Ça recale où ça coinçait : dans la mission
Par Berlol, mercredi 13 juin 2007 à 23:59 :: General :: #668 :: rss
Suis toujours amusé de voir les sujets se recouper d'un jour
à l'autre. Hier, c'était
l'inégalitarisme
véhiculé par l'esprit de la
compétition
sportive. Ce matin et au déjeuner, ça
revient par la
tablée de cadres...
« [...] elle demande à Rorty de se mettre à la place de ses employés, on n'entasse pas les êtres humains comme du bétail, on ne dispose pas de leur vie, de leur espace vital comme s'il s'agissait de détails sans importance, certains sont dans la maison depuis dix ans, vingt ans et sentent croître un sentiment d'insécurité, lors de la dernière visite médicale annuelle le médecin du travail a constaté qu'une proportion énorme et croissante de salariés du groupe était sous antidépresseurs, il en a fait un rapport qu'il va remettre à une commission paritaire chargée d'étudier la santé au niveau de la branche, pauvre, pauvre esclave, ton discours de la compassion est compassé, ton espérance de vie avoisine le zéro, l'entreprise de demain sera dure, parfaite et implacable, les faibles, les moches, les gros, les vieux, les lents et les idiots n'auront aucune chance d'y survivre, Rorty est ravi que le médecin du travail s'investisse autant et que les commissions paritaires débattent de sujets aussi passionnants que la santé physique et mentale au travail mais le changement doit s'opérer, c'est une nécessité impérieuse [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, p. 70-71)
Entre temps, j'ai fait un cours sur la manière de lire des tableaux de sondages d'opinion. Bien sûr, ça ne se lit pas de gauche à droite et de haut en bas comme un texte, il faut piocher une information, par exemple un pourcentage, et en faire une phrase qu'on pourrait dire à quelqu'un, en combinant le nombre (de quoi ?), la question, et la réponse. Après le tâtonnement structurel, on passe à la pratique ; la compréhension des étudiants leur donne à chacun un nouveau mécanisme qu'ils font ensuite tourner à leur gré, pour les meilleurs en pensant à adapter les contraintes grammaticales au projet discursif.
On a encore le temps d'élever le débat : s'interroger basiquement sur les manipulations d'opinion en faisant remarquer le glissement de sens qui s'opère entre « 21 % des personnes interrogées » et « 21 % des personnes »...
La semaine prochaine, on s'entraînera avec des tableaux de sondages sortis du réticule.
Une réunion, courte, carrée, impeccable. De retour au bureau, installation d'un autre logiciel de courrier (ça fait au moins dix ans que j'utilise Pegasus, je teste Thunderbird). Mais surtout, une longue et agréable discussion avec un collègue japonais sur des questions de pédagogie, d'avenir de notre département, etc. C'est rare. Ça recale où ça coinçait : dans la mission.
Il en sera encore un peu question au dîner. D'abord David et moi faisons visiter notre campus à Sophie. Admirez ici les arrondis de béton, voyez comme la charte graphique est cohérente par la récurrence de la peinture orange, des auvents et des déflecteurs mobiles, conçus pour donner de l'ombre au temps où il n'y avait pas de climatisation (en ce temps-là, on ne travaillait pas au-delà de la mi-juillet). J'attends d'ailleurs incessamment des nouvelles de l'exposition consacrée à Antonin Raymond (l'architecte de notre campus).
Puis David récupère sa fille (3 ans) à la crèche, Sophie et moi allons chercher Benoît à l'Alliance française, et nous voilà parti tous les cinq dans l'auto davidale vers une sushi-ya tournante d'Ikeshita. Les petites assiettes passent, on ne ponctionne que le frais, on en demande à l'envi, et du thon par ci et des œufs de saumon par là... Et les grandes bières sont grandes. Pendant que la petite F. colorie un album, nous parlons des prochains événements de la saison, la fête de la musique dans quelques jours, un concours d'éloquence un peu plus tard, faisons quelques blagues, revenons sur le non-traitement de l'éventuelle ivresse sarkozyenne et le bel alignement d'un garde-à-vous de journalistes qui attendent le phénomène internet pour avoir un point de vue abordable (les pincettes pour attraper la chose, comme entendu sur France Info ce mercredi matin).
Ce qui manque, avec les sushis, c'est les desserts.
De retour à la maison, je vois en effet dans Ce soir ou Jamais de mardi que Frédéric Taddeï est le premier, sans complexe, à poser la double question de l'ivresse de Sarkozy et du silence des médias, tandis que le journaliste belge a cru bon de s'excuser publiquement. La plupart des invités ne souhaitent pas commenter, s'entendent à dire que c'est un non-événement, sans importance, voire que ça rend humain et peut-être même sympathique le personnage !
Pour moi, c'est un incident qui révèle le manque de respect d'une image et d'un protocole tacites, image et protocole de la représentativité nationale. À rapprocher donc du coup de boule de Zidane (ne levez pas les bras au ciel, réfléchissez un peu à la phrase précédente...). Mais tandis qu'on a souligné l'événementialité du geste de ZZ et voulu le déchoir du piédestal, sans tenir compte de l'honneur personnel qu'il estimait devoir défendre en priorité (et dont il était seul juge), on nie aujourd'hui toute valeur événementielle au dérapage de NS, lui donnant même, pour certains, une prime. Qu'on n'essaie pas de m'expliquer.
Le reste de l'émission est pollué par de nombreux propos sans queue ni tête, la facilité et l'impunité de taper sur le PS, les anecdotes d'Ivry Gitlis ou les emportements de Tony Gatlif. Marc Weitzmann, Jack-Alain Léger et Régis Jauffret, tout écrivains qu'ils sont, ne sortent guère des banalités et des propos de comptoir. Au total, une émission désagréable et inintéressante.
« [...] elle demande à Rorty de se mettre à la place de ses employés, on n'entasse pas les êtres humains comme du bétail, on ne dispose pas de leur vie, de leur espace vital comme s'il s'agissait de détails sans importance, certains sont dans la maison depuis dix ans, vingt ans et sentent croître un sentiment d'insécurité, lors de la dernière visite médicale annuelle le médecin du travail a constaté qu'une proportion énorme et croissante de salariés du groupe était sous antidépresseurs, il en a fait un rapport qu'il va remettre à une commission paritaire chargée d'étudier la santé au niveau de la branche, pauvre, pauvre esclave, ton discours de la compassion est compassé, ton espérance de vie avoisine le zéro, l'entreprise de demain sera dure, parfaite et implacable, les faibles, les moches, les gros, les vieux, les lents et les idiots n'auront aucune chance d'y survivre, Rorty est ravi que le médecin du travail s'investisse autant et que les commissions paritaires débattent de sujets aussi passionnants que la santé physique et mentale au travail mais le changement doit s'opérer, c'est une nécessité impérieuse [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, p. 70-71)
Entre temps, j'ai fait un cours sur la manière de lire des tableaux de sondages d'opinion. Bien sûr, ça ne se lit pas de gauche à droite et de haut en bas comme un texte, il faut piocher une information, par exemple un pourcentage, et en faire une phrase qu'on pourrait dire à quelqu'un, en combinant le nombre (de quoi ?), la question, et la réponse. Après le tâtonnement structurel, on passe à la pratique ; la compréhension des étudiants leur donne à chacun un nouveau mécanisme qu'ils font ensuite tourner à leur gré, pour les meilleurs en pensant à adapter les contraintes grammaticales au projet discursif.
On a encore le temps d'élever le débat : s'interroger basiquement sur les manipulations d'opinion en faisant remarquer le glissement de sens qui s'opère entre « 21 % des personnes interrogées » et « 21 % des personnes »...
La semaine prochaine, on s'entraînera avec des tableaux de sondages sortis du réticule.
Une réunion, courte, carrée, impeccable. De retour au bureau, installation d'un autre logiciel de courrier (ça fait au moins dix ans que j'utilise Pegasus, je teste Thunderbird). Mais surtout, une longue et agréable discussion avec un collègue japonais sur des questions de pédagogie, d'avenir de notre département, etc. C'est rare. Ça recale où ça coinçait : dans la mission.
Il en sera encore un peu question au dîner. D'abord David et moi faisons visiter notre campus à Sophie. Admirez ici les arrondis de béton, voyez comme la charte graphique est cohérente par la récurrence de la peinture orange, des auvents et des déflecteurs mobiles, conçus pour donner de l'ombre au temps où il n'y avait pas de climatisation (en ce temps-là, on ne travaillait pas au-delà de la mi-juillet). J'attends d'ailleurs incessamment des nouvelles de l'exposition consacrée à Antonin Raymond (l'architecte de notre campus).
Puis David récupère sa fille (3 ans) à la crèche, Sophie et moi allons chercher Benoît à l'Alliance française, et nous voilà parti tous les cinq dans l'auto davidale vers une sushi-ya tournante d'Ikeshita. Les petites assiettes passent, on ne ponctionne que le frais, on en demande à l'envi, et du thon par ci et des œufs de saumon par là... Et les grandes bières sont grandes. Pendant que la petite F. colorie un album, nous parlons des prochains événements de la saison, la fête de la musique dans quelques jours, un concours d'éloquence un peu plus tard, faisons quelques blagues, revenons sur le non-traitement de l'éventuelle ivresse sarkozyenne et le bel alignement d'un garde-à-vous de journalistes qui attendent le phénomène internet pour avoir un point de vue abordable (les pincettes pour attraper la chose, comme entendu sur France Info ce mercredi matin).
Ce qui manque, avec les sushis, c'est les desserts.
De retour à la maison, je vois en effet dans Ce soir ou Jamais de mardi que Frédéric Taddeï est le premier, sans complexe, à poser la double question de l'ivresse de Sarkozy et du silence des médias, tandis que le journaliste belge a cru bon de s'excuser publiquement. La plupart des invités ne souhaitent pas commenter, s'entendent à dire que c'est un non-événement, sans importance, voire que ça rend humain et peut-être même sympathique le personnage !
Pour moi, c'est un incident qui révèle le manque de respect d'une image et d'un protocole tacites, image et protocole de la représentativité nationale. À rapprocher donc du coup de boule de Zidane (ne levez pas les bras au ciel, réfléchissez un peu à la phrase précédente...). Mais tandis qu'on a souligné l'événementialité du geste de ZZ et voulu le déchoir du piédestal, sans tenir compte de l'honneur personnel qu'il estimait devoir défendre en priorité (et dont il était seul juge), on nie aujourd'hui toute valeur événementielle au dérapage de NS, lui donnant même, pour certains, une prime. Qu'on n'essaie pas de m'expliquer.
Le reste de l'émission est pollué par de nombreux propos sans queue ni tête, la facilité et l'impunité de taper sur le PS, les anecdotes d'Ivry Gitlis ou les emportements de Tony Gatlif. Marc Weitzmann, Jack-Alain Léger et Régis Jauffret, tout écrivains qu'ils sont, ne sortent guère des banalités et des propos de comptoir. Au total, une émission désagréable et inintéressante.
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