Une fille se prend une baleine
Par Berlol, jeudi 14 juin 2007 à 23:46 :: General :: #670 :: rss
La pluie est là, en basse continue. Avec quelques trilles
quand une voiture freine fort ou quand une fille se prend une baleine
de parapluie. Sinon, rien de neuf.
J'ai amené au bureau un disque dur externe de 400 Go qui était à la maison dans le but d'enfin réunir toutes mes données (audio, photo, texte, etc.), réparties sur trois ordinateurs, de faire ça le plus proprement possible pour ensuite pouvoir dupliquer un état définitif à une date donnée. Je m'occupe de ça avant et après les trois cours du jeudi. Autant dire qu'il n'y a hélas pas de place pour la littérature.
Au séminaire de cinéma, on commence à regarder (une demi-heure de) la Fracture du myocarde (Jacques Fansten, 1991). Comme il n'y a pas de sous-titres, je demande aux étudiants de se baser sur les attitudes des personnages pour pouvoir voir & entendre, isoler des mots, des thèmes et les idées essentielles. On a ainsi le désarroi de l'enfant avant de savoir que sa mère est morte, l'aide ou la solidarité entre les enfants avant que la situation ne les requière. Pour les adultes que nous sommes (même mes étudiants), le plus difficile à comprendre (à accepter ?), c'est l'absence visible de chagrin, l'absence d'expression de la tristesse, l'absence de cris et de pleurs... (Et qu'on ne dise pas que c'est parce que c'est mal joué ou mal conçu ! Il est possible que ce soit normal chez certains pré-adolescents — et que le chagrin soit moins apparent que la crainte de la DDASS...).
Il se pourrait que la réussite d'une discussion se mesure pour moi à l'intelligence des réactions entre les partenaires, à une qualité d'atmosphère que cette intelligence partagée crée, bien plus qu'à la vérité des propos ou à la validité des stratégies argumentatives. Pour ces deux dernières dimensions de la pensée, il y a les livres, diverses formes d'art ou d'expression individuelle, les conférences et les entretiens en tête-à-tête.
Je m'en rends compte en y réfléchissant maintenant, après un énième débat houleux — et très réussi, selon moi — de Ce soir ou Jamais (celui d'hier soir), alors que j'évoquais hier l'émission de la veille, tout aussi houleuse, guère différente, dans un sens, mais qui ne m'avait pas plu du tout. Objectivement, je veux bien accorder que les deux émissions sont presque pareilles, mais subjectivement, elles sont aux antipodes. Quand les uns d'un côté s'opposent d'une façon désagréable, mesquine, avec ton et gestuelle qui veulent en imposer plus qu'en débattre, indifférents à ceux qui les écoutent (chacun sait pourtant qu'il est sur un plateau de télé), de l'autre côté on s'évertue à ne pas rompre, malgré les oppositions ou les malentendus, le fil de la discussion, et à accompagner le plan virtuel dans lequel le téléspectateur bâtit les interactions discursives (pour peu qu'il suive le débat plutôt que tel ou tel de son bord).
L'idée s'adaptera à différentes situations de discussion, avec de grandes variations, mais elle présuppose peut-être, ou sûrement, que l'assemblée elle-même ne soit pas, comme le propose la quatrième de couverture de Marge brute, « une guerre de tous contre tous.»
J'ai amené au bureau un disque dur externe de 400 Go qui était à la maison dans le but d'enfin réunir toutes mes données (audio, photo, texte, etc.), réparties sur trois ordinateurs, de faire ça le plus proprement possible pour ensuite pouvoir dupliquer un état définitif à une date donnée. Je m'occupe de ça avant et après les trois cours du jeudi. Autant dire qu'il n'y a hélas pas de place pour la littérature.
Au séminaire de cinéma, on commence à regarder (une demi-heure de) la Fracture du myocarde (Jacques Fansten, 1991). Comme il n'y a pas de sous-titres, je demande aux étudiants de se baser sur les attitudes des personnages pour pouvoir voir & entendre, isoler des mots, des thèmes et les idées essentielles. On a ainsi le désarroi de l'enfant avant de savoir que sa mère est morte, l'aide ou la solidarité entre les enfants avant que la situation ne les requière. Pour les adultes que nous sommes (même mes étudiants), le plus difficile à comprendre (à accepter ?), c'est l'absence visible de chagrin, l'absence d'expression de la tristesse, l'absence de cris et de pleurs... (Et qu'on ne dise pas que c'est parce que c'est mal joué ou mal conçu ! Il est possible que ce soit normal chez certains pré-adolescents — et que le chagrin soit moins apparent que la crainte de la DDASS...).
Il se pourrait que la réussite d'une discussion se mesure pour moi à l'intelligence des réactions entre les partenaires, à une qualité d'atmosphère que cette intelligence partagée crée, bien plus qu'à la vérité des propos ou à la validité des stratégies argumentatives. Pour ces deux dernières dimensions de la pensée, il y a les livres, diverses formes d'art ou d'expression individuelle, les conférences et les entretiens en tête-à-tête.
Je m'en rends compte en y réfléchissant maintenant, après un énième débat houleux — et très réussi, selon moi — de Ce soir ou Jamais (celui d'hier soir), alors que j'évoquais hier l'émission de la veille, tout aussi houleuse, guère différente, dans un sens, mais qui ne m'avait pas plu du tout. Objectivement, je veux bien accorder que les deux émissions sont presque pareilles, mais subjectivement, elles sont aux antipodes. Quand les uns d'un côté s'opposent d'une façon désagréable, mesquine, avec ton et gestuelle qui veulent en imposer plus qu'en débattre, indifférents à ceux qui les écoutent (chacun sait pourtant qu'il est sur un plateau de télé), de l'autre côté on s'évertue à ne pas rompre, malgré les oppositions ou les malentendus, le fil de la discussion, et à accompagner le plan virtuel dans lequel le téléspectateur bâtit les interactions discursives (pour peu qu'il suive le débat plutôt que tel ou tel de son bord).
L'idée s'adaptera à différentes situations de discussion, avec de grandes variations, mais elle présuppose peut-être, ou sûrement, que l'assemblée elle-même ne soit pas, comme le propose la quatrième de couverture de Marge brute, « une guerre de tous contre tous.»
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