Des gens dedans qui bougent
Par Berlol, mardi 12 juin 2007 à 23:59 :: General :: #667 :: rss
Un temps à bloguer en caleçon de nuit.
Embellie paradisiaque dans les oreilles, aussi, avec ce matin, dans le train, les premiers épisodes du récent feuilleton radiophonique sur Victor Segalen (à Tahiti, la préparation des Immémoriaux, l'arrivée en Chine).
Suivie d'un autre exotisme, celui de réécouter Jean Baudrillard en 2000 et en 2004 chez Alain Veinstein...
Après ça, c'est vrai que les perspectives du paysage japonais, les petites rizières inondées, les buissons de théiers, le Mont Fuji dans la brume, les routes avec toutes ces minuscules voitures à la queue-leu-leu, arrêtées devant de minuscules feux rouges, les soudaines concentrations d'habitations enchevêtrées, avec des gens dedans qui bougent, la grande courbe de freinage pour l'arrêt en gare, tout a un aspect irréel, peu important, après tout, cela passera, comme les siècles.
Ce qui ne m'empêchera pas de changer mes habitudes en allant chercher un sandwich à la boulangerie Paul, plutôt que de prendre des onigiris au Seijo Ishii. Parce que je suis toujours en quête d'une meilleure solution pour le mardi.
Deux cours comme une lettre à la poste. Arrivée du programme et préparation de mon dossier pour Cerisy début septembre. Un thé de débriefing sur le week-end avec David et appel de Sophie pour demain.
J'ai regardé les deux derniers Ce soir ou Jamais, celui sur le sport (trop long) et celui avec Béatrice Dalle (assez court, mais ça suffisait largement). Ils m'ont presque déprimé, tous. Surtout sur le sport, tellement ils sont d'accord pour la compétition et le spectacle. Il y a même un martien qui n'a jamais vu de produits dopants (Bixente Lizarazu) et un enthousiaste que tout effort fait bander (Erwann Menthéour). Sauf deux. L'un, Marc Perelman, qui dit que le sport est devenu un fléau national (ça ne plaît pas du tout à Pascal Boniface, qui essaie les coups bas — on dirait qu'ils ont un contentieux, ces deux-là). L'autre, Denis Grozdanovitch, qui parle encore moins mais défend le sport amateur et les petits matchs entre copains — ouf !, il ne me déçoit pas...
Heureusement, après le naturel affligeant de Dalle, il y a le live de Gong Gong, tout à fait régénérant, une vraie découverte.
Si on veut se débarrasser un jour de cette société de la performance généralisée, en passe de devenir suicidairement inégalitariste, c'est bien le sport de haut niveau qu'il faudra mettre à la poubelle en premier. Car c'est lui qui propose structurellement un modèle d'inégalité absolue et de dévaluation automatique de tous ceux qui ne sont pas les champions ; modèle qui va détruire — et déjà ringardise — celui de l'égalitarisme citoyen et du respect de la diversité naturelle (la diversité non discriminante, non hiérarchisante). Les règlements et les arbitres, mis en avant comme garants de l'esprit sportif, ne sont en réalité que des garde-fous... déjà transformés en forces policières.
Embellie paradisiaque dans les oreilles, aussi, avec ce matin, dans le train, les premiers épisodes du récent feuilleton radiophonique sur Victor Segalen (à Tahiti, la préparation des Immémoriaux, l'arrivée en Chine).
Suivie d'un autre exotisme, celui de réécouter Jean Baudrillard en 2000 et en 2004 chez Alain Veinstein...
Après ça, c'est vrai que les perspectives du paysage japonais, les petites rizières inondées, les buissons de théiers, le Mont Fuji dans la brume, les routes avec toutes ces minuscules voitures à la queue-leu-leu, arrêtées devant de minuscules feux rouges, les soudaines concentrations d'habitations enchevêtrées, avec des gens dedans qui bougent, la grande courbe de freinage pour l'arrêt en gare, tout a un aspect irréel, peu important, après tout, cela passera, comme les siècles.
Ce qui ne m'empêchera pas de changer mes habitudes en allant chercher un sandwich à la boulangerie Paul, plutôt que de prendre des onigiris au Seijo Ishii. Parce que je suis toujours en quête d'une meilleure solution pour le mardi.
Deux cours comme une lettre à la poste. Arrivée du programme et préparation de mon dossier pour Cerisy début septembre. Un thé de débriefing sur le week-end avec David et appel de Sophie pour demain.
J'ai regardé les deux derniers Ce soir ou Jamais, celui sur le sport (trop long) et celui avec Béatrice Dalle (assez court, mais ça suffisait largement). Ils m'ont presque déprimé, tous. Surtout sur le sport, tellement ils sont d'accord pour la compétition et le spectacle. Il y a même un martien qui n'a jamais vu de produits dopants (Bixente Lizarazu) et un enthousiaste que tout effort fait bander (Erwann Menthéour). Sauf deux. L'un, Marc Perelman, qui dit que le sport est devenu un fléau national (ça ne plaît pas du tout à Pascal Boniface, qui essaie les coups bas — on dirait qu'ils ont un contentieux, ces deux-là). L'autre, Denis Grozdanovitch, qui parle encore moins mais défend le sport amateur et les petits matchs entre copains — ouf !, il ne me déçoit pas...
Heureusement, après le naturel affligeant de Dalle, il y a le live de Gong Gong, tout à fait régénérant, une vraie découverte.
Si on veut se débarrasser un jour de cette société de la performance généralisée, en passe de devenir suicidairement inégalitariste, c'est bien le sport de haut niveau qu'il faudra mettre à la poubelle en premier. Car c'est lui qui propose structurellement un modèle d'inégalité absolue et de dévaluation automatique de tous ceux qui ne sont pas les champions ; modèle qui va détruire — et déjà ringardise — celui de l'égalitarisme citoyen et du respect de la diversité naturelle (la diversité non discriminante, non hiérarchisante). Les règlements et les arbitres, mis en avant comme garants de l'esprit sportif, ne sont en réalité que des garde-fous... déjà transformés en forces policières.
Commentaires
1. Le mardi 12 juin 2007 à 19:29, par vinteix :
et oui, mais tous ces sportifs "nous font rêver" !!! selon une de ces expressions idiotes mais très tendance depuis quelques années maintenant... Bien d'accord pour dire aussi (même si je reste admiratif devant certains exploits sportifs) que le sport de haut niveau, avec son diktat de la performance, équivalent sportif de la rentabilité économique à court terme, participe désormais du grand abrutissement collectif et façonnage des consciences et des comportements, au même titre que les industries culturelles, gouvernées par le populisme (je pense évidemment à Stiegler...)
Tout "cela passera" aussi... mais peut-être mal... et tout finira "dans un bel incendie"...
Il y a des jours où l'écoeurement en viendrait PRESQUE à nous faire perdre le "courage" et le désir, la joie de rester debout, malgré tout...
Mais, pour nous réconforter, j'imagine que tu dois être mignon à "bloguer en caleçon de nuit"... !
2. Le mardi 12 juin 2007 à 22:03, par Berlol :
Je ne sais pas qui ça va réconforter ?... Et moi aussi j'apprécie un bon match de tennis, voire de foot, à l'occasion. Mais ça ne domine ni ne structure mon système de pensée... (Enfin, j'espère !...)
3. Le mardi 12 juin 2007 à 22:06, par brigetoun :
pour votre voeu, je crains qu'il ne soit infiniment trop tard. Les pauvres gens que nous sommes aiment se rêver en gagneurs en sport comme, ensuite, dans leur vie courante, travail, amours et si vous tentez de parler d'une autre façon de prendre le tout, vous avez droit à des regards entre incrédulité et aggressivité. On ne casse pas des rêves même de mauvaise qualité
4. Le mercredi 13 juin 2007 à 00:59, par christine :
moi j'aime pas le sport, ni le jogging, ni la performance, et même pas à l'occasion ... et il m'arrive encore parfois de croiser quelques mohicans qui sont d'accord avec moi
je te trouve parfois un peu excessif dans ton culte de Taddéï, Berlol, mais hier soir je me suis dit que tu avais peut-être raison car dans son émission du mardi consacrée à l'actualité il a diffusé la video sur la prestation de "notre" président au G8 que la télé française avait soigneusement évité de commenter
ceci dit la plupart de ses invités étaient assez agaçants, sauf Régis Jauffret, pas très bavard mais excellent dans la causticité pertinente, par exemple lorsqu'il compare Ségolène Royal - une grande actrice qui surjoue pour mieux faire passer son message selon lui - à Jean-Pierre Léaud et Orane Demazis
deux questions tout de même :
Cerisy ? ton "caleçon de nuit" fait semble-t-il fantasmer Vinteix, mais d'habitude tu blogues dans quelle tenue ... en costume cravate ?
5. Le mercredi 13 juin 2007 à 07:14, par vinteix :
Fantasmer, c'est beaucoup dire ! mais je trouvais cet incipit plaisant ("bloguer en caleçon de nuit"), surtout après la notalité assez "morose" du final... Après, je vous laisse fantasmer à votre guise, mesdemoiselles, mesdames, sur le "caleçon de nuit" de notre h^o^te...
6. Le mercredi 13 juin 2007 à 07:28, par Berlol :
Cal'çon De nuit !
Trente-cinq jours sans voir la terre
Pull rayé, mal rasé
On vient de débarquer...
7. Le vendredi 15 juin 2007 à 02:38, par erwann menthéour :
Juste un petit mot pour te dire que je partage ton analyse concernant le sport... Une société a le sport qu'elle mérite... Heureux de constater que je ne suis pas le seul à m'apercevoir que le délire de notre civilisation s'accroît de jour en jour... Bien amicalement, mentheour
8. Le samedi 16 juin 2007 à 00:32, par Berlol :
Merci du petit mot, Erwann !
Chère Christine, Cerisy, cette année, c'est une affaire de tourisme qui prospère...
Quant à bloguer, c'est dans toutes les tenues, selon la saison. Mais c'est vrai qu'on n'en parle pas souvent...
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