, pour ce dernier, Hélène Cixous le 23 janvier ou Patrice Chéreau le 30. Pour ce matin, j'écoute la conférence du 5 avril sur l'histoire de la colonisation japonaise, par Pierre Souyri (que j'ai connu lorsqu'il était directeur de la Maison franco-japonaise).

Nouveau terminal à l'aéroport de Roissy, « grand comme 40 terrains de football », dit-on au journal télé. Mais cette comparaison, à moi comme à beaucoup de gens, sans doute, ne dit rien de précis. À moins que l'on considère que les gens qui prennent l'avion comprendront. Ou alors, ce sont ceux qui écoutent le journal télévisé, et qui ne prennent pas nécessairement l'avion, qui doivent comprendre. Oui, ça doit être ça, plutôt. Parce que ceux qui prennent l'avion n'en ont rien à faire des 40 terrains de football, ils savent qu'à l'intérieur, on ne doit sans doute pas pouvoir profiter de cet espace footballistique. Ça doit être compartimenté à mort, là-dedans, cloisons, portes, barrières, couloirs, zones de sécurité, bureaux, salles d'attente, etc.

En fin de matinée, Franck Michelin vient de Tokyo nous parler des études en France. Amphi d'une centaine d'étudiants, bonne ambiance.
Déjeuner à 5 dans un petit restaurant du quartier. Ça cause études en France, réseau instituts et alliances, conjoncture pour le Français langue étrangère (FLE). Franck souffle tout de même avant de repartir pour une autre université et une autre présentation. On se retrouvera le soir...
En attendant, je travaille à un nouveau projet de recherches (HRLDP).

À 19 heures, je retrouve Franck et Benoît à la sortie 8 du métro Fushimi pour aller dans un restaurant de spécialités de Nagoya (porc cuit ou frit au miso, gyozas, ailes de poulet régional, etc.)

Pendant l'aller et retour en métro, je m'approche de la fin de Magnus, avec le même mélange d'intérêt pour l'histoire et de désintérêt pour l'écriture, que transperce parfois de belles et poétiques formulations sans emphase, un propos que je trouve juste et profond.

« Dans une petite alcôve baignée d'une lumière blême et protégée par une grille, une cinquantaine d'urnes en argent ciselé, de tailles diverses, est alignée en deux demi-cercles superposés. Des cœurs qui furent vivants, qui ont battu avec orgueil dans des seins d'impératrices et des torses d'empereurs tout-puissants. Qui ont battu avec ardeur, avec aussi des peurs et des colères, des jalousies, des rêves et des chagrins, des hontes et des espoirs. De ces cœurs seigneuriaux qui tour à tour ont sonné, dans l'or, l'acier, la splendeur et le sang, les heures du Saint Empire romain germanique, il reste désormais une cohorte de vieux muscles ratatinés dans du formol, montant la garde autour du vide. Les vivants aussi recèlent dans un recoin de leur mémoire des reliquaires d'amours, de rancunes, de joies et de douleurs plus ou moins révolues.» (Sylvie Germain, Magnus, p. 202-203)

mardi 26 juin 2007

Selon que c'est en plaine ou en montagne

Des centaines de kilomètres de shinkansen dans le brouillard. Heureusement que le train suit des rails !
J'y corrige des copies puis passe à Magnus, en accord avec les nuées.

« Depuis quelques temps, il souffre de vertiges, sa vue décline, sa voix s'essouffle vite. Magnus lui propose, lors de ses visites, de lui faire la lecture. "Désormais, dit Lothar, je ne peux plus rester en tête à tête avec l'auteur d'un livre, il me faut chaque fois un lecteur, ou une lectrice, et ainsi nous sommes trois. Les inflexions de la voix de l'intermédiaire entre l'auteur et moi se répercutent sur le texte, et alors j'entends des nuances que je n'aurais peut-être pas su déceler en lisant en silence, solitairement. Cela réserve parfois d'étranges surprises..." Pour mieux être surpris, il lui arrive de demander à chacun de ses médiateurs de lui lire les mêmes pages d'un livre — pages qu'il finit par connaître par cœur, mais de façon polyphonique, et du coup ce "par cœur" devient tremblé, il se distend et s'emplit d'échos, de questions, de murmures inattendus.» (Sylvie Germain, Magnus, p. 184)

Retour dans le monde actuel...
Des présentations de régions françaises proposées cet après-midi par mes quatre groupes d'étudiantes, je retiendrai surtout leur étonnement à comparer les densités de population. Entre régions françaises, déjà (le Limousin, très peu peuplé). Puis avec des régions japonaises de même surface, très variables aussi, selon que c'est en plaine ou en montagne.
Sans doute que certains de ces chiffres avaient été appris à un moment ou à un autre de leur scolarité (pour le Japon, notamment), mais jamais comme aujourd'hui compris.

J'ai reçu le beau volume en hommage à Henri Béhar — qui sera cet été au colloque Dali de Cerisy..
Mesures et Démesure dans les lettres françaises au XXe siècle. Hommage à Henri Béhar, professeur à la Sorbonne Nouvelle / études recueillies par Jean-Pierre Goldenstein et Michel Bernard .— Paris : Honoré Champion, 2007 .— 525 p.
Avec évidemment des morceaux d'études littéraires informatisées dedans.
Et dire que je n'y suis pas ! Je m'occupais alors de préparer Cerisy et n'avais pu mener les deux de front. Tant pis pour moi.

Petit ping-pong avec David. Je crois qu'on n'a joué qu'une fois, depuis la rentrée d'avril. Ayant eu plusieurs articles à rédiger ces derniers mois, il n'était pas souvent disponible pour ce rendez-vous qui allie pourtant balle ronde, parole libre et zygomatiques débridés, un cocktail bien efficace après les cours.

En dînant, Ce soir ou Jamais du mercredi 20, principalement autour du film Persepolis et de Marjane Satrapi. (D'excellents propos que je voudrais recopier, si j'en trouve le temps...)

L'écrivain Valère Novarina se confie à voix nue sur France Culture
Auteur, metteur en scène et peintre, Valère Novarina a grandi dans les Alpes, et il reconnaît volontiers sa dette à l'égard de la montagne, de ses paysages et de son histoire traversée de conquêtes et de langues multiples. Cette année, son oeuvre trouve une large reconnaissance : il est l'un des rares auteurs vivants à entrer au répertoire de la Comédie-Française, avec sa pièce L'Espace furieux ; il met en scène son texte L'Acte inconnu dans la Cour d'honneur du Palais des papes au Festival d'Avignon (à partir du 7 juillet).
France Culture lui consacre son émission À voix nue : chaque jour, de lundi à vendredi, il s'entretient avec la critique de théâtre Odile Quirot, qui connaît et aime suffisamment l'œuvre de Valère Novarina pour lancer des questions subtiles et laisser la parole à ce maître des mots.
Né en 1947, près de Genève, d'un père architecte et d'une mère comédienne, Novarina parle, dès la première émission, des paysages dans lesquels il a grandi et de la trace qu'ils ont laissée en lui. Son écriture, dit-il, est "un paysage parlé". Et le voici lisant au micro une liste de noms de communes situées autour du lac Léman, parce que leur variété et leurs sonorités rappellent les multiples influences linguistiques de la région. Ainsi, dès l'enfance, "l'oreille a été nourrie de paysages". L'auteur de Vous qui habitez le temps, L'Origine rouge ou Le Discours aux animaux (P.O.L.) a commencé à écrire à l'âge de 8 ans. Jusqu'à 19 ans, il cache ses textes : "J'avais honte d'écrire ; la honte est un sentiment alpin."
Adulte, il arpente ses montagnes. Une fois, il marche du Léman à Nice : le voyage prend trois ans. Dans la solitude, il compte — "comme le font les prisonniers" —, et cet art des chiffres se retrouve dans ses livres. Il dénombre 2 587 personnages dans Le Drame de la vie. Il convoque souvent le 3 et le 8, et ces bombardements de chiffres participent de ce qu'Odile Quirot appelle son "travail de déstabilisation et d'enrichissement de la langue". Il aime l'accumulation, la litanie. "Je suis attiré par les derviches tourneurs. Je suis allé les voir à Konya, en Turquie. Je suis fasciné par un tel tournoiement. Dans l'écriture, je recherche un tournoiement des mots."
Au théâtre, cet aventurier du langage, qui aime le côté physique des mots, du souffle, des voix, trouve un espace à sa mesure. "Les spectacles que j'essaie de faire, ce sont des cathédrales de souffle. Mon père a beaucoup construit. Moi, je construis des architectures d'un soir." Le corps-à-corps de l'acteur avec le texte, mais aussi avec le public, lui est essentiel. "Le théâtre est un lieu de don, de part et d'autre du plateau. Le spectateur est assis, il reçoit, mais c'est aussi un aventurier intérieur, dont le voyage peut aller très loin. Le public construit la pièce."
France Culture consacre de nombreuses émissions au Festival d'Avignon. Du 25 juin au 20 juillet, le critique de théâtre Bruno Tackels fait revivre l'histoire de la manifestation, qui fête son 60e anniversaire, avec Le Feuilleton d'Avignon (publié aussi dans Les Voix d'Avignon, livre et CD, Le Seuil).
Du 7 au 15 juillet, la radio sera en direct de la Cité des papes, pour une série de lectures originales. Elle a commandé des écrits à plusieurs metteurs en scène marquants de cette année, dont Valère Novarina. En hommage au dramaturge allemand Heiner Müller, Jeanne Moreau et Sami Frey liront sa pièce Quartett, dans la Cour d'honneur du Palais des papes. 
"A voix nue", du lundi 25 au vendredi 29 juin, à 11 h 30. Émission disponible pendant une semaine sur le site de France Culture.» (Catherine Bédarida, Le Monde du 24/06/2007)

lundi 25 juin 2007

La fibre optique dans l'immeuble

Pour enquête climatologique, j'ai relu mes 25 juin de 2004, 2005 et 2006. Il pleuvait en 2004, pas en 2005. Quant à 2006, on ne peut pas le savoir, sauf à se fier à la photo, parce que l'attention était détournée par des événements intra-réticulaires... Ce qui amène à une autre étude d'atmosphère, celle du journal lui-même, dans une période de forte houle. Un an après — longue période pour l'évolution de l'internet — on peut peut-être constater les changements...
Quand j'écrivais que « dès que vous êtes connu dans un réseau social et que votre situation dépend d'un état d'équilibre entre des personnes, vous ne pouvez plus vous exprimer librement », je n'imaginais pas à quel point ça pouvait se vérifier. Jusqu'en 2004-2005, la parole jouissait encore d'une certaine indépendance vis-à-vis de l'identité : vous pouviez vous exprimer librement ici ou là en tant que vous-même ou sous pseudo, et le contenu avait l'air d'importer au(x) lecteur(s) plus que la signature. Mais dès 2005-2006, avec la généralisation du courrier électronique, son accès au rang de courrier officiel des administrations, avec le développement massif des blogs professionnels, institutionnels, journalistiques et médiatiques, avec le développement des inscriptions préalables et des accès aux commentaires par identification du pseudo, un double mouvement s'amorce : d'une part les commentateurs vont où ça rapporte en terme d'image (et où les centaines de messages qui déferlent en quelques heures produisent leur propre illisibilité) et ne vont plus où ça ne sert à rien (comme ici, et je ne m'en plains pas), et d'autre part les identités deviennent des informations sensibles que l'on n'engage plus à la légère (avec ou sans pseudo, puisque même le pseudo comporte des risques).
Sur tout cela, je ne peux rien. Sauf le constater. Pas même juger. Et me demander si je fais les bons choix épistémologiques en interprétant d'une façon plutôt que d'une autre... Mais dans tout cela, comment a évolué mon projet initial ?

Finalement, c'est un temps d'octobre, frais, humide, gris, sans intérêt.

Mes retards : nouvelle émission des Mardis littéraires sur Hélène Bessette, avec son éditrice (salut, Laure !). Une moitié de Ce soir ou Jamais de jeudi dernier, la première, excellente, avec Edgar Morin discutant avec de jeunes intellectuels (mieux qu'en octobre dernier avec Finkielkraut, dont Frédéric Taddeï repasse exprès une séquence du 5) — pour la seconde moitié, pas le temps, et comme on m'a prévenu, je me la réserve pour un soir de la semaine (on va d'ailleurs avoir le temps d'en revoir quelques-unes...). Deux Du jour au lendemain : avec Jacques Dupin (15 juin) et avec Philippe Bonnefis, sur Maupassant (19 juin). Enfin, un beau Contresens poétique surpris par la nuit...
Entre les enregistrements, plus ou moins écoutés, un peu de ménage et de rangement, la préparation du déjeuner avec T. qui surveille en même temps les travaux d'installation de la fibre optique dans l'immeuble (tout arrive !), une bonne dose de lecture du lapidaire Magnus, une sortie entre les gouttes jusqu'à l'agence de voyage pour payer et prendre nos billets d'avion (ils sont beaux !). Et une surferie décousue : par Bakelith où je retrouve des informations sur l'opération Estuaire 2007 que j'espère aller voir, par Grapheus tis revenu à terre, par Blogofil qui annonce Saint-Simon et par le Tiers Livre qui publie des chroniques au format e-Book (surprise, d'ailleurs, d'y trouver feu mon chapelier élevé au rang de syndrome — merci, François !).

Il y a LA nation et LA nationalité
Il y a L'Assemblée nationale
Il y a LE passeport national
Il y a LE territoire national
Il y a L'hymne national
Il y a LA Fête nationale
Et même LE Mobilier national
Il y avait LE Service national
Il y a LA carte nationale d'identité
Mais il y a DES routes nationales
DES musées nationaux
DES Archives nationales
DES Écoles nationales
DES Célébrations nationales
DES Haras nationaux
DES Parcs nationaux
DES quotidiens nationaux.
— Et toutes ces choses ont été construites
selon les cas au singulier ou au pluriel
Il est maintenant question de fondre plus de 60.000.000 d'identités nationales
en UNE SEULE identité nationale
dont on attend la définition...
Mais n'oublions pas que de tels mouvements nationalistes ont déjà eu lieu.

« Adam cependant découvre au fil des jours les dessous de la famille Schmalker, et, par extension, la face cachée de ce Reich que célébrait sa mère et que son père a servi avec une abjection zélée. C'est Lothar qui l'instruit progressivement des faits, étonné de constater à quel point l'enfant a été maintenu dans l'ignorance de presque tout, et aussi combien il s'est complu dans cette fausse ingénuité, même s'il en devine la cause. Le temps des fables est révolu [...]
La réalité le rattrape donc enfin au collet, dans une ville étrangère, au sein d'une famille émigrée meurtrie en profondeur par la cruauté forcenée qui a sévi dans leur pays d'origine, et à laquelle certains de ses propres membres ont collaboré.» (Sylvie Germain, Magnus, p. 55-56)
Le temps des fables est certes révolu pour l'enfant, mais il ne l'est par pour le lecteur. Car le texte qui nous est donné à lire, tout intéressant qu'il soit, reste une fable, et pas un roman. Parce que l'écriture de la nomination des gens, des choses et des événements, en gardant cette distance de la fable qui interdit l'accès direct soit au vécu (fictif mais ressenti), soit au discours intérieur des personnages, ne met pas le lecteur en position d'acteur des transformations.
Et c'est vraiment dommage parce que je trouve l'intrigue formidable !

dimanche 24 juin 2007

Pendant que son fils assemble du train

Langue de loup en bonnet de grand-mère (ou l'inverse).
Tandis que j'enregistrais Répliques d'hier d'une oreille blasée, ayant déjà entendu cent fois ces arguties finkielkrautiennes, habilement fourrées de mélasse philosophique, et n'ayant pour effet, sinon pour fin, que de brouiller définitivement les pistes d'inassumables quoiqu'évidentes positions réactionnaires, Cusset et Taguieff à leur tour englués volontaires, je me suis aperçu que deux séries fort intéressantes des Belles captives littéraires étaient venues s'ajouter depuis mai, sur le canal des Sentiers de la création, à celle sur Quignard, déjà enregistrée. Il s'agit de deux émissions sur et avec Lydie Salvayre et de deux autres sur et avec Charles Juliet.
J'ai vite changé le micro d'angle.

Rendez-vous à 13 heures — pluie légère mais persistante — dans un restaurant chinois de Jimbocho avec Kazuo Kiriu et une bonne dizaine de ses anciens étudiants pour un déjeuner post-festivités — où il n'est cependant question ni de Balzac ni de Sand, ce que je regrette un peu, tout de même. Mais très bonne ambiance, T. et moi nous amusons bien, en évitant les excès d'un excellent menu.
On se translate de deux centaines de mètres pour le café, au Klein Blue Gallery and Café, où l'expresso n'est pas fameux et l'extracteur de fumée défaillant (ce qui est très dangereux pour les sinus de T.).

Marche digestive tous les deux jusqu'à Korakuen, en passant devant le Tokyo Dome et des salles où l'on voit — je n'y avais jamais prêté attention — des dizaines d'enfants et de parents tester des jeux (une idée pour un dimanche, Manu ?). Ah, la rêverie de ce père en chemise claire pendant que son fils assemble du train !
Nous faisons quelques courses au Seijo Ishii (camembert, confiture, céréales, mangues, ce qu'on ne trouve pas dans un supermarché de quartier) et rentrons vite fait.

Inspecteur Lavardin (Chabrol, 1986) sur TV5, que je regarde pour la quatrième ou cinquième fois, toujours avec le même plaisir.

« Le père se montre préoccupé depuis quelque temps, il tient de longs conciliabules avec la mère, ou avec certains de leurs amis tout aussi rembrunis. L'enfant est tenu à l'écart de ces conversations dont il saisit cependant des bribes. Parmi les mots qui reviennent souvent dans les discussions, il y en a un qui l'intrigue et l'inquiète : typhus. Les malades que soigne le docteur Dunkeltal succombent par milliers à cette infection.
[...] Clemens Dunkeltal, lui, ne confond rien et il prend avec une aigre lucidité la mesure du danger qui croît. De jour en jour lui et ses amis perdent de leur superbe, il leur vient une nervosité croissante, un air traqué et hargneux. [...] tous changent soudain leur façon de s'habiller, de se saluer, de se comporter. Ils abandonnent leurs uniformes si imposants, leurs saluts bruyants et solennels, ont le verbe moins haut et la démarche moins martiale.» (Sylvie Germain, Magnus, p. 25-26)

Le point de vue de l'enfant, donc. Par définition, il est anhistorique et apolitique. Les différences qu'il perçoit n'ont pas de sens absolu, social, humain. Les mots sont presque neutres et il faut relire ces quelques pages plusieurs fois pour comprendre qui pouvaient être ses parents. L'aspect distant et juste nominatif des gens et des choses, sans entrer dans les détails, me gênait. J'en comprends maintenant la nécessité.
Et pour un point de vue d'enfant, et entrant dans le détail jusqu'au fond, il y a quand même dans ma mémoire L'Opoponax, indépassable introspection de Monique Wittig... Quand est-ce que Minuit le ressortira en collection Double, celui-là ?

samedi 23 juin 2007

Pas les musiques de fond

Programme prévu : rien en matinée, déjeuner au Saint-Martin, fête de la musique à l'Institut franco-japonais.

Et là, T. me sort un double brelan d'as : d'abord qu'elle a trouvé du moisi dans un placard, et ensuite qu'elle doit aller au temple dans l'après-midi pour la commémoration du 800e anniversaire de sa fondation !
(Tant et si bien qu'à la fin, il n'y aura pas de fête de la musique pour nous. Pardon à Manu que je devais y retrouver...)

Gantée et masquée, elle commence à nettoyer, récurer et désinfecter le placard de l'entrée, déplaçant toutes les chaussures sur le balcon (j'ai oublié de dire qu'il fait grand soleil — oubliez la saison des pluies !) et me laissant tout ce qui reste dedans pour l'après-midi. Pendant ce temps, j'enregistre les cinq derniers épisodes du feuilleton de L'Étranger de Camus. Je m'occupe de divers courriers et je poste un message pour Litor, une fois n'est pas coutume. Très simple, très sobre, juste quelques adresses, pêchées dans la semaine :

Site Claude Mauriac :
http://www.claudemauriac.org/

Actualité du Réseau Modiano :

http://perso.orange.fr/reseau-modiano/index.htm

Feuilleton radiophonique de
L'Étranger, d'Albert Camus :
Du 11 au 22 juin, accès par la page des archives des feuilletons :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/feuilleton/archives.php

"Ne les appelez plus francophones", par Pierre Assouline :
http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/06/21/ne-les-appelez-plus-jamais-francophones/

L'AutoKteb d'Abdel, blog consacré aux logiciels romanesques et aux outils de cyberlittérature :
http://autokteb.org/

Le Banquet du livre, 11220 Lagrasse
Du 3 au 10 août 2007 : la nuit sexuelle, compagnies de Pascal Quignard
http://www.editions-verdier.fr/banquet/

Au Saint-Martin, on change un peu nos habitudes, T. prend moules-frites et moi poisson-frites, ce qui n'est pas au menu, mais on le fait pour nous. D'ailleurs, ça attire des clients. Yukie le sait bien. D'autant que j'ai mis mon T-shirt tous les jours c'est l'enfer (毎日が地獄です) qui fait rire ou fuir les Japonais...
Après, je passe à la médiathèque de l'Institut pour rendre un livre sur la Corse (Guide bleu, pas terrible) et en prendre un autre.
Quand T. part, je m'occupe du placard.
On se retrouve à 16 heures à Office Depot d'Ichigaya, pour des feuilles spécialement destinées à l'impression de cartes de visites (à découper selon les pointillés, c'est comme ça que je fais nos meishis depuis des années). On passe à la librairie pour des cartes de randonnée, puis on fait une pause au café.
En revenant, on décide de passer voir des poissons. En contrebas des quais du JR Ichigaya, dans ce qui était le deuxième canal de protection du Palais impérial, il y a une zone de pêche et une boutique de poissons pour aquarium. Depuis des années qu'on habite dans ce quartier, on n'y est jamais descendu. Et ce n'est pas faute d'y avoir regardé, en passant. Des centaines de fois, même, parce qu'on est souvent dans le train qui passe au-dessus, aussi.
Les poissons en aquarium, ça m'indiffère passablement. En tout cas, ça ne me viendrait pas à l'idée d'en acheter. Mais les bassins de pêche en contrebas du quai et des voyageurs, ça, ça m'a toujours intéressé. Photographiquement, surtout. J'ai essayé pas mal de fois, du pont, du trottoir. Mais les prises de vue m'ont toutes déçu. Et jamais pensé à descendre. Cette fois, je visite avec T. et prends quelques photos. Malgré le jour déclinant, ça marche plutôt bien et je suis finalement très content de celles proposées ci-contre.

Tomates-mozzarella au dîner, avec du basilic du balcon. Ayant vanté Chaos, de Coline Serreau, à T., je le regarde avec elle. Et non seulement, ça tient bien au second visionnage, mais ma conviction que c'est un excellent film se renforce. Et que c'est un engagement multi-couches : marivaudage dans les amours de jeunesse, histoire de la jeune fille à rebondissements façon Casanova, aspect docu-fiction ultra contemporain par caméra-vidéo et musique de fond (moi qui n'aime habituellement pas les musiques de fond...).

vendredi 22 juin 2007

Principe d'incertitude et de tâtonnement

La saison des pluies a peut-être daigné commencer. Je dis peut-être parce qu'on y avait cru la semaine dernière, après un jour de pluie, et puis dès le lendemain, plus rien. Enfin, du soleil, quoi. Or, c'est nécessaire qu'il pleuve, au moins si on ne veut pas se ruiner pour manger des salades.
Ce matin, le sport, c'est à la maison, grandes transformations d'intérieur. D'une chaîne hi-fi achetée il y a près de quinze ans, je récupère l'ampli et le tuner radio, abandonnant la platine 5 CD, en panne depuis longtemps, et le meuble Sony à porte vitrée, beaucoup trop grand pour les appareils d'aujourd'hui. Nouvelle installation dans une autre pièce, ça veut dire aussi tous les fils électriques, rallonges, les meubles à déplacer, le ménage à faire de toute la poussière remuée. La matinée y passe. Tout le monde connaît ça, je suppose.

On sort les grands parapluies, David et moi, pour aller déjeuner au Downey. Faisons le point sur le nouveau gouvernement. Daubant ceux qui n'en sont pas, ou plus. On est d'accord sur la poudre aux yeux médiatiques. Pour David, ce qui se produit est exactement l'inverse de ce qu'aurait fait Bayrou : bâtir une action en concertation avec les bonnes volontés. Tandis qu'on a une foire aux vanités pour ne faire que les quatre volontés d'un seul homme. Ça porte un nom d'ailleurs, ça s'appelle dictature.
Je vois d'ici les haussements d'épaules. On en reparlera à la rentrée d'automne, si vous voulez.

Ignorant que de nombreux trains ont été bloqués en banlieue de Tokyo (ce que T. m'expliquera au dîner), je vais prendre le shinkansen, trouve de la place dans le premier qui passe et arrive à la maison à l'heure, après écoute de deux docu-fictions de la semaine dernière : Sables mouvants, du 12 juin, enquête sur une donneuse de Juifs pendant la guerre, excellemment modianesque dans son principe d'incertitude et de tâtonnement, et Cœur de cible : des consultants au travail, du 11, plus fouillis et moins percutant que ce que j'avais cru en écoutant d'une oreille distraite lors de l'enregistrement.

Dîner tranquille et pas de cours à préparer. Bonheur de lecture avec les commentaires de Danielle Girard sur Flaubert (et le canapé flaubertible, précisément : 1, 2, 3, 4, 5, si vous n'êtes pas abonné(e) au fil RSS des commentaires).
Je me couche tôt avec un livre de Sylvie Germain, dont l'entame ne m'intéresse pas beaucoup, me semble banale. Mais pas de jugement, bien sûr. On verra demain.

« Tant pis pour le désordre, la chronologie d'une vie humaine n'est jamais aussi linéaire qu'on le croit. Quant aux blancs, aux creux, aux échos et aux franges, cela fait partie intégrante de toute écriture, car de toute mémoire. Les mots d'un livre ne forment pas davantage un bloc que les jours d'une vie humaine, aussi abondants soient ces mots et ces jours, ils dessinent juste un archipel de phrases, de suggestions, de possibilités inépuisées sur un vaste fond de silence. Et ce silence n'est ni pur ni paisible, une rumeur y chuchote tout bas, continûment. Une rumeur montée des confins du passé pour se mêler à celle affluant de toutes parts du présent. Un vent de voix, une polyphonie de souffles.» (Sylvie GermainMagnus, Paris : Albin Michel, 2005, p. 12)

jeudi 21 juin 2007

L'assiette des égoïsmes

C'est l'été ! Le jour de Flore !
Ça me fait toujours penser à Cléo de 5 à 7, à Varda, à la rencontre, au nouvel amour...

Modestement, j'ai eu moi aussi cet enthousiasme du piou-piou pour le jour le plus long. J'ai gaillardement animé le cours de première année sur le calendrier, habituellement plat, en partant de l'été, des saisons, de leurs dates à retrouver sur un calendrier (et totalement ignorées des étudiants), des climats inversés selon l'hémisphère, après avoir dessiné une planète sommaire, puis en traitant des fuseaux horaires, de la ligne de changement de date, des saints et des fêtes du calendrier français. Et, sans remonter jusqu'au dur lit d'ennuyeuse pensée de Charles d'Orléans, au chant d'Ophélie sur la virginité (Hamlet, IV, 5) ni au mystérieux poème de Poe, j'ai fait parler les étudiants de ce qu'ils et elles connaissent : la Saint-Valentin au Japon, la folie dans les grands magasins, la chocolaterie sonnante et trébuchante que c'est devenu, avec un jour de réciproque, un mois plus tard, quand, de celles qui lui ont fait un cadeau, le jeune garçon n'offre de présent qu'à sa préférée...

« Ces vers sont écrits pour celle dont les yeux lumineux,
Aussi brillamment expressifs que les jumeaux de Léda,
Trouveront son tendre nom niché au creux
De cette page, masqué à tout lecteur.
Fouillez attentivement ce morceau, qui contient un trésor
Divin — un talisman — une amulette
Qui sur le coeur se doit porter. Scrutez bien la mesure,
Les mots, les lettres elles-mêmes. N'omettez pas
Le plus futile détail ; votre peine sinon serait perdue.
Pourtant il n'y a pas, ici, de noeud Gordien,
Qu'on ne saurait trancher sans coup de sabre,
Si l'on entend seulement le secret dessein.
Enchâssé dans les mots de cette page que scrutent
Des yeux impatients, gît, perdu, dis-je
Un nom familier, souvent prononcé, à portée
Des poètes, par des poètes : car le nom est celui d'un poète aussi.
Ses lettres, bien qu'elles mentent naturellement
Comme le chevalier Pinto (Mendez Ferdinando),
Sont pourtant synonymes de Vérité. Ne cherchez plus !
Vous ne résoudrez pas l'énigme, même en faisant de votre mieu »
(Edgar Allan Poe, Pour la Saint-Valentin, in Poèmes, traduits par Charles Baudelaire)

Mais, après mes trois cours, dans la tranquillité vespérale du campus, c'est un autre film que j'ai regardé. Et qui, de justesse et de force, m'a scotché. Chaos, de Coline Serreau (2001), entrelace divers problèmes contemporains et les traite tous en même temps — comme on est obligé de faire dans la vie. La vie absurde de frénésie affairiste que mène un couple aisé, oui, ça me parle. Et l'intrusion de la honte et de la culpabilité qui déstabilise l'assiette des égoïsmes toujours plus hypocrites, oui, ça me parle aussi. Il est certes tiré par les cheveux qu'une jeune femme tout juste bachelière, évitant de justesse le mariage forcé pour tomber prisonnière d'un réseau de prostitution, acquière ensuite des compétences dans la finance, gruge ses geôliers et s'en venge avec succès — mais l'idée est tellement belle, tellement romanesque, et tellement imposée par le rythme du film, qu''il vaut mieux n'y pas résister. Me plaît aussi que ce soit un film engagé, partial, féministe !

Rien pu faire, après ça. Que dîner léger, regarder le pénible Ce soir ou Jamais de mardi et aller me coucher (à la télé japonaise, n'ayant pas eu la force de lire, je zappe un énième film de paramilitaires allant sauver je ne sais qui dans je ne sais quelle jungle industrielle, je ne finis même pas, je dors déjà...)

mercredi 20 juin 2007

Le danger étant de trop

Onze heures vingt, je n'irai pas loin.

Après lecture du commentaire de Jenbamin au billet de samedi dernier, je me dis qu'en effet peu d'enseignants ou de conférenciers pensent eux-mêmes à s'enregistrer (alors que ce ne sont pas les appareils qui manquent). Certains diront — fielleux ou sans jugeote — qu'on ne le fait que par vanité ou narcissisme... Qu'il vaudrait mieux ne pas... Et je le pensais aussi, jusqu'à ce qu'un autre constat (et la jugeote) prenne le pas sur cette prévention. C'est qu'en fait, je ne lis pas exactement mes notes (et mes pires cours, il y a longtemps, furent ceux où j'avais tout écrit d'avance). De plus en plus, après avoir beaucoup lu, écouté, noté, les notes que je prends deviennent comme les accords ou les bribes de mélodies qu'un jazzman se promet d'insérer dans son improvisation.
Il y a longtemps, donc, en Sorbonne, comme on dit, je m'étais aperçu qu'il m'arrivait de dire en cours quelque chose à quoi je n'avais pas du tout pensé en préparant, que c'était venu soudainement, pas de nulle part mais que je ne pouvais plus, par la suite, retrouver précisément l'enchaînement des idées que j'avais moi-même suivi. C'était bien (à mon avis), mais c'était perdu. Comme si, d'entre les notes préparées et les pensées en formation, quelque chose se précipitait et se cristallisait du fait d'être mis dans le feu de la parole — une parole en scène, devant public, avec le risque de la parole hasardée, et le plaisir qui l'accompagne. Jusqu'à comprendre que c'était précisément ce risque de la parole hasardée, pour le plaisir qui en émanait, qui mettait mes neurones dans un état d'excitation, de fête et de concentration qu'aucune séance de travail solitaire ne savait provoquer.
Le danger étant de trop s'écouter, il faut un public exigeant.

Ce matin, je cherchais des petites phrases pour une dictée phonétique. Dans un manuel pédagogique. C'était niais. Et puis je me suis dit que deux vers ou un petit extrait de poème, bien choisi, ça ferait mieux l'affaire... J'ai cherché, et j'ai trouvé ! J'ai donc dicté, pour écriture uniquement en phonétique (ils savent le faire, maintenant), avec devoir de transcrire en français pour la semaine prochaine :
« Toute cette lumière, / C'est à toi comprends donc, et c'est toi qui l'éteins ! / Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.» (Sans tricher, de qui c'est ?)
Où l'on trouve des alternances é / è, ein / an / on, b / v et r / l, qui constituent l'essentiel des problèmes du français pour les Japonais... (Désolé, je n'ai pas de police phonétique pour le web.) Bien sûr, j'ai corrigé la phonétique au tableau et fais faire les exercices articulatoires (où l'on rit beaucoup). Rendez-vous la semaine prochaine.

Le gouvernement qu'on nous annonce est un vrai jeu de poker. Un homme portant cigare bat les cartes, abat les figures sur la table et lance que... les jeux sont faits. Et les Français aussi — comme des rats. Les gratte-papiers sont aux anges : la carpe et le lapin, les deux Noires de la politique mondiale, l'entraîneur en présélection, les vestes roses retournées, tout leur est pain bénit, tout leur tape dans l'œil. À peine quelques-uns pour dire qu'on attend l'action. Et la réaction. Je suis de ceux-là. Pas dupe. Et pas seul.

Ce soir, les Amitiés maléfiques, film d'Emmanuel Bourdieu (2006), prêté par un collègue. Je le recommande chaudement si on aime les jeunes gens dans l'instant de bascule entre leur formation et leur choix de vie, si l'on aime voir tomber un dominant mythomane. Paradoxalement, je le recommande moins pour ce qu'il montre du monde littéraire : un mandarin un peu veule, un jeune auteur vite récompensé, des filles godiches et potiches. De l'université à la maison d'édition, c'est tellement elliptique que ça en devient invraisemblable.

« 1. S'IL FAIT TRÈS NOIR SUR LA CÔTE OUEST, DESCENDS LES CHALOUPES AVEC TES GRIFFES CHAUDES !
2. SI LA PLUIE TE RAVAGE LES YEUX, ATTENDS LE TREIZIÈME COUP DE MINUIT !
3. SI AUTOUR DE TOI TOUT LE MONDE S'EST PENDU
ARRACHE-TOI LA TÊTE AVEC LES DENTS ! »
(Maria Soudaïeva, Slogans, p. 81)

Or, il est déjà minuit vingt...

mardi 19 juin 2007

Tout crin échevelé qui ne peut

Dans le train, après mes corrections de copies, je méditais sur la fin d'Arrêt sur images (avant de regarder la dernière, le soir). On peut certes croire à l'argument invoqué d'une formule usée, ou inversement à celui d'un coup d'arrêt de tout en haut, mais j'incline plutôt à penser que c'est la personnalité de Daniel Schneidermann, indépendamment de l'émission, qui pose problème, et peut-être pas qu'à moi. J'ai souvent apprécié (et recommandé) l'émission, ses sujets, ses traitements de l'actualité médiatique, ses chroniques. Et presque aussi souvent, dans le même temps, je ressentais un inexprimable désagrément, une sorte de désapprobation, même, à cause de l'attitude doucereusement arrogante de DS. Le tournant — ma prise de conscience de cela — a dû être l'émission avec Denis Robert, en mai 2006. Cela s'est confirmé par la suite en lisant son blog, avec l'impression d'avoir affaire à un mégalomane frustré dont le comique tombe souvent à plat, parce qu'il vient d'abord d'une aigreur rentrée. Du coup, je ne le lis pas souvent. Toutefois, c'est quand même mieux écrit que Vive le Feu, que j'ai arrêté tout à fait, et depuis pas mal de temps. (Il doit y avoir un point où l'on passe de la critique raisonnée et efficace — et forcément mesurée — à un tout crin échevelé qui ne peut être qu'explosion de frustration ou mégalomanie — tiens, ça me rappelle des propos de... Denis Grozdanovitch...)
Malgré cela, je le dis sincèrement : je regretterai beaucoup Arrêt sur images, pour ses contenus et ses chroniques. Le tour de table avait quelque chose de l'Assiette anglaise, qui fut, dans ma jeunesse, une des émissions qui me marqua le plus, par sa pertinence, son élégance et sa décontraction.

Cherchant Grozdanovitch dans mes pages, j'ai vu aussi qu'il y était question de Modiano. Ça m'a fait souvenir que j'ai reçu il y a quelques jours des infos du Réseau Modiano sur son prochain livre, qui sortira en octobre et s'appellera debordesquement Dans le café de la jeunesse perdue.

Au cours de conversation, dans une salle de cours où chaque étudiant peut disposer d'un ordinateur, j'en arrive enfin à des activités d'auto-apprentissage. Il a fallu des semaines pour leur faire acquérir interactivement quelque méthodologie de recherche sur le web, mettre en place quelques automatismes et trucs à ne pas oublier (la recherche avec guillemets, l'ouverture de résultats dans d'autres fenêtres, les passages du clavier japonais au clavier français, les limites de Google ou de Wikipédia, etc.). Aujourd'hui, chaque groupe de trois a choisi une région à présenter. Les régions choisies sont : PACA, Normandie (les deux), Limousin et Pays-de-la-Loire. La semaine prochaine, chaque groupe présentera à tour de rôle et sur grand écran, l'histoire et la géographie de sa région. Dix minutes de présentation, dix minutes de questions. La semaine suivante, économie et industrie. Puis, tourisme et spécialités régionales. On finira avec la culture et les célébrités régionales.
Le plus difficile, pour un cours animé (comme pour un plateau de télé), ce n'est pas le thème, c'est le dispositif (et j'en ai foiré, des cours, depuis quinze ans, avant de savoir un peu y faire...).

Ce soir ou Jamais de jeudi dernier au dîner. Propos mesurés et intelligents sur le G8 et les puissances émergentes, notamment d'Hubert Védrine. Content aussi de voir Robin Renucci ! Mais pour l'entendre, il faut attendre la fin — c'est un peu dommage. Je crois que je verrai la Corse avant son film...

lundi 18 juin 2007

Épluchées et cuites

Jour de repos et de japonais. Avec une histoire de la Révolution française en bandes dessinées pédagogiques en japonais. Si si, ça existe ! Les termes recherchés dans le dictionnaire électroniques seront disponibles dans la semaine pour apprentissage des kanjis alors que le livre restera ici... À moi de jouer.
Petite sortie pour petites courses. Au supermarché Hanamasa, il y a des asperges blanches, pas chères. Épluchées et cuites, elles sont excellentes, dans une grande salade avec pamplemousse, tomates, concombres, laitue et cottage cheese. Et d'excellents chateaubriands (comme une fois toutes les six semaines environ).

Ma radio doit être déréglée, je n'entends pas la voix de notre président de la république française, ces jours-ci...

Au Japon, on patauge dans le scandale du siècle. Pensez donc : l'administration (et je ne sais qui en son sein) a perdu les références et/ou les dossiers de près de 50 millions de personnes ayant des droits à la retraite. On a numérisé partiellement des données et fait disparaître les documents physiques, pour gagner de la place et avoir l'air moderne. Maintenant, ils ont juste l'air de ce qu'ils sont : des crétins de technocrates. La lecture des kanjis qui composent les noms et prénoms des gens avait été laissée à l'interprétation des personnes qui faisaient la saisie des données, sans vérification auprès des intéressés ; il n'est donc plus possible de réattribuer les pensions. Sachant qu'un kanji (caractère d'origine chinoise) peut avoir jusqu'à quinze ou vingt lectures différentes en japonais, imaginez ce que donnent les combinaisons de plusieurs kanjis...
On dit d'ailleurs que ces révélations sur des erreurs technocratiques ont été faites ces jours derniers pour que la presse et l'opinion publique se détournent du scandale Matsuoka, du nom du ministre maintenant défunt (suicidé), et qui était, lui, un scandale purement politique (frais exorbitants, marchés truqués).
Un beau pays, décidément !

Après ça, les docu-fictions que proposait du 11 au 15 l'émission Sur les docks offrent de vraies vacances pour les oreilles et l'imagination ! (Notamment Perdus sur Tromelin, île dont j'avais parlé il y a quelques mois avec David...)

Ayant souscrit un partenariat Amazon, il n'était toutefois pas question pour moi d'inscrire où que ce soit le mot librairie dans mes pages. Impossible de commettre cette imposture. S'il l'avait fallu, c'eût été sur un mode dynamique, du style : Lis ! Brais ! Ris !...
J'ai donc opté pour un lien « lire | Voir | Écouter » dans la colonne de droite du blog, vers une page indépendante où sont rassemblés mes choix — avec des liens qui ressemblent de temps en temps à ceci, quand le service Amazon est indisponible...
Mais il me semblait que c'était bien court comme réticulation, et un peu trop à finalité commerciale. J'ai donc rajouté des liens perso, sous la plupart des inserts d'Amazon pour grouper toutes les pages du JLR qui citent l'ouvrage, sur le modèle du lien Canapé flaubertible qui pointe en permanence l'ensemble des notes sur Madame Bovary — ainsi toujours vivante.

Je suis inquiet pour le blog Nico Shark.
Il nous donne (donnait ?) depuis quelques semaines l'une des visions les plus condensées, subversives et comiques de la présidence Sarkozy. J'y ai renvoyé déjà plusieurs fois.
Pointée par Christine dans Lignes de fuite, la page qui s'ouvre ne contient que ceci (aujourd'hui, tout du moins) : « error/gouv/rg/halt.htm ».
Ce qui peut se lire sans difficulté : erreur de page parce que les RG du Gouv ont bloqué l'accès...
Souhaitons que ce soit une facétie, comme dit Christine.

dimanche 17 juin 2007

Qu'on vienne me donner des leçons

Dans la tiédeur estivale de l'après-midi, promenade à pied par Edogawabashi, jusqu'au complexe hôtelier dominant la falaise de la rivière d'Edo, le Four Seasons et le Chinzan-so. Ces hôtels très chics et très kitschs accueillent, notamment le dimanche, des dizaines de mariages, qui constituent l'essentiel de leurs revenus (banquets, boutiques pour listes de mariage, etc.), alors qu'en semaine et en passant par une agence de voyage on peut y résider pour un prix raisonnable, un peu comme ce que nous avions fait, T. et moi, à Yokohama, quand nous étions allés nous occuper de son père à l'hôpital.
Déambuler dix minutes dans ces galeries trop lourdement luxueuses, entre ces gens guindés et maladroits, à la recherche des toilettes, tout simplement, finit par nous peser et nous nous empressons d'en ressortir pour entrer à quelques mètres de là dans ce qui était notre objectif de la journée, le magasin de jardinage, plantes, graines et pots, pour des idées. Et il y a de quoi faire, car c'est très grand. Pour ceux que ça intéresse, c'est donc à côté des hôtels et en face de la cathédrale de Tokyo. Puis continuons la promenade jusqu'à Mejiro, en passant devant l'université Gakushuin, que T. et moi connaissons bien. Nous sustentons un peu au Denmark Cafe avant de rentrer à la maison.

Il faudra dater de ce dimanche quelques changements... Discutant de notre situation complexe et quasi précaire (entre deux villes, l'un titulaire l'autre pas, etc.), nous faisons, T. et moi, des projets qui pourraient à terme, d'ici un an ou deux, favoriser Nagoya au détriment de Tokyo. L'augmentation régulière des impôts et prélèvements — ce qu'on appelle communément la pression fiscale — oblige à réfléchir à la nécessité d'être imposables tous les deux. La défaveur extrême du taux de change m'amène à penser que des revenus en euros ne seraient pas une mauvaise chose — mais quoi faire ? Lancer de bouteilles.
À la suite d'une discussion avec un ami avisé (qui en vaut bien deux), je décide de passer dès aujourd'hui à l'action, en commençant par la prescription d'ouvrages via Amazon, dont il était d'ailleurs question hier dans Masse critique, avec Xavier Garambois. Point de bandeaux ou d'icones dans les billets du JLR, rien de tape-à-l'œil ni de systématique, mais des liens qui mènent clairement à la librairie, celle que j'utilise depuis des années, et dont je suis très content, livraisons à l'étranger comprises. J'attends d'ailleurs qu'on vienne me donner des leçons de civisme sur la défense de la petite librairie. Je renverrai des coups de chapeau.
En guise de test, j'ai mis des liens partenaires dans les pages d'avant-hier et d'hier, sur Catherine Malabou, Laurent Quintreau et Jean-Daniel Pollet. Ça marche, je crois. J'aurai quelques centimes d'euro pour chaque achat effectué par ces liens. Et à mon avis, ça va pas faire lourd.

Dans le bain et après, je finis d'ailleurs le Quintreau, avec le même plaisir que j'ai eu à le commencer, et pendant. J'avais souhaité que ce soit plus copieux, puis compris que ça ne pouvait l'être pour des raisons de vraisemblance. Je sais maintenant que c'est aussi une limite structurelle du procédé. Si cela se prolongeait encore, le systématisme du flux de conscience et le taux de redondance des informations dans le circuit fermé de la réunion de cadres deviendraient ennuyeux. L'auteur a donc atteint le point paroxystique qu'il s'était fixé, je suppose, en sortant symboliquement par le paradis de la conscience d'Alighieri.

Saluons la parution d'une intéressante revue de critique génétique, Rectoverso. Ainsi qu'un billet engagé, encore un, de François Bon, sur l'édition en passant par le Marathon des mots. Si on veut parler d'avenir et de réseaux, comme tout dans ce billet, on peut aussi écouter la très très intéressante émission Terre à Terre de samedi matin, sur les équivalents japonais des Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (AMAP). Nous qui avons un contrat teikei pour recevoir chaque semaine des produits alimentaires, nous pouvons dire qu'en effet ça marche.

samedi 16 juin 2007

L'une d'elles pointe vers notre fenêtre

Canapé flaubertible, fin provisoire.
Pas résumable.


Après ces efforts démesurés (tenir les fils essentiels du roman, d'une part, résumer le propos de Jacques Rancière, d'autre part), je vais avec T. toucher ma récompense, au Saint-Martin, sous la forme d'un plat de merguez-frites que suit, pour une fois, une glace à deux boules. Yukie a eu le temps, depuis une ou deux semaines, d'y repenser et elle nous donne quelques conseils, quelques souvenirs personnels sur Bastia et Saint-Florent. La prochaine fois, je prends des notes.
Sieste et lecture de Quintreau. Fatigue. Ai oublié d'emporter un livre de Sylvie Germain. Elle sera à Tokyo dans moins d'un mois... Oublié aussi — acte manqué, sans doute — de dire qu'hier j'étais passé avec David au service médical pour y retirer les résultats de mon contrôle. Et qu'un docteur nous a commenté les résultats, soulignant une petite tendance au cholestérol... Mais c'était... en octobre (j'attendais qu'on m'envoie les résultats alors qu'il fallait passer les chercher...), avant que T. et moi faisions évoluer notre mode d'alimentation. Il faut également que j'aille passer une coloscopie.

« [...] le mois dernier, impossible de rejoindre Bart dans sa villa du Yucatán à cause d'un crise d'angoisse, obligé de rebrousser chemin à l'aéroport en prétextant une sciatique, visions d'horreur de serpents, d'araignées qui me rentraient par la bouche, le nez, les oreilles, sueurs froides, intestins en feu, peur panique de gober des bactéries mortelles dès ma sortie d'avion, pourvu que personne ne vienne jamais à l'apprendre, je vois d'ici le sourire narquois des salariés, des concurrents, de l'international, des actionnaires et les encadrés assassins dans la presse professionnelle, la vérité révélée sur la phobie de Jean-François Rorty, président de l'agence KLF, il n'a jamais mis les pieds sous les tropiques parce que la peur des serpents et des araignées lui donne la colique [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, p. 90)

Moi aussi, je vois des branches d'acacia pendant que j'écris. Et c'est amusant, quand il y a du vent. Elles se balancent et aucune feuille n'a exactement le même mouvement que ses voisines. L'une d'elles pointe vers notre fenêtre et les branchages adjacents offrent en rond un dégradé de verts, plus sombres dans la distance.
Bientôt deux ans...
T. ramène de notre balcon quelques petites tomates qui iront dans la salade du dîner. Elles nous regarderont les assaisonner, se diront que nous avons de grandes dents, puis disparaîtront.

À la radio, j'enregistre en série le feuilleton L'Étranger d'Albert Camus, cinq premiers épisodes de dix. Puis je programme l'enregistrement automatique, à partir de 21 heures, des quelques huit heures de lectures du Marathon des mots consacré cette année à Julien Gracq. J'écoute d'ailleurs en ce moment même, ce qui ne permet pas vraiment d'écrire...

vendredi 15 juin 2007

Lui et mon corps — il est difficile de les séparer

« Je comprends aujourd'hui que le concept de plasticité m'est apparu comme apte à nommer un certain arrangement d'être que j'ai accepté au départ sans le comprendre : l'organisation spontanée des fragments. Organisation dont le système nerveux, on le verra, offre aujourd'hui sans doute le modèle le plus net, le plus frappant.» (Catherine Malabou, La plasticité au soir de l'écriture, p. 21)

« Penser, c'est toujours schématiser, passer du concept à l'existence en portant à l'existence un concept transformé.» (Ibid., p. 34)

«