Matinée tranquille. T. me proposait d'aller chez l'opticien pour me faire faire des lunettes. Mais je ne crois pas que ce soit le bon moment. Même si Sophie s'est un peu moquée l'autre jour du geste typique d'éloignement de la carte du restaurant quand j'essayais de déchiffrer des caractères de moins d'un millimètre sous une lumière de 25 watts... Ça attendra.

En relisant, en indexant, j'en suis arrivé au 18 septembre 2006, qui finissait sur un mauvais présage. Qui est maintenant la réalité de la France. Comme après 1848, comme après 1968, la France rêve de force et d'autorité, elle vote comme un seul homme, ivre de lui-même. Chacun des quidams formant la majorité des votants se croit l'étoffe d'un chef d'entreprise, d'un chanteur à la mode, d'un grand publicitaire, d'une des formes brillantes de la réussite. Quand ils se réveilleront, il sera déjà trop tard pour beaucoup d'entre eux.
Au fond : « La France était très moisie, / Elle méritait Sarkozy.» (Victor Hugo, via la table tournante de Sollers...)

« [...] savoir rompre avec ses habitudes, sa vision du monde, les plus grands scientifiques ont su se débarrasser des anciens paradigmes pour en adopter de nouveaux, cette ordure nous récite sa bible apprise dans je ne sais quel manuel de développement personnel, quelle bouillie infâme, quand j'étais chef d'entreprise, je n'ai jamais procédé à de tels lavages de cerveaux, j'essayais juste de leur faire comprendre leur rôle au sein du collectif, et faire en sorte que tout aille pour le mieux mais là, quelle démagogie, c'est dégueulasse, ah, ça y est, il nous sert l'holisme, tout est dans le tout et chaque élément se reflète dans le tout qui reflète chacun de ses éléments, si un seul élément est défaillant c'est l'ensemble qui est atteint, qui ne peut plus avancer, pour régénérer le tout il faut couper la partie malade, l'éradiquer, quel nazi de merde, quelle démagogie infecte, il justifie son abjection par des bondieuseries californiennes new age, avec tout le respect que j'ai pour la bande de Palo Alto, Huxley, Watzlawick, Bateson et consorts, je ne crois pas, je n'ai jamais cru à toute cette mystique de ressources humaines, on essaie de nous faire gober toutes ces conneries pour nous éloigner de notre vraie condition, des rats en cage, voilà ce que nous sommes [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, p. 60)

Quand T. revient de la piscine, je pars faire un tour de vélo, comme s'il fallait quelqu'un pour garder la maison. Je vais par Ichigaya jusqu'à Yotsuya, je m'essaie à quelques côtes et descentes entre Yotsuya et Akasaka, je découvre où loge l'Ambassade de Belgique, je fais à fond un tour du Palais impérial dans le sens trigonométrique et je finis par quelques courses à Hanamasa (pamplemousses, mozzarella, etc.) avant de remonter chez nous.
T. a presque fini ses préparations de cours et je fais le dîner. On finit presque la bonne bouteille de vin rouge que nos amis nous ont donnée hier (il paraît que c'est bon pour lutter contre le cholestérol). Cerises au dessert, nos premières de l'année.
Je feuillette un Guide bleu de la Corse en regardant un téléfilm sur TV5, il est question de la guerre de 14 et d'un enfant qui veut venger son père fusillé pour désertion. Très moyen.