Puisqu'on est dans les oiseaux rares
Par Berlol, samedi 2 juin 2007 à 23:59 :: General :: #657 :: rss
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flaubertible]
Hier tard et ce matin tôt (juste séparés par le Beau Serge — étonnant à revoir — et quatre heures de sommeil), je me suis aperçu, en préparant les notes du cours sur Léon II, c'est-à-dire l'aventure amoureuse d'Emma et de Léon qui ne se sont pas vus pendant trois ans, que j'avais omis de traiter la semaine dernière de la suite de l'aventure avec Rodolphe, après les comices agricoles. J'ajoute donc, en reprenant d'abord l'idée de centre géométrique du roman (p. 202-204), quand Flaubert traite de la régularité et de la fréquence des rendez-vous, point de bascule entre la passion imprévoyante et l'habitude corruptrice — ce qui est très clair dans les termes employés et les micro-incidents qui commencent à se produire. Flaubert va faire chauffer le conditionnel, notamment après l'échec du pied-bot, quand Charles imagine sa petite vie à venir (à sa taille) tandis qu'Emma ne rêve que de voyages paul&virginiesques avec son Roro — lequel songe sérieusement à la plaquer mais tient — en bon bourgeois égoïste qu'il est — à user la corde jusqu'au bout. Un autre qui use et abuse, petit à petit, c'est Lheureux, le fournisseur-prêteur. Remarquons qu'alors que les échecs amoureux ramènent le compteur sentimental d'Emma près du zéro, le compte des dépenses, lui, ne redescend pas, et va continuer à monter, jusqu'en zone rouge. Car Emma ne meurt ni de chagrin amoureux, ni de remords conjugal, que je sache, mais bien de la panique et de la honte sociale qui résultent du surendettement, près de 150 ans avant la loi Neiertz...
Après un an de dépression grave et de lent rétablissement, on suggère à Charles qu'il emmène Emma à l'opéra. Évidemment, la maladie de la passion, comme aurait pu dire Duras, reprend presque instantanément Emma. Elle s'identifie au personnage de Lucie de Lammermoor (de Walter Scott, via Donizetti), puis retrouve Rodolphe dans le chanteur Lagardy, jusqu'à inverser le sens de la projection quand elle croit qu'il la regarde, le chanteur, et qu'elle peut partir avec lui — son « enlève-moi, emmène-moi » ressort le même que 100 pages avant. Et c'est juste là, dans la plaie rouverte, qu'entre Léon.
Au lieu des explications de texte habituellement limitées à un seul passage de quelques pages, c'est aujourd'hui une suite de sauts de puce, au travers de cette centaine de pages, pour suivre les points importants de la narration jusqu'aux épisodes du fiacre, de la mort du père de Charles et des trois jours à Rouen avec Léon. C'est au prix de cette vitesse qu'il est possible d'apercevoir la trame du récit, dans sa tension et son usure.
On finit sur le piège du fiacre. Pas siège. Piège. Pourquoi piège ? Parce que Flaubert ayant choisi de ne pas nous dire ce qui se passait dans ce fiacre lancé dans tous les sens de Rouen et de ses environs, il est évident que la plupart des lecteurs, sinon l'intégralité, pensera qu'Emma et Léon y ont fait l'amour. Et pourquoi pas, d'ailleurs ? Je serai bien aise d'en faire autant !, se dit chacun. Or, même si cette hypothèse est légitime, il faut tout de même savoir que Flaubert faisait mention de la « première possession » en marge d'un brouillon des trois jours à Rouen — et non de la scène du fiacre.
Et puis j'annonce — hier, je tergiversais encore (Modiano, Sarraute, Stendhal, de Beauvoir, Giono...) — que le cours d'automne porterait sur l'Étranger, de Camus. Une œuvre brève pour se remettre d'une œuvre longue, après la jachère de l'été. Et que l'on reviendrait à Flaubert et à l'Éducation sentimentale au printemps 2008.
Déjeuner au Saint-Martin. Sieste héritée de la trop courte nuit. Une partie de l'après-midi à la médiathèque de l'Institut (lecture d'Art Press, emprunt d'un Guide Bleu de Corse et de deux dévédés). À la maison, je regarde Camping (F. Onteniente, 2006). T. en regarde la moitié et constate un petit intérêt ethnologique du film — elle qui ne connaît pas du tout le camping. Et moins l'intérêt comique. Comme moi, quoi. Sauf que moi, j'ai aussi pas mal d'années de souvenirs de camping avec mes parents, en France et en Espagne, et que globalement le film n'est pas loin d'une vérité qui n'est au mieux qu'un pour cent de la réalité — c'est-à-dire qu'il caricature, et dessert en les stéréotypant les nombreuses populations de campeurs qu'il avait, semble-t-il, l'intention de servir. Ce ne serait pas grave si c'était complètement désopilant, mais c'en est loin !
Y'a d'l'oiseau dans l'air...
Enfin, l'intégralité radiophonique de l'Ornithologie du promeneur de Dominique Meens, — soit quatre émissions produites sur plusieurs années — rassemblées cette semaine en quatre soirées de Surpris par la nuit. Moi, j'en avais déjà trois, et je me délecte de la 4e, mise en musique par Francis Gorgé. Je les remercie bien bas pour ces œuvres hors du commun.
Mais il faut aussi — puisqu'on est dans les oiseaux rares — aller récupérer vite fait les 5 premiers épisodes des Pages arrachées à la correspondance de Victor Segalen.
Hier tard et ce matin tôt (juste séparés par le Beau Serge — étonnant à revoir — et quatre heures de sommeil), je me suis aperçu, en préparant les notes du cours sur Léon II, c'est-à-dire l'aventure amoureuse d'Emma et de Léon qui ne se sont pas vus pendant trois ans, que j'avais omis de traiter la semaine dernière de la suite de l'aventure avec Rodolphe, après les comices agricoles. J'ajoute donc, en reprenant d'abord l'idée de centre géométrique du roman (p. 202-204), quand Flaubert traite de la régularité et de la fréquence des rendez-vous, point de bascule entre la passion imprévoyante et l'habitude corruptrice — ce qui est très clair dans les termes employés et les micro-incidents qui commencent à se produire. Flaubert va faire chauffer le conditionnel, notamment après l'échec du pied-bot, quand Charles imagine sa petite vie à venir (à sa taille) tandis qu'Emma ne rêve que de voyages paul&virginiesques avec son Roro — lequel songe sérieusement à la plaquer mais tient — en bon bourgeois égoïste qu'il est — à user la corde jusqu'au bout. Un autre qui use et abuse, petit à petit, c'est Lheureux, le fournisseur-prêteur. Remarquons qu'alors que les échecs amoureux ramènent le compteur sentimental d'Emma près du zéro, le compte des dépenses, lui, ne redescend pas, et va continuer à monter, jusqu'en zone rouge. Car Emma ne meurt ni de chagrin amoureux, ni de remords conjugal, que je sache, mais bien de la panique et de la honte sociale qui résultent du surendettement, près de 150 ans avant la loi Neiertz...
Après un an de dépression grave et de lent rétablissement, on suggère à Charles qu'il emmène Emma à l'opéra. Évidemment, la maladie de la passion, comme aurait pu dire Duras, reprend presque instantanément Emma. Elle s'identifie au personnage de Lucie de Lammermoor (de Walter Scott, via Donizetti), puis retrouve Rodolphe dans le chanteur Lagardy, jusqu'à inverser le sens de la projection quand elle croit qu'il la regarde, le chanteur, et qu'elle peut partir avec lui — son « enlève-moi, emmène-moi » ressort le même que 100 pages avant. Et c'est juste là, dans la plaie rouverte, qu'entre Léon.
Au lieu des explications de texte habituellement limitées à un seul passage de quelques pages, c'est aujourd'hui une suite de sauts de puce, au travers de cette centaine de pages, pour suivre les points importants de la narration jusqu'aux épisodes du fiacre, de la mort du père de Charles et des trois jours à Rouen avec Léon. C'est au prix de cette vitesse qu'il est possible d'apercevoir la trame du récit, dans sa tension et son usure.
On finit sur le piège du fiacre. Pas siège. Piège. Pourquoi piège ? Parce que Flaubert ayant choisi de ne pas nous dire ce qui se passait dans ce fiacre lancé dans tous les sens de Rouen et de ses environs, il est évident que la plupart des lecteurs, sinon l'intégralité, pensera qu'Emma et Léon y ont fait l'amour. Et pourquoi pas, d'ailleurs ? Je serai bien aise d'en faire autant !, se dit chacun. Or, même si cette hypothèse est légitime, il faut tout de même savoir que Flaubert faisait mention de la « première possession » en marge d'un brouillon des trois jours à Rouen — et non de la scène du fiacre.
Et puis j'annonce — hier, je tergiversais encore (Modiano, Sarraute, Stendhal, de Beauvoir, Giono...) — que le cours d'automne porterait sur l'Étranger, de Camus. Une œuvre brève pour se remettre d'une œuvre longue, après la jachère de l'été. Et que l'on reviendrait à Flaubert et à l'Éducation sentimentale au printemps 2008.
Déjeuner au Saint-Martin. Sieste héritée de la trop courte nuit. Une partie de l'après-midi à la médiathèque de l'Institut (lecture d'Art Press, emprunt d'un Guide Bleu de Corse et de deux dévédés). À la maison, je regarde Camping (F. Onteniente, 2006). T. en regarde la moitié et constate un petit intérêt ethnologique du film — elle qui ne connaît pas du tout le camping. Et moins l'intérêt comique. Comme moi, quoi. Sauf que moi, j'ai aussi pas mal d'années de souvenirs de camping avec mes parents, en France et en Espagne, et que globalement le film n'est pas loin d'une vérité qui n'est au mieux qu'un pour cent de la réalité — c'est-à-dire qu'il caricature, et dessert en les stéréotypant les nombreuses populations de campeurs qu'il avait, semble-t-il, l'intention de servir. Ce ne serait pas grave si c'était complètement désopilant, mais c'en est loin !
Y'a d'l'oiseau dans l'air...
Enfin, l'intégralité radiophonique de l'Ornithologie du promeneur de Dominique Meens, — soit quatre émissions produites sur plusieurs années — rassemblées cette semaine en quatre soirées de Surpris par la nuit. Moi, j'en avais déjà trois, et je me délecte de la 4e, mise en musique par Francis Gorgé. Je les remercie bien bas pour ces œuvres hors du commun.
Mais il faut aussi — puisqu'on est dans les oiseaux rares — aller récupérer vite fait les 5 premiers épisodes des Pages arrachées à la correspondance de Victor Segalen.
Commentaires
1. Le vendredi 22 juin 2007 à 01:01, par Danielle Girard :
La "Première possession" que l'on trouve dans la lune de miel, ce peut être le premier amour et pas seulement la première "baisade". Pourquoi la scène aurait-elle suscité un tel scandale ? Qu'auraient-ils fait pendant ces cinq heures d'enfermement et dans ce parcours fou dont ils ne voient rien ?
www.univ-rouen.fr/flauber...
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